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Interdire Zucca ? Non !

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Le Paris de Zucca a vraisemblablement bien existé même s'il n'offre pas une vision globale de la réalité. Les français ont parfois du mal à regarder la réalité en face... Cela me rappelle un film longtemps interdit en France parce qu'il ne correspondait pas au tableau idéalisé d'une France majoritairement résistante : le chagrin et la pitié!!
Je me suis fait zapper et en rmets donc une couche, en tant qu'abonnée.L'expo me semble d'un goûit douteux mais ne ramènera pas plus de 15 000 visiteurs. Vous lui faites de la pub et oubliez des problèmes d'actu plus épineux style "les vrais-faux sans papiers, traitement médiatique" ou "le scandale des seniors qui vont être forcés à chercher un boulot qu'ils ne trouveront pas". Pour des tas de raisons, la fixation sur l'Occupation m'overdose, au hasard parce qu'on ne fera revenir personne d'outre-tombe et que c'est facile de jouer aux grandes âmes. Comme dit mon maître Jean-Jacques Goldman "si j'étais née en 17 à Leidenstadt, sur les ruines d'un champ de bataille, aurais été meilleure ou pire que ces gens, si j'avais été Allemand ?"
en parlant de révisionnisme : Le Pen remet une couche..., chez les Bretons en plus, si c'est pas beau la France !
Et, curieusement, Sarkozy veut faire du pays une France de propriétaires !..
Il y a au moins trente ans (j'en ai 45) mes parents ont acheté une encyclopédie et on y voyait ce genre de photos avec la même technique (lumière froide) personnellement, je ne suis pas surpris par le contenu de certaines photos de parisiens bronzant pendant les rafles et arrestations. Jacques Isorni était un des des rédacteurs. Ce n'est que plus tard que j'ai mis en perspective, certaines réalités même si ma famille n'était pas raciste ou collabo.

Pourquoi cacher ce qui a existé mais il faut expliquer toujours donner du relief à ce qu'on montre pour n'importe quel sujet pour les plus simples comme pour ceux un peu plus compliqué. Malheureusemnet il n'y a aucun trucages et pour certains la guerre a été bronzette sur les quais de sSeine et tickets de rationnement à gogo.
Estr ce que la réaction est vive parce que c'est à Paris que les pjotos sont prises, et que le photographe a beaucoup de "talent"
Qu'en serait il si c'était une petite ville de province reculée ? On trouverait surement une explication simpliste : C'est logique que cela se soit passé içi. A Paris cela ne serait jamais arrivé etc.

Thierry Poirier
Bretagne
L'autre jour, je me dis tiens, j'vais y aller voir, j'avais des visages à identifier... Elle a raison, Delphes, enfin je crois que c'est son commentaire, de dire qu'on a envie de reconnaitre les lieux connus, les gens aussi pour certains... dans ces photos. Mais que vois-je? Bon d'abord une boutique qui s'appelle "culotte" (mais qui vend des sacs) rue Malher (c'est Gustave ou pas? Pas très respectueux de ne pas mettre le prénom), puis au loin, une file d'attente, cornebidouille. Ils sont fous ces parisiens.
Je continue ma route, tant pis. Ça foisonne les musées par ici, c'est bien le diable si je n'en trouve pas un.
Tout juste, un truc chouette aux archives nationales. La carte famille nombreuse marche, je me demande ce qu'on ferait si elle n'existait plus, elle n'est pas que ferrovière. Parce que la ville de Paris elle adore que les familles nombreuses viennent dans ses musées, même un par un, des fois c'est même gratuit.

Dis, Hôtel de Soubise, tu voudrais pas une petite polémique?
Que n'as-tu appelé l'expo "les 30 documents qui ont fait la France"? Internet se serait emballé pour dire : il en manque, vous n'avez pas mis les plus important, c'est quoi ce tri? Où sont passé tous les traités? De guerre? De paix? Mais non, vous avez bien dit comme il faut, à la forme indéfinie, "30 documents qui ont fait la France", sans préjuger de leur importance.
Quoique si on voulait... C'est un peu exagéré quand même, pourquoi ne pas avoir dit : "ce qu'il nous reste de plus ancien, ajouté à ce qu'on peut grapiller d'intéressant, à travers les âges, du plus loin jusqu'à nos jour, comme témoignages archivés de "dates de l'Histoire". Un titre plus long, certes, mais plus juste.
Parce que au hasard : le petit dessin de Landru n'a pas fabriqué l'histoire d'un pays...
Enfin, je chipote. Ce que j'en dis, c'est parce que si l'Hôtel de Soubise avait une polémique qui fasse accourir les foules, au moins la file d'attente ne serait pas dans la rue. Il y a une immense cour, tout exprès, on pourait faire des zig-zag comme au parc Astérix.

Beaucoup de lecture à côté des documents (comme dans toutes les expos historiques, sauf une) et beaucoup d'écritures qu'on regarde comme des images de frises. A un moment, à partir d'une date, on commence à se sentir chez nous : on comprends ce qui est écrit tout seul.
J'aime beaucoup François, Henri, Louis qui signent de la même grosse écriture penchée leurs beaux prénoms royaux, sans mettre leur numéro 1,2, 14...
C'est la guerre des bibles. François dit de chercher les erreurs et de corriger et que comme ça, ça ira bien, la bible imprimée de Estienne l'imprimeur. Et Henri, roi suivant, peu après, dit: oh et puis y'a qu'à les brûler, tant pis...
Tiens, Louis XVI a écrit un testament, un truc incroyable, comme si on lui avait braqué un échafaud sur la tempe. Mais ça s'peut pas, il était déjà condamné quand il l'a rédigé. Il doit être sincère. On croit deviner pourquoi il a écrit ainsi à son fils, pour écrire une histoire possible, ouvrir la porte à un avenir où son fils serait un bon roi, pas comme lui.

Vous saviez que c'est De Villepin? Qui a signé en 2007 que plus de peine de mort, un point c'est tout, il n'y a plus cette histoire du chef de l'état qui peut décider de la remettre si il veut. Ouf, Chirac... Enfin, à la dernière minute comme ça, président Chirac aime les sensations.
Jean-Pierre Azéma n'a pas apporté sa caution à l'exposition mais préfacé son catalogue. Au pays de l'amalgame, la nuance est bien sûr orpheline. Il n'empêche : Jean-Pierre Azéma signe une mise en contexte historique mais n'a pas du tout eu la responsabilité intellectuelle et muséale de l'exposition. A ce titre, vouloir lui imputer plus que le strict contenu de la préface qu'il a rédigée rélève au mieux d'un contre-sens.
http://www.liberation.fr/rebonds/322864.FR.php
Des vidéos révisionnistes circulent sur Youtube. Malgré les demandes réitérées , ce site ne semblent pas vouloir les retirer. Que faire?
Les souffrances de ceux qui meurent de misère au bas de nos immeubles, ou de ceux qui s'échouent sur nos plages, et auxquelles beaucoup d'entre nous sont sensibles, nous empêchent-elles de nous réjouir du soleil, de rire entre amis, d'aller au café ou de partir en vacances ?
Que savons-nous de ceux que nous jugeons avec tant de certitude de leur être bien supérieurs ? Et est-ce qu'une jeune fille qui bronze est forcément une collaboratrice, un enfant qui joue, un collaborateur ?
Merci Daniel et Alain pour ce débat passionnant.

Je vais me faire un peu l'avocat du diable sur ce sujet. Rappeler durant l'exposition que les photos de Zucca servaient propagande nazie est essentiel.

En voyant ces photos, j'ai comme un sourire jaune. Elles contrastent amèrement avec les photos que l'on connaît mieux, d'étoiles jaunes, de files d'attentes lors du rationnement, des rafles et des pelotons d'exécution, absentes de l'exposition mais qui reviennent à la mémoire du visiteur et provoquent un malaise. Ajouter ces photos sombres en contrepoint ironique pour ceux qui ne les connaîtraient pas (je pense notamment aux jeunes visiteurs) aurait été bienvenu.

Cependant, le Paris de Zucca montre ce Paris que l'on refuse de voir, parce qu'on voit plus souvent le régime de Vichy comme un temps arrêté, terrible et sanguinaire. On culpabilise, peut-être, en constatant que, comme les badauds d'aujourd'hui, les parisiens de l'époque se réjouissaient des premiers rayons du soleil, se promenant dans les jardins du Luxembourg comme on le fait de nos jours, pour oublier un temps la misère quotidienne.

Le Paris de Zucca ne montre pas, en effet, la France opprimée et la France résistante, mais elle montre une partie de la France attentiste. 90% des français se contentaient de vivre (ou survivre) sous l'Occupation, et le Paris Saint-Germain des Prés (avec coupes de champagne et bronzette au soleil tandis que les wagons à bestiaux quittaient le pays) a bel et bien existé, et a été décrié, à juste titre, au profit d'une France résistante. Mais cette France résistante portée aux nues, plus présentable dans un tel contexte que le visage insouciant de jeunes femmes au soleil, était, et c'est peut-être cela le drame, admirable... et nettement minoritaire.
J'aimerais savoir combien de personne réagissant ici avec passion ont vécu cette période à Paris....

Certaines personnes de ma famille ont été tres touchées par cette expo, ils y ont retrouvé l'atmosphere de l'époque et croyez moi la vie n'était pas vraiment facile pour eux, ils étaient employés cherchant à éviter le STO. Ca leur a rappelé les privations et l'esprit d'entr'aide qui pouvait exister, les amis disparus...
(Moi qui me disais, en voyant la photo de la cérémonie, que si jamais j'avais droit à des obsèques nationales, je ferais passer la consigne qu'on les refuse pour moi si le président du moment devait être de son calibre !)

Sinon, elle est maintenue cette exposition, mais avec contextualisation et légendes, finalement ? Un peu de bon sens, en somme...
Comparer le retour forcé des immigrés dans leur pays avec les rafles et les déportations de la seconde guerre mondiale me paraît carrément abusif et indécent. Les juifs déportés finissaient pour la plupart directement dans les chambres à gaz puis les fours crématoires. Rien n'est comparable à ce qui s'est passé à cette époque dans les camps d'extermination. Je ne soutiens pas du tout la politique de Sarkozy et de Brice Hortefeux en matière d'immigration, mais attention de ne pas tout mélanger.
Je suis entièrement d'accord avec vous.
Après lecture des propos du commissaire d'exposition dans l'enquête de Dan Israel, j'ai plus que jamais le sentiment que l'absence de contextualisation dans l'exposition a été pensée, notamment pour qu'il y ait un vrai débat médiatique autour de l'exposition. C'est bien une hypothèse, mais je vois mal des intellectuels ne pas penser à ce genre de choses, la construction d'une exposition met parfois plusieurs années entre son idée et sa mise en place.
La faire interdire, cela serait la priver de déclencher un vrai débat sur la question de la collaboration française.
Bien sûr, cela déclenchera d'autres débats, qui risquent de s'axer davantage sur la question de la liberté d'expression.
Mais un débat sur l'absence d'examen de conscience de la France par rapport à la collaboration doit avoir lieu, la France devra un jour ou l'autre affronter sa propre culpabilité.
L'Allemagne a fait preuve depuis les années 80 d'une humilité exemplaire pour affronter son lourd passé.
Il est grand temps que la France dépasse son arrogance traditionnelle et en fasse autant, même si historiquement, elle a été jugée, au même titre que l'Autriche, en victime de la Seconde Guerre Mondiale.
Alain Le Treut
Tout à fait d'accord avec vous, Daniel.

Rien à ajouter.
Moi ce qui m'énerve, c'est de voir qu'on va encore censurer alors qu'on demande tous (ou presque) que cette expo soit accompagnée, pédagogique, éclairante, enrichissante...
(j'ai déjà écrit pas mal de choses à ce sujet sur l'autre forum consacré à cette expo)

Mais je m'interroge aussi (et ça n'a rien de personnel, je cherche juste à comprendre) :
M. Girard est donc le responsable de la Culture à la Ville de Paris
La BHVP dépend de la Ville de Paris, oui ou non ?
Pourquoi, en tant que responsable, n'est-il pas au courant de la manière dont cette expo allait être présentée ?
N'a-t-il pas reçu de dossier, de projet ?
La BHVP et ses conservateurs sont-ils donc totalement indépendants ?
Est-ce ainsi de toutes les expos mises en place par la ville de Paris ou des "lieux" dépendants en théorie de la ville ?

Éclairez-nous, vous, les connaisseurs.

Encore une fois, mon interrogation se rapporte à une fonction et des responsabilités, et non pas à une personne.
faut-il rappeler que sans les FTP-MOI il n' y aurait AUCUN attentat à Paris durant l'année 43 ?
Ouh là attention : je trouve que vous vous colombanisez, avec cet édito donneur de leçons au possible

Une expo est une expo. Peut-elle être "détestable" ? Peut-on la "détester" ?
Il est possible qu'elle ait été mal faite / mal éclairée (encore que, des proches m'ont dit qu'il n'y avait pas d'ambiguité possible, même avant "l'avertissement" de la mairie de Paris) ; de là à monter sur ses grands chevaux ?
Encore une fois je m'en tiendrais plutôt à la chronique de Pierre Marcelle il y a 10 jours
http://www.liberation.fr/rebonds/chroniques/smoking/320312.FR.php
J'ai hâte de lire ce qu'en dit Elisabeth ?
Cette époque appartiendra réellement à l'Histoire lorsqu'on arrêtera d'employer des termes comme "détestable" ou "répugnant" chaque fois qu'elle est le sujet d'un débat. Regarder l'Histoire en face implique de pouvoir s'en distancier et se débarrasser de "l'ultra-émotionnel".

Pour montrer ces photos, il aurait fallu les accompagner de photos de rafles ? Et quand on montre des photos de rafles, faut-il les accompagner de photos de terrasses de café ?

Il est répugnant de prétendre que l'Occupation était une partie de plaisir ? Peut-être, mais ce n'est pas ce que fait cette exposition. À toutes les époques et quelques soient les drames qui s'y sont joués, la vie a continué. Quand on ne connait, comme moi, cette période qu'à travers les cours d'Histoire, on s'imagine, ou on voudrait s'imaginer, que le quotidien n'était qu'oppression, misère et crimes contre l'Humanité. Ca n'est tout simplement pas possible. Bien sûr pendant que les Juifs étaient persécutés, il y avait des gens qui se promenaient, des enfants qui jouaient. A-t-on espéré que les gens de l'époque aient perdu l'appétit, le sommeil, le sourire, l'espoir, qu'ils aient cessent d'aimer, de jouer, de marcher... bref qu'ils se comportent comme nous nous sentons obligés de nous comporter pendant une cérémonie du souvenir ? Il ne s'agissait pas d'une cérémonie du souvenir, mais de plusieurs années durant lesquelles, bon gré mal gré, la vie devait bien continuer.

Un des commentaires ci-dessus disait en substance qu'il y avait un risque que des gens entrent persuadés que l'Occupation était terrible et sorte finalement convaincu que non. Ca ne me semble pas réaliste. Je pense pour ma part que quelqu'un qui voit cette exposition sans avertissement, persuadé que l'Occupation était terrible et s'attendant à voir comme il est de bon goût des images de rafles, de pénurie alimentaire ou d'exécution, de préférence sous la pluie, sera certes très surpris mais ne remettra pas pour autant en cause tout ce qu'il sait (ou pense savoir) sur cette période historique. Par contre, cela peut déclencher une réflexion sur la nature humaine, sur la vie dans des périodes difficiles, sur ce que nous-mêmes aurions fait à cette époque. Chacun aimerait croire qu'il aurait cessé de vivre, se serait enfermé pour pleurer 4 années durant sur le sort de tous ceux qui souffraient, ou alors se seraient comporté en héros, aurait caché des juifs ou rejoint la résistance. Mais quand on y réfléchit, la réalité est que beaucoup d'entre nous auraient, dans les mêmes circonstances, tenter de continuer à vivre leur vie, à se nourrir, à s'occuper de leurs enfants en essayant probablement de leur épargner au maximum l'horreur de la guerre. Au fond, se prive-t-on, aujourd'hui, de manger parce qu'on sait que des gens meurent de faim ? Ou de régler le chauffage à 20-25° alors que d'autres meurent de froid ? Abandonnons-nous notre confort, afin d'éviter que les générations futures ne se demandent comment nous avons pu dormir si paisiblement alors que tant d'horreurs s'affichaient quotidiennement en Une de nos journaux ?

On aimerait pouvoir dire que ces gens qui bronzaient ou souriaient pendant l'Occupation était des salauds ou des collabos, et on aurait voulu que ce soit écrit en noir sur blanc en légende des photos, mais la plupart étaient des êtres humains comme les autres, ni plus ni moins. La lâcheté est un défaut que personne ne s'avoue, mais que tout le monde a, à des degrés différents.

Je n'ai pas vu cette exposition, car je suis loin de Paris (dans le cas contraire, toute cette agitation m'aurait sans doute poussé à aller la voir), donc mon opinion se base sur les débats qu'elle a déclenché. Peut-être une courte mise en situation à l'entrée, au moins pour dire qui était l'auteur de ces photos, aurait pu être nécessaire, mais pas plus. Il me semble au contraire plutôt positif de laisser les gens réflechir seuls. Sans doute il y a de nombreuses réactions possibles face à ces photos, et lorsque je lis les critiques de cette exposition, j'ai l'impression que ce qu'on reproche aux organisateurs est de n'avoir pas dit aux visiteurs laquelle ils devaient adopter (c'est-à-dire du dégoût pour ces collabos indifférents qui bronzaient sur les bords de la Seine et pour cette odieuse oeuvre de propagande nazi, car il semble que ce soit la seule réaction "décente" lorsque l'on aborde cette époque).
Sans doute le titre aurait pu être plus clair, mais un titre n'est pas un "synopsis", c'est une accroche, et une partie de l'oeuvre. L'effet sur le visiteur aurait été très différent si le titre avait été "Paris sous l'Occupation selon la propagande allemande", car alors on n'aurait pas eu de raison de réfléchir sur le comportement des gens, mais uniquement sur l'oeuvre de propagande.

Cette exposition ne me choque pas, mais cette polémique me choque beaucoup.
Et ce qui me scandalise au plus haut point, ce sont les quelques accusations que j'ai pu lire ici ou là quant aux motivations des participants.
Jusqu'à cette chronique, qui semble presque accuser Jean-Pierre Azéma de collaborationnisme ("Que le très respectable historien Jean-Pierre Azéma ait apporté sa caution à l'entreprise est inexplicable."). Un peu de retenue aurait été de bon goût.
merci Daniel pour cet article qui me semble nécessaire après tout ce dossier sur l'exposition. entre la pédagogie insistante (le pesant "n'oubliez pas, c'était la guerre" ) et le lâcher libre de ces photographies sans contexte, il me semble qu'il y a tout un monde.
Il y a selon moi deux choses indispensables à savoir lorsque je vois une exposition: qui était l'artiste (années, pays, pour qui il travaillait etc...) et , parfois aussi important qui a fait l'exposition (pourquoi montrer ces photos là, maintenant, aujourd'hui), c'est certainement la deuxième partie qui pêche le plus ici car même savoir qui était zucca (même en retard et sous la pression) ne me suffit pas si je ne sais pas pourquoi, pourquoi cette expo là, maintenant.
ces images, je les ai trouvées fortes, elles m'ont montré ce qu'on ne pouvait pas voir, une sorte de brêche entre les deux images d'épinal des "français sous l'occupation" que j'avais vus jusque là. entre le gentil résistant et le méchant collabo, il y avait ces autres, ceux qu'on ne montre pas, ceux qui continuaient à vivre, manger, boire, sourire. J'ai 20 ans , n'ai connu aucune guerre et cette partie là je ne faisais que l'imaginer, c'est pourquoi me retrouver confrontée à ces images là, en plus en couleurs donc plus proches de moi, m'a paru intéressant. voilà pour le contenu des images et l'effet "sans contextualisation" de mon rapport à ces images. Ensuite d'apprendre qui fut Zucca m'a aidé à comprendre pourquoi QUE des images comme ceci, pourquoi pas le reste, les rafles, les bombes, la peur.
Je pense que les deux rapports à ces images sont importants mais pas en même temps! d'abord rencontrer ces images, brutes, crues, s'identifier à eux,d'abord inocemment, reconnaître les lieux, rire des chapeaux, les lunettes, puis laisser ce malaise arriver photo après photo lorsqu'on se rend compte que non, jamais le contrepoint n'arrivera, que oui, on aura que cette vision là, que l'insouciance, que l'abondance, car on sait, tous même les jeunes, même très peu les rafles, les bombes, le reste, et la deuxième phase pourrait arriver à la fin , montrer même sans en faire des tonnes, pour qui Zucca travaillait, donner envie de revoir chaque photo sous cet autre angle, donner à voir que l'expo a été faite en toute conscience de ces choses là, avec un vrai parti pris, c'est celà qui manque je pense, à cet exposition.
C'était il y a 66 ans, presque une vie, Germaine Tillion est morte hier, et dans quelques dizaines d'années, cette période troublée de notre histoire verra s'éteindre son dernier témoin comme "la der des der" a vu partir cette année son dernier poilu. Et pourtant, nous avons toujours du mal à regarder la réalité de notre histoire en face. Oui, c'est important de montrer toutes les facettes, même les plus répugnantes, la collaboration, la délation, voire le je-m'en-foutisme de certains, c'était ainsi. Il est peut-être plus glorieux de se voir patrie de la résistance, malheureusement c'est une image falsifiée et incorrecte.

C'était il y a longtemps, oui, trop longtemps pour se sentir concerné pensent certains qu'on ne peut blâmer de se sentir si loin, pourtant on dirait bien que cette histoire n'est pas réglée. Que les jeunes générations sachent qu'il y a eu des Guy Mocquet, soit, qu'ils sachent le sort des enfants de Drancy, c'est essentiel ; mais qu'ils sachent aussi le reste, que cette histoire fondatrice de valeurs encore importantes aujourd'hui ne soit pas amputée de ses aspects les plus gênants, qu'on ne fasse pas semblant de ne pas avoir un caillou dans la chaussure : on avance mieux une fois qu'on l'a ôté, même si on n'a pas envie de s'arrêter pour enlever la chaussure.

J'apprécie beaucoup l'analyse de cette chronique, je pense également que des témoignages comme ces photos de Zucca, sensibles parce qu'ils renvoient à la part la plus noire de cette page de l'histoire, doivent être utilisés avec intelligence et prudence, mais pas être interdits. Parce qu'ils peuvent permettre de comprendre que l'être humain peut être capable de tous les extrêmes dans certains contextes, qu'il peut laisser s'exprimer le pire et parfois le meilleur, et qu'on ne peut pas dire aujourd'hui qu'on ne le sait pas. C'est de la matière précieuse pour nos générations et les suivantes, de la matière à comprendre, à se construire, à rester vigilant, sentinelle du "plus jamais ça".
"Pendant que des policiers français déportaient des Juifs, pendant que l'immense majorité des Parisiens crevaient de faim, certains (combien ? Quelle proportion ?) se gobergeaient, se la coulaient douce, ou simplement s'en foutaient."
Pendant que des policiers français raflaient des sans-papiers, pendant que l'immense majorité des parisiens s'en foutaient, certains (combien? quelle proportion?) se gobergeaient, se la coulaient douce.
Et qu'on ne me parle pas de point Godwin : les policiers français de 1942 NE SAVAIENT PAS la destination finale des raflés, tout comme ceux d'aujourd'hui.
Cette exposition nous parle d'aujourd'hui : vous qui lisez GALA, PARIS-MATCH, ... vous y voyez le monde comme le voyaient les lecteurs de SIGNAL.
Bonjour,

tres bon article sur Médiapart (9 euros par mois, je ne regrette pas mes sous! avec des blogs thématiques (?) de haut niveau!!!)

" Retour sur l'exposition controversée André Zucca" d'Antoine Perraud.

".../... La Mairie de Paris se voit donc rassurée : Zucca n’était pas un monstre, juste un collaborateur rusé, démerdard, anarchiste de droite, fou de photographie, l’œil dans son viseur et satisfait de laisser dans son angle mort toute préoccupation morale, civique, politique, au seul profit de sa vision esthétique. .../...

.../...Jean Dérens tenait à ce que son ultime exposition fût consacrée à André Zucca : « Quand j’ai vu revenir de leur numérisation ces photographies en couleur, je les ai trouvées d’une force tellement incroyable, que j’ai décidé de me concentrer sur cette seule couleur, dont l’intensité dramatique se dissolvait parmi tous les clichés présentés à l’Hôtel de ville. Ici, j’ai voulu les donner à voir et à commenter, avec un minimum de contextualisation, pour laisser la place au choc de la couleur ravivée..../...

.../...Le commissaire de l’exposition choisi par Jean Dérens, Jean Baronnet, se dit agacé par l’accompagnement pédagogique qui lui fut suggéré par la ville et qu’il refusa : « On veut flanquer ces vues d’une explication standard et stéréotypée de l’Occupation, comme si l’exposition s’adressait à des enfants de 12 ans. Le lieu, exigu, ne s’y prête pas et moi, je ne vois pas l’intérêt d’accoler, sous prétexte de pédagogie, une sorte de catéchisme immédiatement comestible. Il faut savoir se renseigner ; Robert Paxton ou Marc Ferro ont abondamment publié sur cette époque, pourquoi tout simplifier en quelques notions ?
» ../... "

juste quelques extraits d'un excellent article tres dense.
Un jour, il était une fois, j'ai demandé à mes aïeux du temps jadis :

"eh, oh, c'est quoi ce bintz pourquoi vous mangiez des topinambours qui ont plein de petits molluscum qui dépassent que c'est pas de la tarte à éplucher, et qui se digèrent avec ostentation, puisque c'est pareil de planter des patates ou des topinambours, ils zavaient qu'à planter des patates et pas des topinambours et c'est tout? hein, j'ai raison malgré mon jeune âge?"

"Si on faisait pousser des patates, les allemands les mangeaient. Un point c'est tout, t'as pas raison."

- n'empêche et le savon noir dans les pots de confiture que je sais pas qui, il en a mangé pasqu'il croyait que s'en était des confitures, pourquoi pas du vrai savon... gnagnark, je comprends pas

- pfff, ça va comme ça, va voir là-bas si j'y suis

Je n'ose imaginer le dialogue face à ces photos, comment ils m'auraient envoyé bouler à coup de "penses-tu" et "non mais celle-là c'est la meilleure de l'année"...

Mais les censurer, au point où ça en est, c'est donner raison à ceux qui disent que : voilà où ça nous mène toutes ces polémiques à la noix.
Ce ne serait pas par hasard les responsables de l'exposition, véxés, qui ont suggéré de fermer? Ils pensent que la présenter dans un lieu consacré à l'Histoire suffit à leur donner un statut particulier, à ces images, et ils pensent que c'est un "objectif" qui prend les photos. Être objectif, c'est être neutre. Mais avoir un objectif c'est avoir une idée derrière la tête.
"On peut rire de tout, entre nous", qu'on a pris l'habitude de dire. Les historiens pensent-ils "on peut montrer tout, entre nous"? Sauf qu'une exposition, ce n'est pas entre eux. Sauf qu'être historien, ce n'est pas donner à voir des documents bruts.

En arriver à cette situation est incompréhensible.
Est-ce la décomplexitude ambiante? Alors la manière de sortir de ce truc va avoir valeur d'exemple. "Interdir" l'exposition des photos de Zucca, n'est pas la bonne façon selon moi de traiter ce problème. C'est le différer à plus tard...
Oui, il faut montrer les faits, surtout lorsqu'ils sont douloureux.
Fallait-il accompagner cette expo de quelques explications ? Oui, bien sûr.
Car les ZUCCA de la pub d'hier, existent aujourd'hui ! Ils continuent à nous présenter une réalité "PUB", bidonnée ,pardon "retouchée", partielle dans tous les domaines de l'information, de la vie quotidienne...
Ainsi, les citoyens pourraient se demander pourquoi des BRIGNEAU (fondateur du mensuel "CHOC DU MOIS", fasciste notoire, engagé de la milice de DARLAND, organisation de collaboration avec les nazis, organisant des tueurs, des assassins, chargés d'abattre résistants, juifs, opposants, simples citoyens... sont libérés en 1946/1947 par l'état Français ? Pourquoi est-il resté autant de collaborateurs nazis, vichystes, aux plus hauts sommets de l'état, malgrès les purges de la Libération?
Pourquoi, comment, ces gens continuent aujourd'hui, d'agir, de publier, de chercher à falsifier ou effacer des événements, de maintenir des réseaux actifs (comme ceux de l'église catholique qui dans le prolongement de sa collaboration active avec Vichy, cacha pendant 20 ans le tortionnaire nazi Paul TOUVIER et bien d'autres...);
Il est effectivement interressant de noter comme l'écrivent de nombreux commentateurs, quel regard est porté par les organisateurs de l'expo et des visiteurs.
Oui, c'est douloureux de voir les assassins agir librement. Ne le cachons pas. Essayons de comprendre les raisons de cette situation.
J’avoue être un peu déçu par la façon dont vous considérez cette exposition, et en particulier la démarche, à mon sens fondée, de ne mettre aucune distance – ni commentaire, ni images de rafles.
En l’état, cette exposition montre au moins trois choses essentielles :

1. Outre une idéologie, le nazisme, offrait également un modèle de société – voire une société modèle. Plus tard, capitalisme et communisme s’opposeront aussi sur leurs modèles de société respectifs. Il y a là une dimension politique qui surgit, même si c’est dur à avaler.

2. Par sa persistance dans la « jolitude », l’expo donne une autre vision de la propagande : celle de la publicité. On nous vend la société idéale. Ceci appelle une vraie réflexion sur la société de l’image dans laquelle nous vivons, car de nos jours, on nous vend des crèmes de soin, du begbeider et des forfaits téléphones mobiles exactement de la même manière et avec le même message : plus belle la vie.

3. Le but d’un mensonge, c’est qu’il soit cru. Même quand il est énorme. L’expo montre ce mensonge, brut de décoffrage. Ceci explique comment et par quoi ceux qui ont collaboré se sont fait berner.

Ces trois points apportent un éclairage important sur le phénomène de collaboration. Ajoutez des commentaires explicatifs, ou des images de déportation, et ces trois points s’effondrent.
je trouve aussi que Daniel y va un peu fort dans son premier § (mais je suis d'accord avec tout le reste).
veut-on juste apposer le mot "détestable" pour se donner bonne conscience ?
ce n'est pas une expo de propagande nazie, non, c'est une exposition mal faite, mais je ne crois pas qu'elle cherche à diffuser je ne sais quelle idée nauséabonde.

parce qu'à ce niveau-là, je veux bien qu'on change le gouvernement actuel... (désolée, j'ai pas pu m'empêcher, britz à la tv chez ruquier)

on prête à cette expo, et surtout à ses commissaires, des intentions qu'elle n'a pas. désolée, mais c'était il y a 60 ans, et pour moi, c'est aussi loin que la st-barthélémy, mais c'est peut-être un problème de génération...
"Que le très respectable historien Jean-Pierre Azéma ait apporté sa caution à l'entreprise est inexplicable"

Cet historien s'est-il exprimé depuis les critiques pleuvent sur cette exposition? Il serait aussi important qu'il le fasse pour écouter son point de vue.

Je n'ai pas encore vu cette expo, mais à travers vos nombreux dossiers , je comprends qu'en effet il ne faut pas la supprimer . Elle a indiscutablement un contenu informatif. Il faut montrer ce qu'on a jamais vu. Et comprendre comment dans un pays peut se passer tant d'horreur au vus de tous et que d'autres gens peuvent trouver ça normal.
Cependant , les gens photographiés par exemple aux terrasses des cafés ou à la baignade dans la Seine n'étaient sans doute pas tous des collabos. Certains oui sûrement , mais d'autres non , sûrement aussi. En plus de subir l'occupation , ces derniers devaient ressentir sûrement le besoin d'oublier un peu de temps en temps la dure réalité.
Serait-ce simplement de la bêtise profonde ? ou de l'innatention ?
Je dis ça parce que si ça avait été l'un des deux cas que vous avez cité : "MONNAIE MONNAIE" ou "PRO... NAZIE", ils se serait rendu compte que ça allait forcément faire une levée de bouclier. Ou alors c'était intentionnel et de la provocation.
C'est vrai que ce point manque au débat de l'émission.
Je suis tout à fait d'accord avec vous Daniel, bravo !
Oui c'est une "exposition détestable. C'est incontestablement une exposition de propagande nazie, en plein Paris" et c'est d'ailleurs pour cela que "cette expo est un document unique sur une entreprise de propagande nazie".
Oui, le problème de cette exposition est le contexte. Il aurait fallut (par exemple) mettre pour chaque photo de Zucca une autre photo qui montre l'autre face de la ville de Paris celle que nous connaissons plus.
Impeccable conclusion de l'affaire zucca et l'exposition .
Bravo!
Ce n'est jamais en cachant une réalité qu'on peut la connaitre, la penser, se battre contre elle.
En particulier, il y en a marre de ce refus systèmatique de se confronter avec notre passé. "Celui qui ignore son passé est condamné à le revivre" (je ne me souviens pas de l'auteur - si quelqu'un peut me renseigner?)
"l'incompréhension du présent nait fatalement de l'ignorance du passé" Marc Bloch. On trouve déjà cette idée chez un ancien auteur indien.
Ah ! je l'attendais cette chronique !
Il n'est pas question de "cacher", ces "éléments "de l'histoire, mais traiter ce sujet comme "une sortie de spectacle ! en plus enfler le mouvement avec une polémique "journalistique" [large]Anti bling bling ![/large] (pour faire oublier le reate, se racheter une bonne conscience ?)
Je redis que je suis pour le boycote... et que le sujet soit retraité avec sérénité et [large]réflexion[/large].
Conclusion : Les [large]NON[/large] discutable de Daniel.
Madeleine
il faudrait savoir: soit "cette exposition est détestable. C'est incontestablement une exposition de propagande nazie, en plein Paris" soit "cette expo est un document unique sur une entreprise de propagande nazie". Soit l'expo est propagande soit c'est un document qui a une valeur informative qui justifie l'expo et en fait quelque chose de bénéfique et utile. Détestable et bénéfique ne vont pas ensemble Le problème sous jacent est celui des intentions des organisateurs de l'expo, qui sont-ils? Des néo-nazis?, que sait-on de leurs motivations en organisant cette expo? Faire du révisionisme? Dommage que vous n'ayez pas abordé ce point dans l'emission d'hier au lieu de passer votre temps à démontrer que des photos faites par un journaliste payé par l'armée Allemande sont des photos de propagande.
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