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La pastèque et le napalm

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FRÉDÉRIC CH. : Question délicate… Je pense (mais j'peux m'tromper) qu'on ne peut pas à la fois râler contre le manque d'images dignes de ce nom, râler contre la propagande de l'armée française (ce que je fais ici et je ne suis pas le seul, voir le dernier plateau télé et la dernière chronique de Judith) et, en même temps, hurler contre la publication d'images faites chez "l'ennemi".
À l'heure où j'écris, je n'ai pas encore vu ces fameuses images publiées par Match. Peut-être ont-elles un p'tit côté indigne. Je n'en sais rien.
Mais je repense à celles de la guerre du Vietnam qui furent filmées du côté vietcong. Elles permettaient, dans une certaine mesure, de connaître - sinon de comprendre - le point de vue de "l'ennemi". Et elles ont aujourd'hui une inestimable valeur historique.
Alors voilà… La guerre, ça se passe de deux côtés. Avoir des images des deux parties me semble important. Et même si elles peuvent choquer, elles sont indispensables pour l'Histoire.
Ce soir, dans le journal du soir de Carole Gaessler, une jeune photoreporter blonde, apparemment éteinte par le décalage horaire, expliquait avoir contacté (avec une étarnge rapidité - coup de télléphone au porte-parole des Talibans qui a retrouvé dans l'heure le commando et obtenu un rendez-vous) les rebelles afghans qui ont tué dix soldats français.
Peut-être deviens-je fou, ou suis-je définitivement contaminé par la thèse du complot, mais la première idée qui m'est venue à l'esprit c'est que la fanfaronade de ces Talibans, se parant des dépouilles de nos valeureux soldats, cyniques, provocateurs, défiant notre belle armée, et complaisamment reproduite en couleur dans Paris-Match (La vie est une histoire vraie), n'avait d'autre but que de réveiller notre esprit revanchard : nous devons corriger ces sauvages qui ne respectent pas la mémoire de nos soldants et qui nous narguent, et donc de légitimer notre présence en Afghanistan. Qu'en pensez-vous ?
D'abord un peu déçu d'apprendre que vous aviez été coupé au montage dans votre chronique ciné, je suis allé voir du coté de ce que vous aviez écrit et je suis tombé sur cet article. Et ma foi, à bien y réfléchir il aurait été très pertinent d'insister au cours de l'émission sur ce journalisme qui a bel et bien existé et qui, aujourd'hui parait etre un mythe. Je parle bien sur de ce journalisme dont les gouvernements et les armées ne se méfiaient encore pas assez. Peut-etre qu'eux-meme y croyaient encore...Non quand meme pas. Mais à cette époque les media étaient encore un quatrième pouvoir. Maintenant ce pouvoir ne s'exerce plus que dans les souterrains ou dans certains tuyaux...
rien n´est innocent. la pastèque symbolise la vie, union du rouge et du vert.
peu importe que ce soit du melon ou non sur la photo. l´important , c´est que ce soit officiellement de la pastèque : " regardez nos ptits gars distributeurs de vie".
Très belle et très explicite chronique, effectivement. Très émouvant. D'après moi la meilleure d'Alain Korkos depuis les débuts d'@SI. Et pourtant il y en a eu de très talentueuses

Permettez-moi toutefois de vous raconter une histoire. Je m'excuse d'avance d'étaler mon égo dans ce forum. Mais cette histoire là, je ne peux pas la raconter autrement. Cela nuirait à la compréhension intrinsèque.

Puisque nous avons commencé dans l'horreur, et que pour certains dans ce forum, tout serait égal à tout, je vais me permettre de vous parler du Cambodge.

Mon histoire commence en 1996, dans une autre vie. Dans cette vie, je passais toutes mes vacances sac à dos partout dans le monde, et surtout de préférence dans les pays musulmans et en Asie.
Un jour, avec une autre amie routarde, je suis arrivée à Siem Reap qui est la porte d'Angkor. J'ignore ce qu'elle est aujourd'hui, mais à cette époque, c'était une petite bourgade non loin d'un lac. Nous avions trouvé un petit hôtel sympathique tenu par une agréable famille cambodgienne, les Sun Ny, dont la mère parlait français.
Tout autour d'Angkor s'étaient fortifiés les Khmers Rouges et on ne pouvait pas circuler dans l'ensemble archéologique sans la présence d'un guide. Un Monsieur Son nous conduisait donc dans ces somptueuses ruines.
Mon amie et moi passions nos soirées au marché de nuit de Siem Reap à goûter des spécialités et à faire des grimaces ou à exprimer notre contentement par des mimiques à des commerçantes qui ne parlaient que Cambodgien et riaient avec nous. La vie était douce 18 ans après la fin du "trauma cambodgien".

Un soir, nous avons eu droit à une grosse pluie de mousson, je ne sais pas si vous connaissez, cette impression qu'on déverse des seaux d'eau en continu sur vous. M. Son était resté discuter avec nous. Et la famille Son Ny, M. Son, mon amie et moi ainsi que d'autres clients français d'origine cambodgienne, nous nous sommes assis pour regarder tomber la pluie sous la façade abritée tout en parlant.
Et au milieu de la rue inondée devant nous, une grenouille est passée pesamment en faisant de grands trous. Je me souviendrai toute ma vie de cette grenouille parce que ce soir-là, elle a changé ma vie.
Mon amie s'est mise devant l'animal pour l'empêcher d'avancer. La grenouille l'a regardée et a attendu qu'elle dégage, et mon amie s'est mise à rire, et son visage était inondé par la pluie de mousson. Je m'en souviens très bien, c'est comme si c'était hier.
Et auprès de moi, Mme Sun Ny a dit :
« A l'époque khmère rouge, j'ai mangé des grenouilles, des feuilles de bananier, on mangeait n'importe quoi. On avait tellement faim »

Je me suis tournée vers elle. Mme Sun Ny avait la joliesse de certaines Asiatiques, le visage pur et doux comme de la soie. Le genre de femme de qui on imagine qu'il n'est jamais rien arrivé. Et elle a continué. Des larmes coulaient sur son visage. Elle nous a expliqué comment ils avaient été déportés de Pnohm Penh à la campagne, obligés de travailler dans les rizières dans des conditions effroyables, affamés, maltraités. Comment l'essentiel de sa famille dans ces années-là avait été décimée. Comment son père avait été torturé et tué dans la prison S21 à Pnohm Penh parmi 20 000 autres. Et tous, dans la cadence de la pluie de mousson, nous l'avons écoutée.
Je me souviens de son visage. Et après, il y a un blanc. Je l'écoute et ce qu'elle dit, c'est tellement horrible que j'ai préféré oublier. Elle parle de la jeune fille qu'elle avait adoptée, comment elle est devenue muette.
Quand elle s'est tue, j'ai demandé : « Et combien de temps cela a-t-il duré ? »
« Trois ans, huit mois et vingt jours ! »
Et c'est à cet instant même que j'ai été explosée émotionnellement, qu'une sorte de rideau de verre s'est cassé devant moi. Les fragments épars sont tombés à mes pieds.
Et je me souviens que j'ai regardé le sol, à la recherche de toutes mes certitudes.
Mais elles étaient toutes mortes.

J'ai su ce soir-là que j'étais une enfant gâtée par la démocratie élevée dans la liberté et pleine de certitudes idiotes.
Que la réalité était multiforme et terrible, et que pour ceux qui en étaient victimes, il n'y avait aucun principe qui tenait.
Parce que je suppose que vous savez comment « ça » s'est arrêté ?
Parce que le Vietnam a attaqué le Cambodge, et que le régime khmer rouge s'est écroulé.

Après ce soir-là, je suis revenue chez moi. J'ai arrêté de voyager aussi loin, je me suis lancée dans l'action politique. J'ai changé complètement ma vie.

Alors question : Le Vietnam a-t-il eu raison de faire la guerre ?

Si une seule guerre est juste, alors ça vaut la peine d'examiner la justice ou la justesse de toutes les guerres.
Même si je reconnais que le Vietnam a aussi fait cette guerre-là pour de mauvaises raisons.

Mais vous avez deux boutons : une pour la guerre, une pour la paix à tout prix quoi qu'il advienne.

Nous sommes le 21ème jour après les trois ans et huit mois. Mme Sun Ny va mourir de faim dans trois jours. On a découvert que M. Son avait porté des lunettes, et il va bientôt passer au camp S21 où il sera torturé à mort.

Allez ! On réfléchit vite et bien.

4 3 2 1 ! FIRE
Merci pour la chronique qui transpire d'humanité et qui tombe à pic avec l'une de mes réflexions : c'est comme en Algérie .. problème en Algérie ça a mal tourné et les soldats y compris les paras qui pratiquaient un temps et sur ordre la pactisation avec les populations civiles ( se fondre comme" le poisson dans l'eau" ) l'ont ensuite plus que regretté pour certains...

Et puis les "corvées de bois" et les autres actes comme on dit : les blogs de nos engagés n'en parlent pas ?

Alors ?

Alors Mesdames et Messieurs les Parlementaires le journal officiel des débats de septembre rendra bientot compte pour l'Histoire de votre position !
Je vais vous dire "mes p'tits gars" (moi qui ai fait l'autre, celle d'Algérie) qu'il manque un lever des couleurs (quand le drapeau français grimpait en haut du mât)... et puis quelques joueurs de clairon (ou de trompette dans la cavalerie) en gros plan... De mon temps, en effet, le Service Photographique et Cinématographique des Armées (ah! c'était pas le SIRPA) forçait sur ce genre d'images... parce que les chefs se sentaient la tripe tricolore, nom de dieu ! Ce qui n'est plus le cas. Pour la pastèque, c'est évidemment du melon... Du "melon" ? Tiens ça me rappelle le terme par lequel les pieds-noirs désignaient les "Zarabes". C'est p'tête pour ça qu'ils ont mis "pastèque". Sont devenus politiquement corrects sous l'influence de Siné. Allez, bravo Korkos, continuez !
On dirait que les photographes sont davantage muselés, plus "embedded" que leurs collègues, et les journalistes d'image que ceux sur papier (ou l'internet). Ai lu ici où là des articles qui n'étaient pas que de propagande. Sans doute parce que les photos nécessitent un "au moment même" et que si une zone est bouclée, les photographes ne peuvent pas (ou en prenant des risques immenses) y aller.
L'écart est flagrant d'à quel point les images sont à présent "orientées". Ce qui ne veut pas dire (mais le billet est clair sur ce point) que le soldat n'offre pas la pastèque ou le rutabaga, mais qu'on ne nous transmettra plus que ça et même après coup (ou alors il faudra attendre vraiment longtemps après).
(tiens, pas une seule petite fille, apparemment, parmi les enfants, sur aucun des clichés, sont-elles toujours tenues enfermées ou est-ce que ça peut montrer qu'il s'agit de moments très particuliers ?)
Je suis frappé que les photos de la guerre du viet nam fassent, aujoud'hui, photos de film.
En effet, depuis la première guerre du golfe, où des jopurnalistes nous ont expliqué qu'il fallait être raisonnable et ne pas jouer contre son camp, la presse est fière de ne montrer que ce que l'armée dit de montrer. Le contre exemple était montré du doigt: les photos irresponsables de la guerre du viet nam.
Pour en revenir au petit bout de la lorgnette, les seules photos de guerre que nous voyons aujourd'hui sont celles des films et les films sont des fictions. Il n'y a plus de place pour le travail d'un reporter de guerre.
Il ne faudrait pas jouer contre son camp.
Merci pour ces photos de la réalité de notre monde qu'on veut nous cacher.
Faire des parallèles entre le Viet Nam et l'Afghanistan, pourquoi pas, mais relève plus d'un jeu de l'esprit (poids des mots/choc des photos) qu'à une réalité politique.
Mais vu de loin.....ça pourrait y ressembler, comme se ressemble toutes les armées et toutes les guerres. (l'effet Canada Dry)
Personnellement je n'ai pas la bonne réponse aux problèmes, mais si vous l'avez je vous en félicite.

fr.wikipedia.org/wiki/Coalition_Opération_Enduring_Freedom_(Afghanistan)#.C2.A0Allemagne (copié-collé dans la barre navigateur)

Liste des pays engagés dans la coalition....
Otan 55 000 mille hommes sur le terrain, dont 3000 français.

Viet nam, 500 000 Marines...pour un pays 2 fois plus petit que l'Afghanistan.


Pour ceux qui veulent savoir ce qu'il se passe après la pastèque
et qui n'ont pas accès au moteur de recherche google et
n'ont donc jamais vu d'images sur des opérations de combat. (2006)

http://www.wat.tv/video/combats-en-afghanistan-j1e9_j4ol_.html du côté français
http://www.tagtele.com/videos/voir/7044/1/ du côté Danois
http://www.tagtele.com/videos/voir/8636/1/ du côté canadien
http://www.tagtele.com/videos/voir/8633/1/ .....
etc....

A noter que les français seraient les moins exposés dans leurs positions à l'Est
par rapport aux Canadiens positionnés au sud. (80 morts contre 14 côté français)
Mais vu de loin....
"Les militaires français ne sont pas là pour tout détruire" . Permettez-moi , mon chèr(e) Siko de ne pas être d'accord avec vous . Les images montrant des militaires Français aux côtés de la population Afghane ne sont que mensonges et propagandes . Elles sont un avatar de la guerre psychologique que livre la coalition . Cele me fait penser à la guerre d'Algérie et à la politique de pacification des autorités Françaises . Enfin un soldat reste un soldat . Il est formé et entrainé pour tuer. Point
C'est sur que les images sont contrôlées, mais il y a des choses qui ont changé depuis le Vietnam (enfin, pour les armées européennes, pour les amerlocs, ça n'a pas changé d'un iota). Les militaires français ne sont pas là pour tout détruire, ils font aussi des choses bien et vous me prendrez peut-être pour un naïf, mais je suis certain que ce genre de scène a réellement lieu. Évidemment, tout n'est pas rose, c'est la guerre.
La photo de Nick Ut dit aussi d'autres choses. La fillette brulée au napalm fut ammenée à l'hopital par les journalistes. Elle y resta 14 mois et subit 17 opérations.
Le fait que le photographe se soit occupé d'elle m'a surpris.
On vit une salle époque.
Je trouve, M Koros, votre chronique extrémement émouvante. Je vous remercie de l'avoir rédigée. Elle transpire l'humanité.
[quote=punaiz]le sujet d'Alain prouve t il qu'une fois encore les zétazuniens sont plus fort que nous

Oui, pour les années 60. Les images de la guerre d'Irak présente sont nettement moins fortes et abondantes, n'est-il pas?
Cette image de la violence et de la mort se voit néanmoins dans beaucoup de séries/films de façon plus ou moins réaliste.
Quelle abondance là!
Ce matin, la feuille de choux "La Provence", rachetée dernièrement par Hersant à Lagardère, titrait en gros en première page avec photo (en lieu et place habituelle des zigotos de l'OM -Olympique de Marseille) "Avec nos Légionnaires en Afganistan". Cela a un petit parfum de "Bushisme" non ?!
Merci Alain Korkos,

Il est vrai que nous sommes de plus en plus "pudiques" devant la mort.

La mort n'existe pas, surtout à la guerre, c'est bien connu, nos soldats sont juste en promenade santé !
L'autre question est intéressante.
N'y a t il pas encore de journaliste de guerre photographe sur ces théatres d'opérations?
Les Français aujourd'hui sont ils plus forts que les Américains des années 60 pour contrôler leur image? Et les Américains d'aujourd'hui? Car nous n'avions pas plus d'images de la guerre d'Indochine qur nous avons de l'Afghanistant. Par contre les guerre du "Nam" sont arrivée avec l'entrée en guerre d'une nation qui produit des photographes têtus et opiniatres.

Bref, le sujet d'Alain prouve t il qu'une fois encore les zétazuniens sont plus fort que nous (d'un point de vue journalisme) ou que nous sommes plus forts qu'eux (d'un point de vue enfumage)?
salut Alain
il y a d'autres types de propagande, genre cette campagne de pub de Toys'r'us :
http://rimbusblog.blogspot.com/2008/08/troops-out-of-iraq.html
Les soldats français ont raison de s'entourer d'enfant sa fait toujours une protection de plus contre les balles et puis sa peut être que sa va dissuader les méchants talibans de tiré sur les gentils français qui ne veulent que leur bien. Le proverbe marseillais semble se vérifier (fais du bien à Bertrand, il te le rend en caguant !) étonnant non???
Et si en fait les enfants étaient obligés de donner leur melon-pastèque sous la menace de l'arme que le militaire tient dans sa main droite?
Cela expliquerait pourquoi cet enfant se penche dans une attitude étrange , comme s'il voulait se tenir à distance du troufion .
Je sais que c'est faux , mais il est facile de renverser l'interprétation d'une image !
En parallèle à la sélection des images, la sélection des paroles :
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/08/29/un-soldat-francais-critique-la-desorganisation-de-l-armee-francaise-a-kaboul_1089528_3216.html

Dans son édition du jeudi 28 août, Le Journal du Pays yonnais, hebdomadaire régional de La Roche-sur-Yon (Vendée), publie à son tour le témoignage d'un soldat récemment engagé en Afghanistan.
" On nous dicte les mots à dire aux journalistes. (...) Nous n'avons pas le droit de dire qu'on n'a pas assez à manger, qu'on a peur et qu'on est épuisé sinon on menace de nous punir", confie-t-il."
Bonjour chef !

Je ne ferai pas de commentaires sur les images, celles qui sont particulièrement violentes
me font me fermer.

En revanche, pour détendre l'atmosphère, je vais faire ma pinailleuse.com.
La pastèque ressemble étrangement à du melon, chef ?

Voilà, voilà…

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