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Joffrin, Maler, et ma panne de réveil

"On dit banlieues. Mais Levallois et Neuilly sont aussi des banlieues.

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Merci pour le billet.
Je viens de me podcaster l'émission. C'est en effet savoureux, et ça fait du bien d'entendre des perspectives radicalement differentes pour une fois.
Utile.
Joffrin tel qu'en lui-même: la mauvaise foi et l'arrogance légendaire de l'éditocratie la plus crasse, une sorte de quintescence ou d'idéal-type au sens de M Weber.

Rien à ajouter sur la méthode de roquet: elle illustre in vivo le sujet.

Sur la question de fond posée par Maler - à savoir la capacité du parti de la presse et de l'argent à imposer la problématisation de l'actualité, autrement à dit à "fixer le cadre" comme dit Lordon - Joffrin fait l'idiot et fait semblant de ne pas comprendre.

Jojo utilise la ficelle rhétorique éculée de l'homme de paille: faire dire à son contradicteur ce qu'il n'a pas dit, et dézinguer la fausse "thèse" de l'adversaire.
En l'occurence, en sous-entendant que la critique d'Acrimed s'attache à faire passer l'influence actionnariale pour un contrôle total et permanent sur l'ensemble de la rédaction - à la manière d'une Pravda libérale - Jojo a beau jeu d'inviter ensuite Maler à venir à Libé pour constater que cela ne se passe pas comme ça...le problème est que Maler s'évertue à lui dire qu'il n'a jamais dit que cela se passait comme cela!

L'autre grosse ficelle de Jojo est de dire qu'Acrimed écrit "toujours le même papier" depuis 20 ans: je sais que c'est difficile pour Maler en direct de répondre du tac au tac à ce genre de mariole, mais ce qu'il fallait répondre, c'est que Libé et les autres servent toujours la même soupe depuis 20 ans!

Comment alors faire de la critique "variée" si les motifs mêmes de la critique demeurent les mêmes? Jojo se fout de la gueule du monde.

Passons sur les arguments minables consistant à dire que d'une part "c'est plus facile de critiquer que de faire", et d'autre part "il faut aussi parler des trains qui arrivent à l'heure": c'est évidemment méconnaître l'essence même du travail critique.

L'autre piège dans lequel est tombé Maler - en partie à cause d'Erner - concerne le raisonnement hasardeux sur les causes du "populisme", et le rôle des media dans l'affaire:

-d'une part le mot lui-même fait partie du cadre permettant à l'éditocratie d'imposer en permanence l'amalgame Melenchon=Le Pen=Trump: il faut donc le récuser et refuser son emploi.

-d'autre part, rester dans la logique consistant à chercher les causes du "populisme" - en gros le rejet de l'établissement - dans des logiques binaires du type "c'est la faute aux media", "c'est la faute au politique", "c'est là faute à Internet" etc...continue à relever du journalisme pour crétins et est indigne d'une sociologie politique sérieuse. Les causes de ce rejet sont multiples et largement autonomes de l'influence des media.

Encore une fois, ma critique est constructive, et il était difficile pour Maler de répondre sérieusement dans un dispositif en direct au temps de parole limité le coinçant entre un Jojo aggressif et vieux routier de la mauvaise foi et de la ratiocination, et un Erner "pédagogue" et "simplificateur", soucieux de ménager l'"équilibre" du "débat", et qui comme tous les journalistes de presse et de radio, pensent que leurs auditeurs sont des cons incultes incapables d'analyse autre que des raisonnement binaires.

Depuis Bourdieu et Lordon, on sait qu'à la question du "y aller ou pas" (dans les grands media), compte tenu du décalage entre la petite musique dominante et le temps de parole ultra-limité de la critique empêchant toute forme de raisonnement développé et argumenté, alors que l'éditocrate se contente de mobiliser des "évidences", la réponse doit être: "ne pas y aller".

Maler aurait du se contenter de la première partie de l'émission et refuser de débattre avec Jojo, le mariole de service.

Enfin, et là c'est une critique assez sévère envers Acrimed, mais aussi @si et la critique des media: 20 ans de critique des media n'ont servi à rien, il faut bien se rendre à l'évidence. Cette critique des media s'adresse à des gens à fort capital culturel, qui suivent de près l'actualité et connaissent très bien le problème depuis le bouquin d'Halimi et le film de P Carles: ces gens-là sont très minoritaires.

Nous devons donc aussi reconnaître notre impuissance en tant que critiques de media: le systême oligarcho-médiatique fait que le pouvoir de la parole "autorisée" demeure et demeurera en l'absence de "révolution", entre les mains des nouveaux maîtres. Comme l'écrit Lordon reprenant Spinoza: "il n'y a pas de puissance intrinsèque d'une idée vraie". Autrement dit une critique argumentée et rationelle des media ne produit pas per se d'effets politiques.

Le rejet des media dominants aux Etats-Unis qui explique partiellement le vote Trump ne vient pas d'une sorte d'équivalent d'Acrimed là-bas: la critique argumentée et documentée reste une niche qui n'intéresse pas la plupart des gens, qui en ont simplement marre qu'on les prenne de haut et leur dise comment bien voter.

Cela ne veut pas dire que cette critique n'est pas saine, mais qu'il faut lui trouver des débouchés politiques qui aillent bien plus loin.

De toutes façons, il faut aussi comprendre que les media dominants, en particulier la presse nationale, sont en complète décapilotade: Jojo et ses potes du Monde et d'ailleurs n'arrivent plus à vendre de papier, et leur priorité consiste essentiellement à tenter de survivre. De plus en plus, les grands quotidiens nationaux se préoccupent de courir après les lecteurs, comme l'illustre la "magazinisation" du Monde ou de Libé: dans ce contexte de panique, l'imposition de la propagande revèt un caractère secondaire.
D'ailleurs, le rejet de l'établissement médiatique est tel que l'éditocratie n'ose même plus défendre ses "poulains", sachant que l'électorat le prend systématiquement à contrepied, comme l'illustre l'échec cuisant de Juppé aux primaires de la droite et de la droite.

De ce point de vue, le soutien un peu trop voyant à Macron, le candidat des banques et des media, est très ambigu... et pourrait finalement produire des surprises amusantes.
Pour info, Henri Maler avait participé à un autre débat sur France Culture, dans l'émission du Grain à moudre, en janvier dernier : ''Faut-il un conseil de l'ordre des journalistes ?''
https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre/trump-brexit-primaires-pourquoi-ne-voyons-nous-plus-rien-venir-25-faut-il
N'hésitez pas à la réécouter :)
Hervé Gardette
https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/la-defiance-legard-des-medias-est-elle-justifiee

pour faire gagner du temps aux lecteurs...
Hors sujet, quoique ...

A propos de Macron, que penser de [large]ça[/large] : (version longue ici ) ?

PatriceNoDRM
J'ai écouté l'émission et la seconde partie, celle du "débat" avecc Joffrin, m'a navré. C'était pénible à écouter. L'impression que j'en est retiré, c'est celle d'un Henri Maller gonfler de Haine à l'égard de Joffrin, sentencieux, bref, pas bon. En fait, j'ai l'impression qu'il manque aux gens comme Henri Maller une "stratégie de combat". Soit on refuse de se prêter aux prétendus débats comme celui de ce matin comme l'avait théorisé Bourdieu, soit on y vient, mais avec un plan. Je ne prétend pas bien sûr savoir quel serait ce plan, mais j'ai quelques intuitions :
- Laisser les émotions et les sentiments sur les personnes à l'entrée du studio. On sent tout au long de l'entretien que Maller ne peux pas piffrer Joffrin, et on ne peux comprendre pourquoi que quand on connaît le travail d'acrimed et ce que représente Joffrin. Pour l'auditeur lambda abonné de Libé ou de l'Obs (je sais plus ou il en est), Maller apparais comme injustement agressif (Joffrin aussi l'est, mais c'est une agressivité de cours ou le mépris et la prétention sont enrobés dans la courtoisie et le flegme).
- Ne pas jouer le jeu de ses interlocuteurs. Les prendre à contre-pied.
- Ne pas s'adresser à l'interlocuteur médiacrate. Il faut s'adresser à l'auditeur. C'est lui qu'il faut convaincre, pas Joffrin.
- venir éventuellement avec quelques données factuelles et s'appuyer dessus si on veut attaquer le médiacrate
- ...

Ruffin est un des seuls qui à mon avis arrive à casser le jeu du pseudo-débat ou de la pseudo interview.
CQFD sur Joffrin, mais CQFD aussi sur la matinale, qui ne peut s'empêcher d'inviter un contradicteur quand il s'agit d'Acrimed (et parmi ce qu'il y a de plus niais en matière de contradiction), mais qui omet de le faire quand par exemple Pascal Bruckner quelques jours avant vient aligner ses perles de comptoir de bistrot d'un niveau intellectuel proche du QI de l'huitre.
Il y a les invités "dominants" qui méritent toute notre attention, et il y a les invités "critiques" auxquels il faut absolument coller une contradiction "dominante".
[quote=Daniel Schneidermann] Est-ce à dire qu'il ne puisse exister aucune critique des medias dans la sphère médiatique, avec les méthodes journalistiques traditionnelles, par exemple celle de l'enquête contradictoire, ou du compte-rendu impartial ? C'est justement ce que nous tentons de faire ici, tous les jours, chaque semaine, chaque matin.

Il faut souligner la conscience qu'ainsi vous revendiquez de ce qu'effectivement vous tentez de faire ici avec un(e) certain(e) Hostinato rigore. Le souligner pour vous en saluer, mais comme il convient. Soit, de critique façon: le terme de critique n'étant pas pris seulement au sens courant de correction, mais à celui de juste reconnaissance des indépassables limites assignées, en l'occurrence, à une opération. Critique pas seulement au sens courant, mais en ce sens-là tout de même d'abord: car, telle est la signification du "débat" que depuis la fameuse émission Bourdieu, vous avez, vous réclamant de la "logique des médias" avec ce que vous appelez la "logique universitaire" dans ce 9:15: avec cet adjectif "universitaire", vous faites s'équivaloir dans leurs défauts complémentaires deux "logiques" sans bonne logique. Alors que Bourdieu, lui, ne s'est lancé dans la critique de l'ordre médiatique qu'après avoir pour l'essentiel achevé sa critique de l'ordre académique en lequel il a fait carrière (soit de ce que vous appelez "logique universitaire"). D'où le caractère autojustificateur de votre 9:15 opposé à l'autocritique sociologique de Bourdieu finissant mieux encore qu'il n'avait commencé par l'assomption personnelle des limites de sa fonction. À quoi vous opposez une certaine bonne conscience au contraire de la vôtre. Car s'il est juste d'affirmer qu'il peut exister une "critique des médias dans la sphère médiatique", il l'est bien moins - et il est même contradictoire - de ne pas préciser que ladite "sphère" enserre celui qui s'y enferme dans un carcan d'autocensure dont il doit dénier qu'il (s'y) est condamné, faute de quoi il (se) serait (lui-même) chassé de ladite "sphère".
Dans la partie que vous avez ratée Maler a manifesté son intention d'interroger Joffrin sur le licenciement d'Aude Lancelin. Le brouillage incessant de toute velléité de parole cohérente par Joffrin l'en a empêché.
"C'est justement ce que nous tentons de faire ici, tous les jours, chaque semaine, chaque matin, pannes de réveil incluses."

Et nous vous en remercions.
Je vous signale que Lbération est classé pastille verte chez Déconnex, alors qu'Acrimed n'y figure même pas *


Par conséquence, ce que émane de ce journal est vrai, et Joffrin a raison.


Maler s'est-il au moins excusé de prendre la parole devant ce grand homme ?


* "Nous n'avons pas encore étudié ce site. Pour en savoir plus, cherchez d’autres sources et remontez à l’origine de l’information."
" Est-ce à dire qu'il ne puisse exister aucune critique des medias dans la sphère médiatique, "

Mais si Daniel, il peut et doit y avoir une critique des médias.
Mais une critique faite par des gens sérieux, triés sur le volet dont on ne peut douter ni de l'honnêteté ni de la compétence.

Des " journalistes" sages , installés, une sorte de CSJ ( Comité des Sages Journalistes)

Actuellement, tu pourrais avoir dans ce comité Duhamel, Elkabbach, Joffrin, Beytout, Calvi, Thréard...
Le choix est délicat tellement les divergences de pensées uniques unissent les personnalités de ce comité.

Il pourrait utiliser un outil dont ils pensent le plus grand bien le Décodex, je crois, une sorte de jeu ludique à pastilles incorporées t'indiquant, à coup sûr, les bonnes et mauvaises infos.

Du style:
--Hier, il a fait beau sur la vallée de la Garonne. (Bonne info, pastille verte) Info vérifiée, recoupée...utilisation d'envoyés spéciaux sur place avec mirco-trottoir et tout et tout. Ne pas oublier les terrasses de café et un tee-shirt montrant l'étendue "véridique" de l'info.

--Demain, il fera 15° à Mauléon (pastille rouge) info invérifiable, la tendance mathématique n'est pas une info. (Oh zut! comme les sondages!)

Le jeu sera bientôt disponible dans toutes les rédactions. ( s'adresser à "Le Monde" qui n'est sponsorisé par aucun milliardaire)
La critique des médias, c'est souvent vu comme la critique des gens qui les font.

Et parmi les gens des médias, certains comme dans la population générale sont aptes à prendre la critique pour ce qu'elle est et réagir ou s'améliorer en conséquence, quand d'autres se fâchent et protestent parce qu'on les critique.

On a pu dire qu'un critique littéraire est un écrivant raté, mais certains journalistes ou directeurs de la rédaction font penser à des critiques des médias ratés.
bonjour

pour completer , si vous ne la connaissez pas cette video de henri maler sur thinkerview

https://thinkerview.com/interviews/henri-maler-acrimed-discutons-de-linformation-entre-generations/
(et dire que j'ai j'ai raté le début pour cause de panne de réveil)
Maintenant, il paraît qu'on peut écouter en différé les émissions manquées. C'est beau, hein, le progrès.
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