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Commission Cahuzac : si vous avez manqué tous les épisodes précédents

Alerte enlisement. Après deux mois d'auditions, la commission d'enquête parlementaire, chargée de déterminer s'il y eu un dysfonctionnement dans la gestion de l'affaire Cahuzac, a entendu pour la deuxième fois l'ancien ministre du budget. Deux heures d'échanges souvent confus, entre des députés visiblement perdus dans les détails amassés à chaque audition et un ancien ministre-amnésique bien décidé à ne pas répondre simplement à des questions simples. Et à l'arrivée, une commission qui semble complètement s'enliser. Alors que retenir de toutes ces auditions ? On fait le point.

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Pour avoir visionné l'ensemble des vidéos disponibles sur le site de l'assemblée,
je retiens une impression quasi documentaire sur les cabinets ministériels et leur personnel
ainsi que quelques personnages délicieux comme le général responsable de campagne de Bruguière,
ou ces deux collègues controleurs du fisc.

J'ai été fasciné par l'aisance de bon nombre de haut-fonctionnaires, à produire des raisonnements argumentés dans une langue impeccable.
Face à eux, des députés souvent un peu gauches et moins armés, tentaient de faire des phrases et s'enlisaient.
"j'ai du mal à comprendre le sens de la question" ironisait Cahuzac après le cafouillage pathétique de l'un d'eux.

Les députés PS n'ont pas brillé. Claeys, un peu lourdaud, comme bien d'autres, était plus occupé à défendre le gouvernement qu'à faire naïtre la vérité.
Question naïve : à quels groupes parlementaires appartiennent les membres de cette Commission d'enquête ? une trentaine, je crois -
Désolé, çà a peut-être été dit, mais j'ai raté cette info.
merci
"les parlementaires PS viennent, pour la seconde fois, de refuser l'audition du Premier ministre Jean-Marc Ayrault "
C'est bien qu'ils aient le choix de faire ça en toute indépendance...
Peur de la boulette ?

- Il faut que j'y aille, les gars, deux fois de suite, les Français vont trouver ça suspect.
- Jean, t'es sympa, mais on a pas mis cinq minutes à te faire craquer quand tu avais caché la moumoute à Mosco, alors avec ces gars-là, tu n'auras même pas le temps de t'asseoir qu'on sera tous grillés.
- Mais enfin, vous n'avez rien fait, vous n'avez rien à craindre !
- Ben justement, on a peur que tu ne défendes pas trop bien ce concept, donc on va profiter que la commission n'est pas indépendante de ce genre de décisions pour qu'elle se rabatte sur Gégé, son coup de l'amnésie, il fallait y penser. T'inquiète pas, c'est un kador, et vu tout ce qu'on est en train de signer en ce moment à côté avec le grand marché sans parler de deux trois autres poudrière sen cours, c'est pas plus mal que les veaux aient ça à bouffer en ce moment et que ça détourne l'attention. Il va se démerder, t'inquiète, c'est pas le perdreau de l'année.
- Vu comme ça.. bon ben d'accord alors. Ça tombe bien de toutes façons car j'avais de nouvelles idées pour mon aéroport, et j'aimerais bien profiter d'être toujours en poste pour faire passer quelques...
- Tu n'as pas bien compris, Jean: on arrête les conneries pour le moment, prend donc quelques jours, révise ton allemand, ça risque de te servir très bientôt du reste, et nous fait pas chier avec ton projet qui nous plombe déjà depuis des mois. Un boulet à la fois, merci.
- Tu parles au premier ministre de la France !
- Jean, relax, on est entre nous, il n'y a pas de caméras, et c'est toi qui a apporté les bières au barbeuk dimanche dernier.
- OK ok, je suis vraiment crevé de toutes manières. Bon ben on fait comme ça. Ah, et ça serait bien que cet échange ne fuite pas dans la presse ou sur la toile, y'a des trucs, dès fois, je les apprends dans les forums avant de lire les journaux, c'est contrariant.
- Tu nous connais, Jean. Bon à demain. Et.. t'oublies pas, hein ?
- Oublier.. de quoi ?
- Ben, de ne pas y aller.
- Oh. Oui, oui, évidemment, merci Alain. Allez salut Alain, tchô Stéphane, à demain.
- À demain Jean.
Euh, c'est moi ou @si a loupé plusieurs épisodes de l'affaire Cahuzac.

Car contrairement à ce que vous écrivez "A priori, seuls deux individus ont pu transmettre la bande à Mediapart : Michel Gonelle, qui a reçu le message sur son répondeur, et l'ancien magistrat, Jean-Louis Bruguière, que Cahuzac a affronté lors des législatives de 2007 et à qui Gonelle avait remis une copie."

Beaucoup plus de personnes sont susceptibles d'avoir transmis la bande à Médiapart.

Car vous oubliez que Gonelle a rapporté avoir fait appel à un "spécialiste" pour enregistrer le message du répondeur du Mini Disc. Donc c'est une hypothèse à ne pas exclure. Il y a déjà un tiers à prendre en compte.

Ensuite, vous oubliez que Michelle Gonelle a déclaré à l'Assemblée Nationale que le juge Bruguière lui avait dit : "Quand je l’ai averti que le son était de très mauvaise qualité, il m’a répondu qu’il avait à sa disposition des gens capables de l’améliorer. Je l’ai cru, car ce juge antiterroriste avait mené de nombreuses enquêtes impliquant des écoutes téléphoniques."

On ne peut pas exclure que le juge ait transmis la bande à des tiers pour l'authentifier, un juge en possession d'une bande, doit normalement la transmettre à des spécialistes pour l'évaluer;

Aussi ça fait pas mal de tiers qui peuvent avoir transmis la bande à Mediapart.
Wasn't me !

http://www.youtube.com/watch?v=2g5Hz17C4is
Merci pour le lien à l'audition de Rémy Garnier. Agréable d'écouter quelqu'un d'honnête. Passionnant et éclairant.
Allusion à l'assassinat d'un vérificateur à Marseille, à la corruption de la justice,
avec des preuves à la pelle. Bien entendu, après cette commission, tout va changer, n'en doutons pas !
Je me demande ce que ça donnerait une commission d'enquête citoyenne tirée au sort sur ce sujet. Et sur beaucoup d'autres...

C'est en tout cas vraiment intéressant que ces commissions soient filmées.
J'incite vraiment tout le monde à suivre ces auditions, absolument passionnantes. Comme j'en ai visionné un bon nombre, je vous donne mon sentiment personnel sur les quatre points :

1. La présidence et le gouvernement savaient-ils ? L’interview de Courson au Monde m’a profondément dégoûté. A en croire notre fin-de-race-redresseur-de-tort, « Hollande savait dès le mois de décembre ». Or, dans l’état actuel des auditions, on peut dire qu’au premier janvier 2012, Hollande connaissait : 1. Les informations de Mediapart ; 2. L’identité du détenteur de l’enregistrement (Gonelle). Avouez que c’est assez maigre. Bien sûr, personne n’est dupe : l’Elysée et le gouvernement avaient bien d’autres informations et ont contribué à piloter l’affaire (à titre d’exemple, Taubira a demandé, tout au long de l’affaire, près de 54 notes d’informations au procureur général via son cabinet). Mais les députés UMP sont quand même mal placés pour donner des leçons sur le sujet. Souvenez-vous de l’affaire Bettencourt : Courroye et les fuites organisées dans la presse, les unes tonitruantes du Figaro (« La romance de Mediapart »), la comptable poursuivie par la police jusqu’à l’autre bout du pays pour lui arracher un démenti, … Le jour où on aura droit à des centaines d’heures d’auditions publiques sur les affaires Bettencourt, Karachi, Tapie, … Courson, Fenech, Houillon et compagnie pourront donner des leçons.

2.3. La muraille de Chine et l’affaire du Parisien. L’administration a visiblement fait son travail de manière correcte (contrairement à @si, j’ai trouvé B. Bezard très convaincant). Si elle a obtenu une réponse négative, c’est sûrement à cause de l’obsolescence des conventions bilatérales. Quant à savoir qui l’a transmise au JDD, on sait que Cahuzac a eu la réponse par ses avocats, donc …

4. Qui est la source de Mediapart ? Deux solutions possibles : Gonelle, ou Bruguière. Arfi lui-même a affirmé que Gonelle n’était pas la source. Par ailleurs, le moins qu’on puisse dire, c’est que Bruguière a été assez peu convaincant lors de son audition. Je vous résume le sketch. Gonelle lui parle de l’enregistrement. Bruguière le lui demande pour pouvoir l’écouter. Mais une fois rentré chez lui, par une sorte de miracle suprasensible, l’ex-magistrat est saisi par un sursaut moral. Il renonce à écouter le CD, le jette, et congédie manu militari Gonelle de son équipe de campagne. Pour vous donner une petite idée du haut degré de rectitude morale du personnage, revoyez l’émission Ligne jaune consacrée à Karachi (et à la manière odieuse dont Bruguière tenta d’enterrer le dossier). En clair, je pense que c'est Bruguière qui a donné des copies de ce CD à des politiciens de droite. C’est sans doute par ce biais qu’Arfi a obtenu l'info.
Je recommande à tout le monde de regarder en intégralité l'audition de Rémy Garnier, ancien inspecteur des impôts dans le Lot-et-Garonne :

http://www.assemblee-nationale.tv/media.12.4400

Une leçon de droiture et de conviction de la part d'un fonctionnaire qui s'est attaché à démontrer qu'il a toujours agi au nom de l'intérêt public, et qui s'est vu trainé dans la boue par sa hiérarchie et par les média.
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