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Bataille de photos et de chiffres sur la "désertification" d'Albi

Le 28 février, le New York Times faisait sa Une sur la ville française d’Albi, pour illustrer la supposée disparition d’un "mode de vie" à la française. Le reportage décrivait, au cours d’une promenade mélancolique dans le centre-ville, les commerces fermés, rues désertiques, et habitations vides, causés par la multiplication des "hubs" commerciaux en périphérie. Une série de photos venait asseoir le propos, donnant à voir des rues vides, et une poignée de silhouettes esseulées. Les images, trop saisissantes pour être vraies? Dans un article publié le 14 mars, Sylvain Duchampt, journaliste à France 3 Occitanie et habitant d’Albi relève des "approximations" dans la description des images du New York Times. Selon lui, le reporter aurait volontairement écarté "les éléments contredisant sa théorie." Il produit les siennes, et donne à voir une toute autre Albi.

Derniers commentaires

Je conseille au journaliste du NYT de passer ses vacances à Bar sur Aube. La météo sera moins flatteuse qu'à Albi mais pour le reste il ne devrait pas être déçu. Il pourra noyer son désarroi dans les excellentes maisons de Champagne des alentours.
"Il y a en effet un petit vrai dans ce qui est dit dans le NYT". Je +
Voilà qui s'appelle un euphémisme! Au-delà de la focalisation artificielle et arbitraire du propos de l'article du NYT, il y aurait bien, quand même, un bon gros fond de vérité concernant le "léger" malaise ressenti par une très grande partie de la population à l'observation de son environnement quotidien, non?
Christophe Giuli ne raconterait-il que des conneries?
Doit-on irrémédiablement être affublé d'un qualificatif en "-isme" dans ce pays dès qu'on avoue honnêtement son ressenti, même repris ou relayé par la presse, étrangère de surcroît?
J'habite Le Havre, en Seine-Maritime, une agglomération de 300 000 habitants, 5ème port européen et plus grande sous-préfecture de France et au-delà de la com' bon teint diffusée par les "zélus", ce qui est décrit, je le vis tous les jours!
En ce qui concerne Albi la désertification est aussi une effet de l'effet de pompe aspirante de Toulouse. Pour une aire urbaine (~100000 habitants) treize fois inférieure à celle de Toulouse (~1300000), Albi ne possède qu'un Institut National Universitaire accueillant 2700 étudiants essentiellement de premier cycle contre plus de 100000 à Toulouse, soit quarante fois moins. De plus il dépend encore fortement des universités toulousaines.
Il y a en effet un petit vrai dans ce qui est dit dans le NYT.
Ce phénomène, je l'ai connu il y a plusieurs décennies en Grande Bretagne et je le vois à l’œuvre à Strasbourg ville pourtant plutôt pleine d'énergie : disparition du commerce de proximité, remplacement par des boutiques de mode ou de chaînes vestimentaires, les habitants délaissent le centre trop difficile d'accès, bruit dans les rues, bâtiments hors normes et, effet boomerang, manque de commerces de proximité. Et ici à Strasbourg, la surpopulation touristique qui s'accompagne de locaux à bouffe orthonormés style McDonald, et l'incroyable Starbucks qui connaît un succès dans le pays des terrasses de café.

Ce n'est pas la faute de ces villes si l'offre commerciale s'uniformise, ce n'est pas sa faute si le touriste est aussi débile
L'article du NYT est peut-être un peu caricatural car l'exemple n'est pas nécessairement le plus même d'illustrer la thèse de l'auteur.

Ceci dit, et au lieu de se "vexer" du mauvais portrait que le NYT fait de la ville on ferait mieux de discuter du fond "politique" sous-jacent, car ce que souligne le papier c'est aussi la disparition des petits commerces et la fermeture des services publics de proximité, phénomène que connaissent bien la plupart des villes de France, quand on sort du tryptique Paris-Marseille-Lyon, villes auxquelles on pourrait ajouter les bienheureuses Bordeaux et Lille.

Bref, moins d'activité économique = moins d'habitants = moins de SP = moins d'habitants etc., c'est un cercle vicieux bien connu des agglomérations de taille modeste, où l'hosto du coin, souvent le dernier employeur de la ville de taille conséquente, est menacé de fermeture ou de se voir transformer en EHPAD.
Je crains bien que le conjugaison du vieillissement de la population, de la crise, de la fuite des commerces en périphérie, et de la vente généralisée par internet, ne soit la raison de cette désertification des centres des villes moyennes.
Après, on accepte de le voir ou pas.

Que des étrangers le remarquent après un premier passage vingt ans plus tard veut simplement dire que nous nous sommes habitués au déclin, petit à petit.
D'ailleurs, la fin de l'article du Monde est assez piquant : Que les observateurs reviennent en été, quand il y a des touristes !

He oui : quand les petits vieux d'Albi osent sortir dans les rues aux beaux jours, ils se persuadent que la ville est animée par la population locale et quelques touristes....
C'est toujours quand on est directement concerné par un reportage journalistique qu'on se rend compte du décalage entre celui-ci et la réalité vécue.

Si l'on montrait aux américains les reportages français sur les villes en crise du Midwest pendant la campagne présidentielle, surement les trouveraient-ils caricaturaux ou manquant de subtilité.
le reporter, en retournant à Albi, ne retrouve pas la "ville extraordinairement animée" qu’il avait connue.
Figurez-vous qu'il m'est arrivé la même aventure (quelle aventure!) :
Vendredi 20 janvier dernier, j'arrive à Albi en fin d'après-midi, je cherche un restaurant dans la vieille ville, et là - stupeur et désolation - je ne trouve que devantures fermées et rues désertes, sans compter qu'on se gelait*.
Rien à voir avec ma précédente visite : c'était animé, plein de monde dans les rues, des terrasses bondées, ... Et c'était il y a seulement 1 an et demi. En juillet 2015, pour être précis.
'Tain! Je devrais envoyer mon CV au NYT, moi.

(*)Rassurez-vous, j'ai quand même réussi à me sustenter, à deux pas de la cathédrale.
Le comble, c'est que si d'un côté on se désole de la désertification (réelle) des centres-villes, de l'autre, on se gausserait d'une ville qui interdirait (ou seulement limiterait) les zones commerciales de périphérie, en fustigeant l'indécrottable ringardise de ces Français toujours rétifs au modernisme. "Comment, y a pas de Carrefour à Trou sur Bled ? Pas de Mc Do non plus ? C'est vraiment la zone..." Parler du style de vie "à la française", c'est quand même un peu une escroquerie. La belle découverte : les Français sont des pousseurs de caddie comme les autres.
Bonjour!

Mais que vois-je, la ville où j'habite dans le NYT!!!! Si le centre ville voit effectivement un certain nombre de commerces fermer, ils rouvrent très souvent après travaux pour laisser la place à de nouvelles enseignes. On peut discuter sur le fond (par exemple la boutique Harmonia Mundi a fermé, et à sa place il y a...une boutique de "curiosités" et autres babioles de déco plus ou moins esthétiques), mais non Albi n'est pas désertifiée!!!
Si le reporter du NYT a visité la ville un lundi matin à 8h, il est fort probable qu'il y ait croisé peu de monde. Mais les rues grouillent de vie dès l'ouverture des fameuses boutiques, les places sont remplies, les cafés aussi. Le centre ville est un lieu de promenade fréquenté et vivant. Les maisons abandonnées ne sont pas légion, l'immobilier est même plutôt bien portant (le secteur a subi la crise comme partout, voilà). La ville reste attractive, les gens qui y vivent s'y plaisent et c'est un endroit agréable à vivre.
Il y a plusieurs établissements d'enseignement secondaire en ville, qui répandent la jeunesse dans les rues et sur les places.
Le passage de l'ensemble épiscopal dans le patrimoine universel a marqué un vrai changement dans la fréquentation de la ville, qui est maintenant visitée tout au long de l'année.
Bien sûr les zones commerciales se multiplient autour des villes, et pas seulement Albi. Et cela donne lieu comme partout à des batailles, des désaccords... Par exemple la vente de la ferme de la Renaudié, qui appartient à la ville et dont les uns veulent la voir passer dans le patrimoine local pour la sauvegarder, et que les autres entendent vendre à des promoteurs pour ouvrir une nouvelle surface de magasins!
Posons le débat de l'occupation des sols, de l'habitat urbain, des questions que cela pose pour le futur. Ouvrons la réflexion sur le mode consommation et le développement des zones commerciales, qui si elles sont source d'emploi, sont synonyme de turn-over, d'emplois précaires, à temps partiels, sous-qualifiés, sous-payés. Bref pas ce que le monde a produit de mieux.
Et cette idée qu'il y aurait un "mode de vie à la française" en péril....hm j'ai l'impression que se sont là les thèses du front.
Du journalisme des capitales qui passent quelques heures quelque part et qui en font des vérités publiables...
Vite fait mal fait, le photographe livre les preuves, moi aussi je peux faire des images de désolations si je vais sur un marché le jour ou il n'y a pas de marché... je peux illustrer la misère française facile avec des photos, ou le contraire selon les choix rédactionnels.
Si je vais à Avignon je peux en faire une ville animée pendant le festival, ou un trou désert ou les restos ne servent plus après 21 heures... suffit d'y aller en février.
Et que des journalistes découvrent les banlieues commerciales qui ont vidé les centre-ville est vraiment le scoop du siècle...
Je profite honteusement de cet excellent observatoire de Capucine Truong pour conseiller aux asinautes du Nord, surtout s'ils sont ( consciemment ou non) protestants de visiter ce monument unique au monde qu'est la cathédrale d'Albi. Certes, la mièvrerie catholique s'y étale comme jamais, mais avec quel génie ! On peut être génialement con.
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