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Jean-Luc Godard, l'ambigu

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Jean Patrick Manchette reviens. Reviens leur expliquer qu'on peut être anti impérialiste, pour la révolution et aimer les polars US et le cinéma de C Eastwood. S'il y a contradiction elle est dialectique et féconde. D'autant plus qu'une bonne partie (...)

Affligeante cette émission. Plutôt, indigente. On a l’impression que nos deux « spécialistes » du cinéma n’ont visionné que deux films de Godard. Un artiste de cette envergure, qui a oeuvré sur plusieurs décennies aussi changeantes que les années soi(...)

Je pense que Rafik Djoumi n'aurait pas supporté de voir une émission sur Steven Spielberg où un chroniqueur parlerait doctement de ses films en avouant quelques minutes plus tard n'en avoir vu aucun en une seule fois, parce que, vous comprenez, c'est(...)

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Bien plus intéressant, chez vos “partenaires” de Hors-Série :


https://www.hors-serie.net/Dans-Le-Film/2022-11-19/Godard-cinema-politique-part-1-id519


Godard cinéma politique (part. 1)

           

Dans Le Film

           

David Faroult

                       

                   

Émission animée et conçue Stathis KOUVÉLAKIS

Le prévisible déferlement d’hommages qui a suivi décès de Jean-Luc Godard ne saurait occulter le paradoxe qui entoure sa place dans l’art qui fut le sien et, plus largement, dans la culture contemporaine : mondialement célèbre, comme nom, et fort mal connu, comme œuvre, dont seule une petite partie, presque entièrement située dans les huit premières années de son abondante filmographie, a connu une véritable réception publique. Doté d’un art consommé de la répartie, aimant la provocation , Godard fut un personnage à part entière du paysage culturel, en particulier en tant que « bon client » des plateaux télévisés, mais il vécut les dernières décennies de sa vie dans un relatif retrait, résigné à voir ses films accueillis, au mieux, par une indifférence polie. Car les attaques dont il a fait l’objet, pour ses films et ses interventions publiques, n’ont jamais manqué, y compris dans les moments qui ont suivi sa mort. Pourtant, rares sont ceux qui contesteraient que s’il y a quelqu’un qui a véritablement transformé le cinéma, plus exactement l’idée du cinéma, c’est bien lui.

Godard donc, non pas tant monument, créateur statufié de son vivant, mais plutôt conscience, et même conscience de soi, du cinéma, incarnation du moment où celui-ci accède à une forme de réflexivité, et, par-là, à une inquiétude permanente. Voilà qui explique sans doute pourquoi, même mort, il y a peu de chance qu’il accède à cette bienveillance consensuelle qui entoure, par exemple, un Truffaut ou un Rohmer. Voilà aussi pourquoi il reste, pour l’essentiel, à découvrir, ce qui, compte tenu de l’ampleur et de l’ambition de l’œuvre, exigera un travail persévérant, lequel, heureusement, n’a pas attendu sa disparition pour commencer.

David Faroult, que nous accueillons dans cette émission, est de ceux qui le mènent depuis de longues années, en orientant la focale vers une période qui illustre au plus haut point le paradoxe dont il a été question auparavant : les « années rouges » du Godard politique, scandées par la guerre du Vietnam, l’émergence du maoïsme, le 68 mondial et les insurrections qui perdurent jusqu’au mitan de la décennie 1970. Souvent évoquée mais rarement étudiée, et même fort peu connue sur le plan de sa stricte production filmique, cette séquence a désormais trouvé sa cartographie dans son ouvrage-somme Godard, invention d’un cinéma politique (Les Prairies ordinaires, 2018).
C’est en suivant les pistes ouvertes par cet ouvrage que nous avons organisé ces deux émissions consacrées à Godard politique. Elles nous amèneront à évoquer le cheminement qui a conduit un cinéaste originellement « apolitique » à devenir communiste et à réorienter son cinéma dans un sens politique, et même militant. Encore faut-il préciser que même si Godard situe de plus en plus son travail dans l’histoire de l’art politique qui l’a précédé, ce tournant ne signifie pas ralliement à une conception préexistante, souvent banalement instrumentale, du « cinéma militant ». Car c’est à partir du cinéma lui-même, de ses moyens et ressources artistiques propres, que le réalisateur d’A bout de souffle se politise et interroge la politique émancipatrice autant qu’il interroge politiquement le cinéma. Son objectif demeure celui de changer son cours de l’intérieur, en y traçant une rupture qu’appelle aussi bien son propre développement que son inscription dans les bouleversements de son temps.

Singulier, ce cheminement s’affirme ainsi tout à la fois comme continuité et rupture, retour critique sur soi, expérimentation tâtonnante en constante interaction avec un contexte politique et culturel effervescent. Ce moment de la trajectoire godardienne permet ainsi de voir sous un jour nouveau son propre cinéma – plus exactement : ses modalités de transformation – mais aussi l’époque qui lui a donné naissance, et dont il a voulu, en tant qu’artiste, porter à son point haut la puissance révolutionnaire.


Stathis KOUVÉLAKIS

                       

Dans Le Film            , émission publiée le 19/11/2022 
           Durée de l'émission : 108 minutes            

On peut ne s'intéresser qu'aux femmes dans l'oeuvre de Godard et partant promouvoir une vision essentiellement genrée (à l'exclusion de tout autre critère de distinction, notamment de classe), c'est, sinon légitime, du moins logique et dans la continuité des différentes idéologies monothéistes qui ont fait leur trou sur le continent depuis des siècles et même des millénaires. 


Mais par pitié, faites au moins semblant de ne pas vouloir encourager la guerre des sexes ! Cf. le terme de "types" pour parler des hommes [!] utilisé gratuitement par votre chroniqueuse.


On se croirait revenu à certaines émissions où des chroniqueurs hommes (je précise pour les personnes qui s'intéressent à ce que les gens ont dans leur culotte) parlaient ingénument et en toute impunité de "bonnes femmes", faisant mine de ne pas percevoir la violence sous-jacente à leur propos. 

Une émission qui a réussi à me faire oublier la triste réalité qu’A.S.I. dépeint quotidiennement, ce pourquoi j’y suis cependant joyeusement abonné 😄

C’est aussi ça POST POP, un peu de bonne humeur dans une actualité très noire…

Merci.

En ce moment, sur Madelen, on peut voir une série de 6 docs faits pour la télévision dans les années 70 (Six fois deux) par Godard et Miéville. c'est un autre aspect du travail de Godard, et j'aime particulièrement le deuxième épisode, qui s'appelle Louison. C'est un paysan qui parle de son travail et de l'agriculture en 1976 (année de la fameuse sécheresse), et on entend Godard lui poser des questions en off. Cela reste très actuel.

Arrêt sur Images se veut une plateforme critique des médias. Avec l’œuvre vidéo de Godard vous aviez une mine d'or. Parler de cette partie de son œuvre vous aurait permis de vous distinguer de la presse lambda en abordant la partie la plus ignorée de la filmographie du cinéaste, et aurait fait honneur à votre vocation. Mais il est vrai que cette partie de l’œuvre aurait demandé davantage de travail de la part de vos "experts": trouver ces films (désormais facilement accessible), les voir, lire ce que cette œuvre a produit en termes de critiques et de théorie, et réfléchir. Mais il semblerait que vous ayez préféré coller a l'agenda médiatique en bricolant une émission, où l'on aura davantage vu des extraits du film d'Hazanavicius que de films de Godard lui-même. Ironie du sort, ce que le film d'Hazanavicius tourne cyniquement en dérision c'est justement le tournant politique de l'oeuvre de Godard, qui va justement trouver son aboutissement dans l'usage qu'il fera de la vidéo. Cliché quand tu nous tiens : "Godard c'est A bout de souffle, Le Mépris, Pierrot le Fou". On attendait bien autre chose d’Arrêt sur Images que la sempiternelle rengaine .

Pourtant l’œuvre en vidéo de Godard est probablement sa plus révolutionnaire. Révolutionnaire, d'abord parce qu'il a été un des pionniers de la vidéo en France. Révolutionnaire, pour sa critique radicale de la production et de la circulation des images. Révolutionnaire parce qu'une partie de cette œuvre en vidéo, s'est faite dans, contre, et tout contre la télévision avec les séries "Six fois deux sur et sous la communication" et "France tour détour deux enfants", que l'on peut comprendre comme une proposition pour une pédagogie de l'image qui questionne l'ordre du discours du pouvoir et ses modalités de transmission, avec et par la télévision. J'aurais aimé voir une telle émission d’Arrêt sur Images sur l'un des critiques les plus féroces et les plus intelligents du régime médiatique. Au lieu de quoi, des commentaires indigents de la part "d'experts" qui ne connaissent que la caricature de la statut du commandeur, et qui ignore à peu près tout de son œuvre. Sans parler des anecdotes approximatives et mal sourcées, qui ajoute de l’ambiguïté là où il n'y en a pas. Si Godard, comme les cinéastes de sa génération, a aimé le cinéma américain c'est précisément parce qu'il était produit depuis "le ventre de la bête", là où de grands artistes ont inventé de "grandes formes" qui ont exprimé des critiques radicales de la société américaine. Par ailleurs, vos "experts" ont oublié que Godard et la bande des Cahiers ont aussi célébré un certain cinéma Français, celui de Jean Renoir, Jean Rouch, Jean Cocteau (pour ne citer que les 3 Jean) ; et que le cinéma italien comme révolution épistémique (tourner hors du studio, dans les conditions du documentaire ...) occupe une place centrale dans le dispositif de transformation du cinéma français entamé par les critique des Cahiers devenus cinéastes. 

Enfin, aborder en catimini tout en les justifiant, les accusations portées contre Godard en raison de sa défense constante depuis la fin des années 60 pour l'auto-détermination du peuple Palestinien est tout simplement irresponsable. Soit vous y consacrez une émission avec pièces a conviction apportées par des interlocuteurs qui savent de quoi ils parlent. Soit vous vous en tenez à ce que vos "experts" semblent le mieux connaitre : les petites anecdotes de tournage mille fois racontées. 

Si vous décidiez de consacrer une émission sérieuse à Godard et à son engagement aux côtés de la gauche radicale, c'est une émission sur l'éco-système intellectuel des années 70 que vous devriez faire. Ce que les accusateurs de Godard omettent toujours de préciser, c'est que le soutien de Godard à la cause palestinienne est intrinsèquement lié à sa foi - partagé par de nombreux artistes, intellectuels, et militant d'extrême-gauche de l'époque - qu'aux lendemains des indépendances et "des" mai 68 - une révolution globale est en marche.  Pour cette partie de la gauche radicale, la lutte des palestiniens était une lutte révolutionnaire, au même titre que la lutte des Vietnamiens et des Black Panthers (que Godard a filmé tout comme Agnès Varda et William Klein, qui vient aussi de nous quitter). Cette conception de l'internationalisme n'omettait pas les luttes ouvrières en France. Un asinaute a ici justement rappelé le soutien de Godard au groupe Medvedkine. Il y a pléthore d'autres exemples du soutien que Godard a apporté à des luttes  "ici et ailleurs". Lorsqu'on fait le procès des engagements de Godard, c'est aussi le procès de cette gauche radicale qu'on fait. Mais pour le comprendre, encore aurait-il fallu analyser les ressorts du tournant politique de Godard qui commence dès 1960 avec "Le Petit Soldat" en pleine guerre d'Algérie; se poursuit avec la censure de "La Religieuse" de Jacques Rivette (dans lequel Anna Karina tient le rôle principal), se poursuit avec le renvoi d'Henri Langlois de La Cinémathèque, et trouve son point de cristallisation quelques mois après, avec mai 68. Le cynique film d'Hazanavicius que vous avez abondamment cité - pratiquement comme s'il s'agissait d'un documentaire sur Godard - fait précisément partie du dispositif de délégitimation de ces engagements : on y voit Godard être tourné en ridicule pour sa "naïveté" politique. 

Vous avez annoncé une émission sur Godard sous le signe de l’ambiguïté, s'il y a ambiguïté, elle était peut-être à chercher dans le film d'Hazanavicius qui tourne en dérision un engagement politique qui a duré plus de cinquante ans, mais dans lequel on sent pourtant que le pasticheur ne peut s'empêcher d'admirer le grand artiste.

Bref, s'il vous prenait l'envie de parler à nouveau de Godard, travaillez au moins le sujet. 60 ans de cinéma et de réflexion sur le monde méritait mieux.

Comme à chaque émission sur un.e "monstre sacré" du cinéma, les fanboys sortent des pavés en commentaire pour défendre leur idole. Un vrai régal, merci pour la tranche de rire les pédants de service.

Bon alors on vient discuter d'un réalisateur à grand coups d'analyse tout en avouant ne jamais avoir regardé un film au complet. L’intellectualisme pédant et vide dans toute sa splendeur. C'est tout ce que vous avez comme journaliste cinéma ? Et pourquoi ne pas avoir demandé à deux "camps" de venir discuter ? Avoir au moins quelqu'un qui connait parfaitement et comprend le sujet.... non ? Quant au "sujet-qui-fâche", l'amener comme ça sans aucun contexte ni exemple et le balayer du pied avec une «.... Là je n'ai pas d'exemple là comme ça mais…" c'est malhonnête. Quand on ne connait pas un sujet, surtout un réalisateur comme Godard, on passe la main à quelqu'un qui sait. Ça me fait franchement douter des autres "spécialistes" de l'émission concernant les sujets que je connais moins. Un abonné sceptique.

puis-je dire qu'un être dépourvu d'ambiguïtés ne serait pas un humain satisfaisant mais un idiot idéologique

Il faut vraiment ne pas avoir lu les textes de la critique française sur les films les plus récents de JLG pour dire les bêtises que débite Rafik Djoumi. Franchement, on est au niveau du Youtubeur Durendal... Sauf qu'au moins, chez lui c'est gratuit...

Je pense que Rafik Djoumi n'aurait pas supporté de voir une émission sur Steven Spielberg où un chroniqueur parlerait doctement de ses films en avouant quelques minutes plus tard n'en avoir vu aucun en une seule fois, parce que, vous comprenez, c'est trop d'effort. Pourquoi donc nous infliger la même chose sur un autre cinéaste ? Pourquoi ne pas laisser quelqu'un d'autre venir en parler, ou renoncer tout simplement à faire une émission sur un cinéaste au sujet duquel on n'a strictement rien à dire ?


Il est douloureux de voir une émission sur un site de critique des médias produire le même discours que les médias les plus conventionnels : afficher fièrement son ignorance et son mépris, l'une alimentant sans cesse l'autre, avouer qu'on n'a pour ainsi dire pas travaillé le sujet dont on parle... Quelle différence entre la petite phrase de Roselyne Bachelot sur les films de Godard qui l'ont toujours ennuyée et l'attitude de Djoumi ? C'est une émission dont on aurait largement pu se passer.

Il est dommage de parler de Godard sans personne sur le plateau capable de parler d'esthétique du cinéma, et plus précisément de son histoire. Or JLG est l'un des plus grands créateurs de formes aux XXe et XXIe dans cet art, souvent à l'avant-garde.

Votre analyse en est particulièrement appauvrie, sinon réduire à l'écume de son oeuvre. Vous n'êtes, de plus, pas au fait de la littérature scientifique sur le sujet, sans spécialiste de ses films alors qu'il y en a des dizaines qui ne se limitent pas aux années 60 - comme énoncé ici par plusieurs personnes.

Reste un ersatz de cultural studies (même pas à jour scientifiquemet), des clichés et des portes ouvertes.  

Affligeante cette émission. Plutôt, indigente. On a l’impression que nos deux « spécialistes » du cinéma n’ont visionné que deux films de Godard. Un artiste de cette envergure, qui a oeuvré sur plusieurs décennies aussi changeantes que les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt en se réinterrogeant sans cesse, oui, heureusement qu’on peut lui trouver des ambiguïtés, des contradictions, des hésitations et des clairs-obscurs. En tout cas il mérite mieux que cette tarte à la crème de la « fétichisation du corps de la femme » (non mais pitié, un peu de hauteur, un peu de contexte!) où ces « grands » débats sur « n’est-il pas de gauche? ». Parfois quand on n’a rien à dire, il vaut mieux se taire.

Merci. D'ailleurs, dans l'interview de JLG par DS, le gouffre de pensée qui les sépare semble donner raison au premier refus du cinéaste de venir dans l'émission... 25 ans, rebelote. 

Bien plus intéressant, chez vos “partenaires” de Hors-Série :


https://www.hors-serie.net/Dans-Le-Film/2022-11-19/Godard-cinema-politique-part-1-id519


Godard cinéma politique (part. 1)

           

Dans Le Film

           

David Faroult

                       

                   

Émission animée et conçue Stathis KOUVÉLAKIS

Le prévisible déferlement d’hommages qui a suivi décès de Jean-Luc Godard ne saurait occulter le paradoxe qui entoure sa place dans l’art qui fut le sien et, plus largement, dans la culture contemporaine : mondialement célèbre, comme nom, et fort mal connu, comme œuvre, dont seule une petite partie, presque entièrement située dans les huit premières années de son abondante filmographie, a connu une véritable réception publique. Doté d’un art consommé de la répartie, aimant la provocation , Godard fut un personnage à part entière du paysage culturel, en particulier en tant que « bon client » des plateaux télévisés, mais il vécut les dernières décennies de sa vie dans un relatif retrait, résigné à voir ses films accueillis, au mieux, par une indifférence polie. Car les attaques dont il a fait l’objet, pour ses films et ses interventions publiques, n’ont jamais manqué, y compris dans les moments qui ont suivi sa mort. Pourtant, rares sont ceux qui contesteraient que s’il y a quelqu’un qui a véritablement transformé le cinéma, plus exactement l’idée du cinéma, c’est bien lui.

Godard donc, non pas tant monument, créateur statufié de son vivant, mais plutôt conscience, et même conscience de soi, du cinéma, incarnation du moment où celui-ci accède à une forme de réflexivité, et, par-là, à une inquiétude permanente. Voilà qui explique sans doute pourquoi, même mort, il y a peu de chance qu’il accède à cette bienveillance consensuelle qui entoure, par exemple, un Truffaut ou un Rohmer. Voilà aussi pourquoi il reste, pour l’essentiel, à découvrir, ce qui, compte tenu de l’ampleur et de l’ambition de l’œuvre, exigera un travail persévérant, lequel, heureusement, n’a pas attendu sa disparition pour commencer.

David Faroult, que nous accueillons dans cette émission, est de ceux qui le mènent depuis de longues années, en orientant la focale vers une période qui illustre au plus haut point le paradoxe dont il a été question auparavant : les « années rouges » du Godard politique, scandées par la guerre du Vietnam, l’émergence du maoïsme, le 68 mondial et les insurrections qui perdurent jusqu’au mitan de la décennie 1970. Souvent évoquée mais rarement étudiée, et même fort peu connue sur le plan de sa stricte production filmique, cette séquence a désormais trouvé sa cartographie dans son ouvrage-somme Godard, invention d’un cinéma politique (Les Prairies ordinaires, 2018).
C’est en suivant les pistes ouvertes par cet ouvrage que nous avons organisé ces deux émissions consacrées à Godard politique. Elles nous amèneront à évoquer le cheminement qui a conduit un cinéaste originellement « apolitique » à devenir communiste et à réorienter son cinéma dans un sens politique, et même militant. Encore faut-il préciser que même si Godard situe de plus en plus son travail dans l’histoire de l’art politique qui l’a précédé, ce tournant ne signifie pas ralliement à une conception préexistante, souvent banalement instrumentale, du « cinéma militant ». Car c’est à partir du cinéma lui-même, de ses moyens et ressources artistiques propres, que le réalisateur d’A bout de souffle se politise et interroge la politique émancipatrice autant qu’il interroge politiquement le cinéma. Son objectif demeure celui de changer son cours de l’intérieur, en y traçant une rupture qu’appelle aussi bien son propre développement que son inscription dans les bouleversements de son temps.

Singulier, ce cheminement s’affirme ainsi tout à la fois comme continuité et rupture, retour critique sur soi, expérimentation tâtonnante en constante interaction avec un contexte politique et culturel effervescent. Ce moment de la trajectoire godardienne permet ainsi de voir sous un jour nouveau son propre cinéma – plus exactement : ses modalités de transformation – mais aussi l’époque qui lui a donné naissance, et dont il a voulu, en tant qu’artiste, porter à son point haut la puissance révolutionnaire.


Stathis KOUVÉLAKIS

                       

Dans Le Film            , émission publiée le 19/11/2022 
           Durée de l'émission : 108 minutes            

 

   

A tout le moins il vous a échappé que tout le monde ne parle pas anglais ni américain. Que le sous-titrage ou la traduction simultanée.... Dommage!

Comme dans toutes les réflexions sur JLG depuis quelques semaines, même si c'est très intéréssant, vous ne vous intéressez presque qu'aux années 1960 (et pas à tout) en semblant ignorer qu'il y a des dizaines de films après ces "classiques" dont il s'est considérablement éloigné. Je cite le post-scriptum du très bel édito de la revue Débordements : https://www.debordements.fr/JLG-1930-2022


Dans certaines organisations mafieuses, la tradition veut que le commanditaire d’un assassinat se fasse connaître en prononçant l’éloge funèbre de la personne assassinée. C’est une manière d’imposer le silence et de prouver sa force, en assumant, face aux amis comme aux ennemis, la responsabilité de cet acte, tout en faisant mine d’être attaché à l’être disparu, l’air de rien, la larme à l’œil mais le sourire aux lèvres. C’est l’impression que donnent les hommages répétés au réalisateur d’À bout de souffle, de Pierrot le fou et du Mépris.


David Faroult, dans l’émission  Plan Large , est un des rares a avoir osé dire ce qu’il fallait pourtant dire, si l’on voulait rendre un véritable hommage au réalisateur de Ici et Ailleurs, de Prénom Carmen, de Détective, de Notre musique et d’Adieu au langage (et de plus d’une centaine de films) : qu’il fallait « un moratoire » sur ces années 1960-1965, et qu’il fallait désormais, plus que jamais, aborder sérieusement les 50 années de cinéma qui les suivent. Rendre hommage aux premiers films de Godard et ne parler que d’eux, c’est assassiner le cinéaste qui a passé sa vie à souhaiter ne jamais les avoir faits.


Il aurait été bienvenu qu'Arrêt sur Images s'astreigne à ce "moratoire" et s'intéresse davantage à ces 50 années de cinéma qui suivent, et qui furent l'occasion d'une intense réflexion sur une manière politique de filmer des images.

Whaou le mec il film comme si il filmait pas une dénonciation convenue parce que bourgeoise  . A coté de ça t'as Clint qui film un terroriste se lavant le visage et dont le visage apparait dans le miroir comme le visage du christ qui va mourrir pour les siens , ou des gens d'une vie banale faisant preuve du courage ultime .D'un coté des implants dans le cerveau pour le faire vibrer , de l'autre les vibrations  de l'âme . A propos d'âme   https://www.youtube.com/watch?v=LJEn72NtGvw

Jean Patrick Manchette reviens. Reviens leur expliquer qu'on peut être anti impérialiste, pour la révolution et aimer les polars US et le cinéma de C Eastwood. S'il y a contradiction elle est dialectique et féconde. D'autant plus qu'une bonne partie des auteurs de polars US étaient des écrivains démocrates et de gauche (Hammett, Thompson, etc.) et par le genre policier ils exprimaient leur opposition au capitalisme. Le cinéma de série B, en noir et blanc, de style expressionniste, exprimait d'infinis nuances entre le noir et le blanc et la pensée binaire.

Pas encore vu l'émission mais plutôt qu'ambiguïtés je parlerais de contradictions comme on peut en trouver chez tout homme, d'autant plus que sa vie a été longue. Godard a été de son temps. Il militait avec Chris Marker dans le groupe Medvedkine en 1967, fournissant du matériel cinématographique aux ouvriers en lutte. Dans les années 70, il a tourné des films publicitaires, tout en faisant du Godard. Même après sa reconnaissance (et les moyens qui vont avec), il a gardé des réflexes de subversion de l'ordre établi. J'ai eu l'occasion d'évoquer l'aide qu'il a apporté en 2004 aux intermittents et précaires qui voulait perturber le Festival de Cannes, où il était un des invités les plus attendus. Peut-être un clin d'oeil à mai 68, quand il s'accrochait au rideau de la salle de projection pour interrompre le festival.

Je garde un souvenir ému de cette rencontre de 2004 et d'un conseil de lecture qu'il nous a donné et qui montre là encore la continuité et la cohérence de ses convictions. Le bouquin en question, remarquable, est un roman d'un auteur belge méconnu, Charles Plisnier, intitulé "Faux passeport". C'est pour moi une œuvre qui aborde les procès de Moscou avec autant de force que "Le zéro et l'infini" de Koestler. Ce livre a obtenu le prix Goncourt en 1937. Il faut redécouvrir Charles Plisnier.

Je n'ai pas encore écouté, ou plutôt j'ai rapidement balayé le document, me promettant de mieux faire rapidement, tout de même la scène avec Brigitte Bardot, il en a fait toute  autre chose que la demande et c'est une scène mémorable.  Il n'y a rien d'ambigu sur ce point. Ajouter des scène érotiques avec BB c'est un peu comme une censure à l'envers. Et en fin de compte, qu'on  enlève ou qu'on rajoute de force augmente la créativité.  Godard du Mépris 1963 ne peut être regardé comme le Godard du 21 ème siècle! La liberté de faire ou de ne pas faire est le combat d'une vie.

Ça se termine en procès en sorcellerie, notamment de la part de Rafik, dommage. 

Vous l'aurez compris, ce n'est pas Saint-Jean-Luc Godard, que nous célébrons dans cette émission de rentrée à l'occasion de sa disparition. Nous avons plutôt choisi de creuser ses ambiguïtés, socle de son cinéma. Bon visionnage ! 


                     

Il est pas américain Clint. Il est universel ! C'est un génie !

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