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Karine Le Marchand et Ardisson prennent une leçon...d'histoire

Et Karine Le Marchand s'insurgea contre Jean-Luc Mélenchon : "vous voulez vraiment faire la révolution ? Mettre des têtes au bout des piques ?" Flagrant délit d'ignorance. Côté férocité, l'Ancien Régime n'était pas mal non plus, rappelle Mathilde Larrère, qui évoque par exemple le supplice de Damiens, accusé de tentative de régicide sur la personne de Louis XV. Quant aux "incendiaires de la Commune", évoqués dans une autre émission par une autre star de la télé, Thierry Ardisson, notre historienne rétablit aussi les choses.

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J'adore la sensibilité foucaldienne de Mathilde Larrère! Elle fait des analyses fines et accessibles à toutes et tous !
Lors de son hommage à Castro (représentant à la fois la France et l'Internationale Socialiste à son enterrement), Ségolène Royal a fait du Ardisson : une mention de la Révolution Française, pour l'associer immédiatement à la terreur, histoire de dire que le régime castriste était moins pire.

"Ils se sont inspirés de la Révolution française sans pour autant connaître la terreur qu'il y a eu pendant la Révolution française"

Mais évidemment ce n'est pas ce que les médias en retiennent...
Je ne suis pas du tout choqué par les propos d'Ardisson, il n'y a pas eu de renversement du pouvoir du roi vers la nation mais du roi et ses tyrans vers un groupe de barbares...

AU final c'est toujours le peuple silencieux qui en paye le prix...
La volonté des communards de détruire les monuments de Paris, dont Notre-Dame, qu'il s'agisse ou non de représentations du pouvoir, est avérée. Voir récemment l'ouvrage de Nicolas Chaudun : "Le Brasier ou le Louvre incendié par la Commune". Le Musée du Louvre, d'ailleurs, qui a failli entièrement brûler, ou la bibliothèque impériale totalement détruite, voilà de beaux symboles de l'oppression qu'il fallait faire disparaître
Cela ne remet pas en cause la réalité des massacres commis par les Versaillais. Mais la volonté de destruction des communards n'est, ne vous en déplaise, pas très différente des vandalismes actuels au Proche-Orient.
Voir ici, à propos de ce livre.
Toujours hors-sujet : n'oubliez pas d'aller voter !
Pour une pièce de deux euros, vous avez la possibilité de dire : "Casse-toi, pauv' con" à qui vous savez. Ne vous en privez pas.
Ce n'est pas tous les jours qu'un historien tel Henri Guillemin mette un coup de pied dans la fourmilière.

Grand merci à Mathilde Larrere.
Wah c'était super !
Drôle, instructif (surtout), bien écrit... J'aurais adoré vous avoir comme prof.
Question violence révolutionnaire, j'ai trouvé étonnant que Victor Hugo dans le roman "quatre-vingt-treize" nous fasse gober la condamnation de l'homme qui n'a pas attaché le canon assez solidement et a risqué de faire coulé le navire et mourir tout l'équipage. Est-ce que l'homme en question aurait dû pensé à sa sanction possible et ainsi mieux amarré le canon? Que ça serve de leçon et d'exemple est complètement absurde, et pourtant Victor Hugo nous le sert ainsi.
Le même qui va combattre la peine de mort et être le héros de ce combat. Il a cru atteindre une époque post révolution, hum, où il n'y avait plus de "fin" qui justifiait ce moyen? Nous on croit, grâce en partie à une vision, donc un peu fausse qu'on a de lui, que c'est un moyen définitif qu'aucune fin ne justifie, un geste inutile et inhumain.
Que l'histoire se déforme, c'est fatal. Contrairement à ce qu'on veut croire l'histoire subit l'outrage du temps qui passe perpétuellement et ne se fige pas pour l'éternité.
Damien a été horriblement torturé et exécuté parce qu’il a tenté de blesser Louis XV avec un canif. Cet acte annonce à lui seul le glas de la monarchie.
Dans la guerre civile de 1871, les communards ont été exécutés en grand nombre. Sans parler des morts des révolutions qui émaillaient le 19ème siècle en France.
On peut facilement défendre que les forces réactionnaires étaient féroces. On peut aussi avec d’autres exemples argumenter sur la violence des révolutionnaires.
Le problème c’est qu’on n’a aucun point de comparaison. Par exemple quel était le nombre de victimes de part et d’autre (je pense aux exécutions dans l’ouest de la France pendant la révolution de 89).
On peut s’interroger aussi sur ce que faisaient d’autres pays. C’est sûr, la Chine c’est pire . Mais l’Angleterre ? En 1649 on exécute un roi pour que le parlement ait des droits. Mais on n’observe pas cette vague formalisée d’exécutions. Idem quand, au début du 19ème siècle, la personne qui tente d’assassiner la reine Victoria est reconnue par la justice comme irresponsable et donc n’est pas condamnée.
Et la révolution américaine, où le chef Washington ne se proclame pas empereur mais fait son pot de départ avec ses officiers et retourne dans sa ferme après la victoire. On fête ainsi la 4 juillet la proclamation de l’indépendance, un peu comme la nuit du 4 aout en France ; pas un acte sanglant où « un sang impur abreuve nos sillons ». C’est à ces signes, on voit ce qui va se passer dans un pays dans le siècle qui suit.
Le débat pour ou contre est un débat franchouillard hérité du cartésianisme (« Je le pense ainsi, dont c’est la réalité ») qui fait abstraction et met le focus qui va bien pour justifier tous les éclairages. Çà allait bien quand la France était au centre de l’Europe et même du monde ; aujourd’hui c’est le signe d’une culture à bout de souffle.
Quelques questions à Mathilde Larrere.
Lorsque dans votre intervention à propos de Parisot
vous dites:
"elle s’est arrêtée avant de lui balancer
- la guillotine
- les massacres de septembre
- le génocide vendéen"
Pensez-vous que ces faits ne sont pas historiquement "vérifiés" donc pourquoi ne les aurait-elle pas cités ?
Lorsque vous citez fièrement Mao Zedong : "la révolution n’est pas un diner de gala" , ne pensez-vous pas que celui que vous citez est responsable à lui seul de plus de morts que la monarchie absolue ?
Lorsque vous dites: "c’était tellement atroce que les bourreaux eux-mêmes ont du s’y reprendre a plusieurs reprises" ne manquez-vous pas à la logique la plus élémentaire ?
Lorsque vous parlez de "supplices horrifiants qui étaient quotidiens" pensez-vous vraiment qu'on suppliciait quotidiennement en place de grève ?
Comment des événements postérieurs: la terreur blanche, le colonialisme, la commune ... peuvent-ils être impliqués dans le "comportement révolutionnaire" ?
Pensez-vous sincèrement que la révolution de 1789 était dirigée contre le libéralisme ?
Pouvez-vous me donner des références sur les peines de mort et les supplices réellement réalisés dans la période prérévolutionnaire ?
A Gand nos voisins belges ont un musée très sympa.

http://photos.piganl.net/2010/gand/gand.html
Rien vu rien lu sur le débat mais la première chose que je remarque: "notre historienne remet les choses à leur place"

Et là, je soupire. Si une ou un historien avait ce pouvoir l'histoire ne serait pas la discipline qu'elle est. Les historiens, au mieux, quand ils travaillent bien, jettent des éclairages. Mais sur des sujets comme la révolution ou la commune, l'idée même de faire autre chose qu'un débat d'historien me semble dépassée. Si vous n'êtes pas prêt à avoir deux, et de préférence trois personnes pour croiser les points de vue sur ce sujet, le mieux est probablement de n'en avoir aucune.
merci et maintenant la Révolution ou courage "fuillons"
Tout ceci est passionnant mais critiquer ainsi les élites ( Ardisson, Le Marchand ), n'est-ce pas faire le jeu des populistes ?
ah si vous saviez comme j'aimerais pouvoir tout expliquer, prendre le temps, nuancer
je lance des pistes
après je ne peux qu'espèrer que les gens prolongent par des lectures, car il y en a plein!
On attend bien entendu pour la prochaine chronique l'explication de la violence dans l'Ancien Régime.
La seule ébauche d'explication qui nous en a été donné est : "c'est pour terroriser"... (vous voyez alors l'ironie de la référence ironique à Valls).
S'arrêter ici, ce serait laisser les choses en plan et transformer un discours éclairant en discours biaisé et militant.
Pitié, en cette période, mettez ces chroniques salutaires en libre accès que l'on puisse partager !!!
Superbe chronique une fois de plus, magnifique, merce Mathilde Larrére.
[quote=rimbus]Qui peut défendre cela ?
Il vous a échappé (ou peut être pas, vous faites semblant...) que précisément Mathilde Larrère a dit très nettement qu'il ne s'agissait pas de justifier, mais de replacer dans le contexte de l'époque, où la violence la plus barbare (mais celle des dominants) était quotidienne.
Et qu'ensuite elle a fait remarquer que, tandis que la violence révolutionnaire nous était sans cesse martelée, cette violence des dominants était quasiment toujours tue.
Moi même, j'ai vécu dans l'illusion que les seuls morts de la Commune de Paris étaient les otages exécutés par les communards (merci, Mallet et Isaac). Jusqu'à... mai 68!!! et j'avais été enseignante entre temps!!!
Tout ceci est assez manichéen et joue sur des clichés digne de ceux de Lorànt Deutsch.
La justice révolutionnaire de la terreur, c'est effectivement une horreur qui a coupé des têtes illustres comme celle d'Olympe de Gouge, entre autres, après des simulacres de procès indignes. Qui peut défendre cela ? Le résultat de cette révolution, après que la bourgeoisie eut repris les événements à son compte, débouche sur l'oligarchique Directoire pour se terminer par une dictature ; un enchainement assez courant avec les révolutions.
Un peu facile aussi de ne pas parler de l'invention du mythe révolutionnaire et de ses clichés, dont le 14 juillet et la marseillaise, par la IIIe République, celle là même qui venait de massacrer les communards, et de ne pas évoquer ce paradoxe.
Chronique intéressante néanmoins, mais pas vraiment une "leçon", à mon avis…

Flagrant délit d'ignorance.


Peut-être en ce qui concerne le Marchand, mais dans le cas d'Ardisson, on est dans la poursuite vulgarisée - et extrêmement vulgaire - d'une vaste entreprise de "révisionnisme" historique qui débute en France avec les ouvrages de F Furet sur la question.

L'historiographie est le fruit de combats idéologiques contemporains: la montée en puissance de l'idée popularisée en France par Furet - puis par tous les media de gauche et de droite qui lui on servi de porte-voix - selon laquelle la Révolution française ne fut qu'un gigantesque bain de sang inutile ouvrant la voie aux "totalitarismes" du XXe siècle date exactement de la période de déclin intellectuel et politique du marxisme (les années 1970 et surtout 80).

C'est bien effectivement l'idée révolutionnaire en elle-même qu'il faut décridibiliser - en ne retenant que son potentiel de violence: pas étonnant qu'un monarchiste comme Ardisson s'inscrive dans cette tradition révisionniste, et assimile sans vergogne ni peur du ridicule - ni surtout sans que personne ne vienne lui opposer la moindre objection - les révolutionnaires de 1789 à Néron et à Daesch...

Ce qui est nouveau, c'est que Furet se contentait de dénoncer l'épisode de la Terreur, qui aurait été un "dérapage" de la Révolution, et ne jetait pas complètement le bébé révolutionnaire avec l'eau du bain de la Terreur: avec Ardisson et ces nouveaux révisionnistes décomplexés, c'est l'ensemble de l'épisode révolutionnaire qui est discrédité.

Le plus drôle est qu'Ardisson, comme tout les nouveaux réacs, se place du côté de la pensée minoritaire contre la "pensée unique" et l'Ecole républicaine, alors que cela fait plus de 40 ans que cette version révisée de l'Histoire tient le haut du pavé.
Encore, encore Madame Mathilde Larrère.
Merci
" histoire de l'instant"
BFM-TV et les autres vous abreuvent sans cesse de l'histoire du moment.
Tant qu'on n'aura pas écrit une histoire de l'instant , l'histoire restera une discipline philosophiquement négligeable.
UN GRAND MERCI pour cette chronique qui fait du bien, qui, paradoxalement, remet l'église au milieu du village.
Et l'on nous parle ici et là de "roman historique" ? Merci Mathilde de cette re-mise au point ... plus que nécessaire , indispensable ! La "réaction" aime tordre tous les bâtons pour justifier son hagiographie !
Merci à Mathilde Larrère
Vous nous donnez ici ces exemples qui nous font souvent défaut pour assoir l'idée qui nous semble évidente que la violence qui a explosé dans ces moments de révolution n'était rien au regard de celle qui perdurait depuis des siècles ou des décennies, il n'est qu'à prendre le sort des moujiks en Russie, les mouvements bundistes en Pologne et ailleurs

D'autant que vos exemples sont d'une grande clarté

Souvent je déplore un médaillon buriné au dessus d'une porte cochère ici ou là, mais pour un médaillon buriné de combien de malheurs fut l'auteur celui qui était représenté, ou continua-t-il de les personnifier de par son héritage.

J'aime à penser que la devise qui orne le T-shirt de Mathilde Larrère retrouve vite le pays qui l'inspira, et que celui qui siège à la Trump Tower en soit remémoré.
Je ne suis pas historien, mais si je peux me permettre, ce qui m'a le plus frappé dans la diatribe d'Ardisson sur a Commune de Paris, c'est son explication selon laquelle les Républicains auraient minimisé les crimes de la Commune au motif que "l'histoire est écrite par les vainqueurs"... Mais qui étaient les Versaillais, qui ont écrasé les Communards? Les fondateurs de la IIIème République, non? C'est justement parce que les Républicains ont écrasé la Commune que la IIIème République a pu s'installer -une République bourgeoise, de notables, bien loin de "la Sociale"... Pour le dire autrement, la IIIème République s'est fondée dans cette féroce répression des Républicains communards, qui sont les vaincus, par des Républicains pleins d'avenir (c'est-à-dire des Thiers prêts à passer à la République au besoin, et des Républicains de plus longue date prêts à toutes les compromissions pour s'installer sur les ruines du Second Empire, les futurs "opportunistes"), bel et bien vainqueurs mais nullement suspects de complaisance à l'égard des premiers!

Cela me paraît donc être une parfaite contre-vérité (de plus). S'il est sans doute vrai que l'histoire est écrite par les vainqueurs, on peut au contraire fortement les suspecter d'avoir cherché à passer sous silence leurs propres crimes -c'est-à-dire l'odieux massacre des Communards rappelé dans cette chronique. Et s'il faut chercher des vainqueurs à plus long terme dans l'histoire contemporaine, je me demande bien quel pouvoir s'est un jour réclamé de l'héritage de la Commune au point d'en changer la mémoire.
L'horrible supplice du Chevalier de la Barre, coupable de ne pas s'être découvert lors d'une procession, en 1766.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois-Jean_Lefebvre_de_La_Barre

19 ans, soumis à la torture des brodequins, décapité, brûlé pour donner satisfaction à de pieuses personnes.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Brodequins_(torture)
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