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Commentaires

Coupat et Le Monde, dans le texte

La place et le temps manquent au matinaute

Derniers commentaires

http://www.marianne2.fr/Au-bout-du-mouvement-des-facs,-le-cadavre-du-savoir_a179966.html
Ce qui est effroyable avec cet interview, c'est la haine qu'il suscite. Si l'on ne prête pas attention aux milles commentaires sur le pourquoi de cet interview, en partant du principe que Julien Coupat à des idées et saisit sa chance, on distingue clairement une catégorie de la population qui lui en veut de les obliger à penser.

Ce texte et l'insurrection qui vient est très certainement un choc pour ceux qui pensaient qu'ils pensaient la politique et découvrent qu'ils n'en était rien.

Ce que les gens détestent dans ce texte, c'est l'effort qu'ils devraient accomplir pour le contrer. La plus grande partie en est incapable.
- Mon cher Watson, après le Monde (voir plus haut)...voilà Libe de ce jour qui nous annonce la prochaine mise en liberté de Coupat, pour ce jeudi.
- ah? je savais depuis le début qu'il était innocent...
- oui, maintenant il y a une place de libre en prison...
- c'est exact
- ont-ils trouver un vrai terroriste?
- oui, oui, un qui a voulu tout faire exploser dans le public !
- diantre, il doit être sacrément dangereux, quel est son nom?
- un certain M.Lefevre
http://www.leparisien.fr/faits-divers/liberation-imminente-pour-julien-coupat-27-05-2009-528243.php
J'ai lu "L'insurrection qui vient", et en lisant cette interview, je peux dire que si Coupat n'est pas l'auteur du livre, il en est très proche !!!!!
Je bois du petit lait en lisant cette interview, qui ressemble plus à une tribune.

Si cette prose frappe les esprits, c'est bien parce qu'elle a une longueur (intellectuelle) d'avance sur le consensus politique actuel.
La preuve : il prend systématiquement le contre-pied des questions. "C'est quoi le terrorisme ? - Je ne sais pas, mais je sais très bien ce qu'est l'antiterrorisme ; C'est dur la prison ? - Non, c'est la société qui est une prison ; Vous êtes pessimiste sur votre sort ? - Pas du tout, la situation politique est excellente…" Coupat est déjà dans un autre paradigme.

Ce genre de discours radical n'est pas nouveau. Ce qui l'est, c'est le degré de récéptivité de la société. Comme le dit Coupat : il n'y a presque rien à faire (et surtout pas des actes "terroristes"), le pouvoir se sabote lui-même. Il a mille fois raison : entre les limites écologiques qu'on est en train de toucher, la crise économique et le durcissement des régimes qui en résulte, l'actualité opère un travail de sappe des certitudes acquises bien plus efficacement que toute l'"ultragauche" de la Terre.

C'est vrai que la tentation du scoop peut pousser le Monde à tout et n'importe quoi, et notamment à se tirer une balle dans le pied. Mais ici, je ne sais pas ce que vous en pensez, on sent que le quotidien s'est pris au jeu d'une réflexion qui va au bout d'elle-même.
Ça serait intéressant de poser la question aux journalistes : ce texte (ou cette affaire) fait-il évoluer vos propres idées sur la société ?

Aller, ça vaut bien une petite émission…
coupat vient de se faire démolir dans l'édito politique de thomas legrand (matinale france inter)
Thomas Legrand est une robuste vermine, entre Hess, Val et lui... je recommande vivement le boycott total des stations des sévices publics, excepté Stéphane Guillon qui se suit bien mieux sur le net, avec l'image en prime ICI !

Voici le texte :

Julien Coupat, terroriste ?

Julien Coupat, soupçonné de terrorisme et incarcéré depuis novembre dernier, a accordé une interview au journal "Le Monde". Une interview qui suscite de nombreux commentaires. Depuis ce week-end, se multiplient, sur certains blogs et sites internet, des analyses comparatives entre le contenu de cet entretien écrit et le fameux livre « L’insurrection qui vient », à propos duquel la police se demande si Julien Coupat en est l’auteur. Voilà donc que par la grâce d’un enfermement qui paraît pour le moins abusif, Julien Coupat devient une icône de l’extrême gauche dont on étudie les textes réels ou supposés. Il est en prison, ce qui grandit son prestige et en plus, il écrit dans un style très particulier. Il dit à peu près n’importe quoi - c’est un brin parano, prétentieux, évidemment outrancier - il y a des trouvailles dans le genre très « début de vingtième siècle » pamphlétaire, vous savez ces grandes tirades où l’on dénonce des cliques, des bandes à la solde de tout un tas de puissants. La gauche en général est, pour lui, de la « bureaucratie syndicale, plus vendue que jamais au gang sarkozyste ». Il est aussi intellectuel et abscons : « La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire ». Bref, on ne retrouve pas dans le style, ni même le fond du propos de Julien Coupat, le portrait que certains de ses défenseurs ont voulu populariser, c'est-à-dire celui du leader d’un petit groupe d’utopistes qui veut vivre loin de la société de consommation et tient une épicerie à la campagne pour aider ses voisins. On lit plutôt la prose d’un allumé cultivé et radical. En le lisant, on se dit qu’il peut très bien avoir écrit « L’insurrection qui vient » ce qui, en soit, n’est pas grave mais aussi qu’il peut très bien avoir participé au sabotage d’une ligne de chemin de fer.

Julien Coupat prône quand même ouvertement l’insurrection, ce qui, bien sûr, ne devrait pas suffire pour être incarcéré. Ces propos, venus de prison, d’un personnage un peu mystérieux, prennent une force particulière (puisqu’il n’était pas connu avant) et, ont une résonnance inespérée pour lui. Julien Coupat est devenu un héraut. C’est malin ! Ce ne sont ni ses partisans ni lui-même qui ont fabriqué ce personnage d’importance sur les textes duquel des exégètes se penchent, c’est la prison et le fait qu’il y soit très vraisemblablement injustement. Parce qu’admettons (ce qui n’est toujours pas prouvé), admettons que Julien Coupat soit l’auteur de la dégradation des caténaires de la SNCF, cela relève-t-il du terrorisme ? Rien n’est moins sûr, et après 7 mois de détention préventive et de multiples perquisitions et gardes à vue prolongées, on est en droit de demander plus d’éléments pour justifier cette procédure exceptionnelle. En tout cas, d’après les responsables de la SNCF, aucune vie ne pouvait être mise en danger par cet acte de malveillance. En réalité, traiter Coupat comme un « terroriste », depuis novembre dernier, sans que la justice n’ait pu nous démontrer qu’il en est un, c’est non seulement le gonfler d’importance mais, sur le principe, c’est aussi une forme de déni de démocratie. Julien Coupat est-il un « terroriste » ? Les mots doivent garder un sens, une acception reconnue par tous. Quand la gauche des années 70/80 traitait tout ce qui était à droite du centre de « fasciste », quand le terme de « génocide » est utilisé à tort et à travers, ce sont plus que les mots qui sont trahis. Sur cette question, l’historien Pierre Rosenvalon –qui était notre invité hier- nous rappelait, en marge de l’émission, que Sieyès et Condorcet avaient théorisé cette idée selon laquelle c’est une atteinte à la démocratie que de dévoyer ou de manipuler l’acception courante du vocabulaire politique. Avec la définition de « terrorisme » que laisse entendre l’incarcération prolongée de Julien Coupat et, plus généralement, la sur-utilisation des procédures d’exceptions dans bien des affaires, on est entré dans cette dérive décrite par Sieyès, le philosophe des fondements de la République.

***
Quel homme et quel texte !

Sarkozy, Alliot-Marie et ses autres geôliers croient le tenir, quelle plaisanterie : c'est lui qui les tient, et qui ne les lâchera plus !

D'abord parce qu'il a un cerveau le Julien, les deux autres, malgré leurs innombrables conseillers, assistants et valets de tout poil, grassement payés avec l'argent qu'on nous vole, ne lui arrivent pas à la cheville sur ce plan.

Et puis il a du courage (pas l'ombre d'une pleurnicherie, une dignité sans faille) et il sait écrire, cré vains Dieux, quelle langue quelle construction de phrases, quelle classe !

Notre microscopique président qui est infoutu d'aligner douze mots sans y glisser trois fautes de grammaire, un pléonasme, un contresens, un barbarisme et sept fautes d'orthographe passe vraiment pour un débile à côté de Coupat…

Et en plus il lui ouvre une voie royale vers le martyre, se ridiculisant et se couvrant de honte en paniquant devant un type évidemment beaucoup plus fort que lui, à tout point de vue !

Naturellement, un régime foutu se radicalise toujours, pour tenter de survivre envers et contre tout… Mais comme le sait bien Julien Coupat il ne fait qu'accélérer sa chute dans cette misérable fuite en avant, dans ce flicage insensé et obsédant, dans ces promesses de sécurité aussi ridicules que jamais tenues…

Il a fallu cent millions de morts à Hitler pour parvenir à la chute et à l'obligation de se suicider, par chance le nain élyséen n'a pas la même dimension, il devrait se contenter d'un nombre de victime inférieur. On peut l'espérer, au moins ! D'ailleurs il n'a que peu de moyens d'aller tuer hors des frontières, il restera donc loin derrière le Fürher !

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"pas l'ombre d'une pleurnicherie, une dignité sans faille" C'est votre autocritique PG??
j'avoue que je suis assez surpris de lire votre prose ci dessus, ça casse totalement l'image que je pouvais avoir de vous. une fois n'est pas coutume, PG votre analyse est plus que pertinente.
Merci Fred d'avoir la sincérité d'admettre que les gens ne sont pas toujours aussi simples qu'on pourrait le croire au premier abord,

L'image que j'ai de vous s'en trouve très copieusement améliorée, et c'est très bien !

Pour Raoul je ne peux que lui conseiller de lever le pied sur l'apéro, il est incompréhensible (du moins pour moi, que veut-il dire, quelle est son obsession je n'en ai pas la moindre idée et probablement lui non plus, mais s'il veut s'expliquer c'est avec plaisir...)

***
Haha… Regardez comment Legrand se débat tout seul dans le piège dialectique de Coupat.
"terrorisme ? M'enfin, ma petite dame, si les mots existent, c'est bien qu'ils doivent vouloir dire quelque chose !" Ha bon ? Et antiterrorisme ?
"Ce type est un parano, un fou, il est outrancier" Sympa pour ceux qui, comme moi, exècrent Alain Bauer et sa "clique"
"Ce style pamphlétaire-début XXe" Tentative ratée de faire passer son adversaire pour un has-been… Peut-être que justement ça fait du bien les discours directs, sans périphrases ni politiquement correct, on l'avait oublié.

Celui-là vit encore tout entier dans l'ancien monde, celui qui s'écroule lentement sous nos yeux et que dénonce Coupat.
Tout cela est pathétiquement drôle. Ça ne fait qu'appuyer la pertinence de notre "terroriste". Qui sait, peut-être que la "terreur" n'est pas du côté qu'on croit...

En revanche : "il peut très bien avoir participé au sabotage d'une ligne SNCF"
Alors là, c'est moins drôle. Tout en dénonçant le procès d'intention fait à Coupat, il s'engoufre lui-même dans la brêche.
On n'a pas dû lire le même texte. Moi, j'ai plutôt eu l'impression d'un type qui analyse très bien le monde, mais s'en tient volontairement à l'écart, sûr de la pertinence de ses idées et de sa grille de lecture. Quel intérêt, franchement, avec une telle analyse, de saboter quoi que ce soit ? Que peut représenter un petit fer à béton sur une caténaire face à la force de contrainte des structures mêmes de l'Histoire ?
Peanuts !
au début de l'année 1968 certains déjà se moquaient de cette " petite lueur qui se promène vaguement de Copenhague à New York", or en 2008, quarante ans après certains parlent d'en finir radicalement avec les idées de mai 68. Effectivement, leurs vives inquiétudes doivent naître à la lecture de Guy Debord qui écrivait en 1972: " l'internationale situationniste s'est imposée dans un moment de l'histoire universelle comme la pensée de l'effondrement d'un monde qui a maintenant commencé sous nos yeux."
par ailleurs, à ceux pour qui la prose de Coupat ne fait pas frémir, vous trouverez sur wikipedia daté du 25/05/2009 un article sur cet embastillé
Un "dangereux terroriste", dont le courrier est lu et les conditions d'incarcération particulières, est laissé libre de s'exprimer.
C'est pas banal, il est pas un peu manipulé malgré lui?
Rouillan interdit d'interview et Coupat en pleine liberté d'expression expansé.
Cherchons l'erreur, cherchons bien, cherchons mieux. Pas fastoche...
Chronique amusée sur France-info :
http://www.france-info.com/spip.php?article296852&theme=81&sous_theme=305
Mais personnellement, pour avoir lu l’intégralité de l’interview qu’il a accordée au Monde, je me dis qu’avoir un détenu comme Julien Coupat, ça doit changer la vie de la prison… Il est détenu à la Santé, numéro d’écrou 290173… Et il passe sa vie à lire et à écrire… Et c’est pas des lectures habituelles en prison… Quand les gardiens fouillent les cellules, ils sont plus habitués à trouver des vieux exemplaires de Playboy ou de Closer que des analyses de Hegel… Donc, vous comprenez bien que si on nommait le numéro d’écrou 290173 responsable de la bibliothèque de la Santé, ça pourrait changer les choses, relever le niveau, donner enfin une impulsion à cette chose qui inaccessible en prison qu’on appelle une chance de réinsertion…

Pour ma part je trouve ce texte extra-ordinaire. je ne vais pas le formuler très habilement, mais il propose une vision radicale et différente de ce qu'on nous sert tous les jours, et permet donc, aux lecteurs curieux, de changer de point de vue sur bien des thèmes abordés. Par point de vue, je veux dire qu'il nous offre une manière différente de voir notre société, très différente de ce dont nous pouvons la percevoir dans notre train train quotidien (bercé par nos certitudes, nos quotidiens, nos radios, nos TV, nos proches), de ce que nous tenons plus ou moins comme un modèle absolu, modifiable par bribes ici ou là.
Et cela permet de prendre un peu de recul. C'est l'effet que ce texte a eu sur moi en tout cas.
Et comme c'est bien écrit, c'est d'autant plus intéressant. Et pas besoin d'avoir de culture philo pour que ce texte soit abordable. Je le trouve même plutôt très clair. Clair, amusant, cinglant, effrayant (parce que mine de rien, il ouvre des possibilités, qui ne permettent pas de s'endormir au chaud, l'esprit tranquille, comme la veille).

Mais j'avoue me poser aussi des question sur ce qui a poussé le Monde à publier ça en Une... Ce journal est difficilement dur à cerner. Tantôt Sarkozyste, et sur la durée, et puis, des articles... comme celui ci. Etrange.
DS écrit : "Le "geste médiatique" qu'il vient de co-produire avec Le Monde, en livrant depuis sa cellule une très longue analyse poético-politico-philosophique, restera dans les annales de la littérature carcérale. Car il y a bien coproduction. Le signe le plus tangible en est le fait que Le Monde y ait consacré une pleine page. Pour Le Monde, ce volume "fait sens", comme on dit. Une pleine page, comme à un homme d'Etat, un prix Nobel ou, jadis, aux discours de réception à l'Académie Française : par ce choix, Le Monde signifie quelque chose, mais quoi ?"

Vous avez dit "coproduction" ? mouais... je ne suis qu'à moitié convaincu car on peut tout aussi bien considérer qu'en acceptant de mettre/diffuser par écrit ce qu'il pense, Julien Coupat offre ainsi, à qui s'y intéresse, un contre-modèle au texte de "L'insurrection qui vient". De quoi donner du poids à moindre frais au maigre dossier d'instruction actuel. Daniel n'a d'ailleurs pas pu s'empêcher d'esquisser quelques comparaisons.
C'est peut-être la question qui manque (à moins que ce soit celle qu'il fallait à tout prix éviter ?) : "Pourquoi avez-vous accepté/choisi de vous exprimer par écrit et aussi longuement dans nos colonnes ?"

Par défi ? par goût du prosélytisme ? pour la Cause (du Peuple) ? ...

Si le choix du Monde signifie quelque chose celui de Coupat aussi. Sauf qu'il y en a un des deux qui risque plus que l'autre.
le passage avec lequel je me sens totalement mais alors totalement en phase sauf que à la place de "2 ans" j'aurais mis "10 ans":

Julien Coupat a écrit:"Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n'a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l'importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c'est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d'entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole."
J'ai surtout trouvé ce texte d'une boursouflure insupportable, très pénible à lire. Ce qui n'enlève rien évidemment au scandale que constitue sa détention et à la bassesse de ceux qui l'ont décidée, mais de là à en faire une sorte de prophète ou de je ne sais quoi...

Pour quelques passages intéressants (sur le terrorisme, sur la société prison), que de prétention ! En gros, il a la science infuse, il sait tout sur tout et le reste n'est que ramassis de minables. Quant au maniérisme des mots en italique, c'est plus ridicule qu'autre chose. Ils ne devaient pas rigoler tous les jours à Tarnac, avec un nombriliste pareil !
Nous tenons là le Tocqueville de notre siècle.
ce passage m'a frappé :
Envisagée sous cet angle imprenable, ce n'est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l'effet d'une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode.
ça m'a fait penser a Alain Soral.
Je viens de voir ce commentaire sur le site du Monde :

Quelqu'un aurait-il remarqué la même chose ?


"Guy G. :
Bonjour. Remarquables reponses aux questions posees. A chacun de reflechir librement sur les evidences de notre societe et de rechercher son intime verite personnelle. Question : pourquoi une question et une reponse, ici lisibles, ont-elles ete censurees dans l’edition papier du journal ? Salutations. "
Mais cet article a vraiment paru dans Le Monde papier ?

J'en suis assez pantoise, parce que c'est un discours anarcho-autonome très construit, et admirablement bien écrit. Et ce genre de texte n'apparait jamais dans lémédias. Ces théories, à peine réactualisées, existent depuis quasiment vingt ans en tant que discours construit chez les anarchistes, et il éclate soudain dans le paysage médiatique.

Comme s'il apparaissait spontanément en tant que discours construit à la face des idées.
En effet, comme s'il n'y avait plus que ce type de discours pour faire sens face au pouvoir.

Et alors même que ces idées ont fusionné à la fin des années 90 avec le post-guévarisme et les théories du catholicisme de gauche, pour produire une analyse critique des médias et de l'ultra-libéralisme qui sont les fondements de l'alter-mondialisme.

Mais évidemment, il existe encore puisque le milieu anarchiste est encore très présent et très puissant même s'il est invisible dans lémédias. Il suffit de voir comment en Grèce, dans les décombres de la politique, il éclate aux yeux du monde.

Ce qui est étonnant, c'est ce qu'il peut révéler de la stratégie de ces milieux par rapport à la « droite décomplexée ». Traditionnellement, les anarchistes sont les ennemis déclarés de l'extrême droite avec laquelle ils ont des bastons mémorables.

Effectivement, le soir des dernières élections présidentielles, on pouvait percevoir l'attitude de cette extrême-gauche, les émeutes qu'elle avait provoquées comme une déclaration de guerre au nouveau pouvoir : il avait récupéré une partie des voix du FN et prônait la politique de droite dure pas si loin de ces thèses, donc cela pouvait légitimer l'utilisation de la violence contre lui.

Et le texte de Coupat explique pourquoi au moins la partie de sa faction y a renoncé : parce qu'ils considèrent que le régime se discrédite suffisamment lui-même et n'a pas besoin d'eux pour s'écrouler.
Le seul problème est que les services de police qui surveillent ces milieux ne pouvaient pas savoir s'ils y avaient tous renoncé. Ils ont donc recherché frénétiquement tous ceux qui pouvaient avoir continué à préconiser la violence. Et ils ont trouvé la "bande de Tarnac" qui dans la conception étroite des idées de la police ne pouvait que correspondre à ce qu'ils recherchaient.

L'à-propos anti-terroriste de MAM, qui n'est pas non plus un monument de subtilité et d'intelligence du monde, a fait le reste. D'où le déclenchement de l' «Affaire Tarnac ». A noter qu'il faut faire la distinction entre l'anti-terrorisme, qui est une doctrine sécuritaire, et le contre-terrorisme, qui est une technique de lutte contre les assassinats de masse par des groupuscules. Devinez laquelle est la plus au point.
Il est beaucoup plus facile de s'attaquer à des groupes qui ne sont pas concernés qu'aux vrais coupables, qui, eux, attendent les armes à la main.

Mais nous pouvons prédire une sorte de fatalité à la Œdipe : c'est justement en essayant de prévenir la violence de ces milieux que ces services vont peut-être la provoquer.
Un anarchiste lambda peut facilement accepter de se retrouver, lui ou l'un des siens, en prison pour faits de violence.

Mais par contre que Coupat soit en prison sans qu'il semble qu'on puisse démontrer quoi que ce soit, cela fait de lui un prisonnier politique.
Et ça, c'est susceptible de les énerver pour de bon et de rendre certains groupes incontrôlables.....

De plus, en ces temps de faillite idéologique de la gauche institutionnelle, il a été laissé en friches totales des pans entiers de la société et de l'électorat (les jeunes par exemple), ce qui a favorisé les jonctions de ces délaissés avec des pensées extrémistes, entre autres à travers Internet.

Quand on voit @SI se préoccuper de Coupat, on peut avoir une idée de l'empattement du spectre politique qui à gauche se sent concerné et prête l'oreille à tout ce qui en est dit.

Et Julien Coupat, en bon anarchiste, sait admirablement mettre de l'huile sur le feu.
@ Fifi,
Quel rapport entre l'article de DS et les commentaires des lecteurs du Monde en ligne (dont je suis ) ?
L'anti truc ou machin qui vous taraude n'est pas au menu de l'interwiew de Mr Coupat ,ni de ce forum .Remarquez qu'ici le ciseau est "dans le placard"

Comment nos ministres, et autres sbires Sarkodépendants, vont gèrer cette situation qui leur échappe ?
L'apparition de preuves de la culpabilité de notre épicier révolutionnaire s'impose. Je gage qu'ils travaillent d'arrache pied à les bâtir.
Très contente d'avoir eu des nouvelles de Julien Coupat. Il va bien, il peut lire, et il leur fait la nique. MAM et Chouchou n'ont pas fini de le trainer collé à leurs semelles. Ou comme un caillou dans la chaussure. En tout cas, au ras du bitume.
Un grand merci pour cette chronique et le lien vers Le Monde.
Cette interview révèle surtout, sur lemonde.fr, que le système de modération des commentaires du site est problématique. Et que les commentaires à l'antisémitisme rampant passent assez bien par les mailles du filet de modération (je suppose qu'il y a bien un système de modération, quoique je ne trouve pas d'informations à ce propos sur le site, peut-être parce que je ne suis pas abonnée). Et qu'il n'y a pas moyen de signaler au modérateur ce type de propos qui donc passe comme une lettre à la poste après l'interview de Coupat :

"JEAN LOUIS L.
26.05.09 | 07h29

Les situationnistes, les Trotskos, les Gauchistes, les Maos de 68, confortablement installés dans leurs situations de bobos tendance Marais (pas le Marais Poitevin) retrouvent la loghorrée de leurs 20 ans. Un gosse de bourgeois, entretenu par son père et sa compagne Levy veulent faire la révolution pour le bien du peuple? A mourir de rire et à envoyer d'urgence aux Caraïbes, du côté de Cuba ou du Venezuela." (je souligne)

Ce type de commentaire m'horripile et je ne pense pas que ce soit dû à une hyper-sensibilisation quelconque. Comme apparemment je ne peux pas le signaler directement au Monde, je me permets de faire la remarque ici.
Il détourne une interview (probablement indirecte vu qu'il n'y a pas d'intéraction) pour rédiger un mini-manuel doctrinaire. Il est sûr que derrière les barreaux accordés par l'Etat, il ait pris tout le loisir de son temps. Et tel un Jean-Pierre Pernault on se sent un peu pris en otage dans son idéologie fort bien balisée.
A propos !

Je suggère la lecture, dans l'infâme Libé qui renie ses origines, d'une pleine page, publiée ce mardi 26 mai, par un certain Noureddine Omar, page dans laquelle cet individu raconte certaines des méthodes employées par les voyous pour venir à bout des honnêtes gens.

On se dit qu'il y a aujourd'hui comme une espèce de grippe qui s'empare de la presse, à voir Le Monde et Libé renier ainsi leurs reniements, le temps d'une petite journée de folie douce.
Quel fabriqueur de phrases ! On en resterait facilement hypnotisé... J'ai la forte impression de lire un de ces opuscules édités en petit format chez Liber, chez Allia, avec en outre ceci que ce texte, de haute volée assurément, est appelé à survivre à son auteur.
Sur le fond, chaque esprit adhèrera plus ou moins à toutes ces déclarations, et les discuter nous amèrenait loin ; en outre, est-ce vraiment l'endroit ?

En tout cas, quelle figure ! Le Monde tient là l'évènement littéraire et politique de l'année. Les suites à donner à cette affaire, du côté d'@SI, pourraient être une veille médiatique aux fins d'analyse et de comptabilisation des retombées de ce coup fameux.
Coupat est aujourd'hui une gloire suffisamment brillante pour aveugler bien des âmes faibles, en recherche de guide, de prêt-à-brandir à la mode ; et c'est ce qu'on ne lui souhaitera pas car sa talentueuse faconde mérite autre chose qu'une momification idéologique. Donc, mort au coupatisme, mais vive Coupat !

Il est amusant de voir ce gouvernement s'être lui-même fabriqué un joli paquet de poil-à-gratter, qu'il s'est ensuite projeté à la figure.
[quote=Daniel Schneidermann]Personne ne sait (sauf lui, et notre invité du mois dernier, son éditeur Eric Hazan, qui ne nous l'a pas dit) s'il est bien l'auteur de "L'insurrection qui vient",

Eric Hazan l'a dit et redit ici
"l'insurrection qui vient" est le produit d'un collectif!
Julien Coupat peut sans jouer sur les
mots dire qu'il n'en est pas l'auteur.
Il faut regarder et écouter "d@ns le texte"!
Bonjour,

Ayant lu l'interview à distance de Julien Coupat sur le site du monde hier, et l'ayant relue ce matin, je me suis connecté au site d'ASI dans le but de vous inviter à faire une émission sur ce sujet, avec le secret (plus maintenant) désir d'être très nombreux à faire cette démarche. Pourquoi ? Je suis très curieux de connaître les circonstances, le contexte, de cette interview. D'où elle émane ? Quelles sont les deux journalistes qui ont recueilli ces propos ? Comment ont-elles préparé les questions ? Que cherchaient-elles à savoir ? Comment ont-elles reçu ces propos ? Comment s'est discuté en comité de rédaction cette pleine double page (que je n'ai pas encore découvert) ? Bien évidemment pas pour satisfaire les appétits policiers de MAM et de ses sbires et de mettre ces journalistes en situation défensive mais bien pour tenter de comprendre ce qu'est sans doute un "geste médiatique" dont la rareté ne peut que nous interroger, comment il apparaît, comment il intervient.
Bref, je suis très content de constater d'ores et déjà ce billet de D. Schneiderman. Un peu surpris toutefois par le "génial créateur de slogans". Des formules, oui, percutantes, certes, mais non, pas des slogans.
à très vite donc, je l'espère.
Et pourquoi Le Monde ? C'est la question qui me taraude.
Cet homme ne manque ni de courage, ni de fermeté, ce qui est aujourd'hui fort rare!
tant on retrouve, dans l'un et l'autre texte, la même ironie glaciale, jetant un tentacule du côté de Platon, un autre du côté de Foucault

Pourquoi tentacule????
Tiens, on a quitté Cannes.
Mais il y a un point commun.
La solidité des accusations.
Pour l'un, de l'anti-terrorisme;
Pour l'autre, d'ASI ...
Heureusement, ça s'arrête là.
Il faudra dorénavant tenir compte d'un nouveau concept , celui de la coupabilité. Je ne suis pas radical dans mes pensées sur la société. Mais être en taule sans jugement depuis 6 mois car on est anarchiste et qu'une épicerie est soupçonnée d'être "tapie dans l'ombre" , c'est la coupabilité.
Ce qui est frappant, dans cet entretien de Julien Coupat, c'est la réalité en coupe diachronique (historique) qu'il propose, il choisit le niveau de recul qu'il souhaite, il recadre les journalistes, il est libre, Max, dans sa tête, même si des dogmes semblent envahir sa compréhension du monde, ce sont des dogmes qu'il a forgés contre le prêt-à-penser sociétal. Formidable parano, la plus folle des folies, celle qui consiste à ne pas céder devant l'abus, même acculé. il donnerait sa vie pour des idées, cet homme-là, et c'est en ça que Sarko et MAM réunis n'en obtiendront jamais rien, et qu'ils devront au choix commettre le plus ridicule abus judiciaire et faire d'un petit penseur de région un fabuleux héros ou trouver des preuves (ou les fabriquer), parce que pour les aveux, il faudra repasser.


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