Zuckerberg à Barcelone, les visionneurs, les voyeurs et le visionnaire
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Zuckerberg à Barcelone, les visionneurs, les voyeurs et le visionnaire

Lors d'un congrès organisé à Barcelone par un fabricant de smartphones, Mark Zuckerberg rejoint la tribune
Zuckerberg Barcelone

, tandis que les participants, casque sur les yeux, font une expérience de réalité virtuelle. A la tribune, dans quelques minutes, le fondateur de Facebook fera ensuite l'éloge de l'association entre son entreprise et le fabricant de smartphones Samsung. Ensemble, ils vont exploser le record mondial d'amis virtuels, capables de faire et de partager des photos et des vidéos à 360°.

"On a enlevé les appareils, et Zuckerberg était sur scène" racontent les participants sur les rézosociaux. La surprise a dû être relative : la venue de Zuckerberg à Barcelone était annoncée depuis des semaines. Comment, néanmoins, mettre en images cette "surprise" ? En positionnant le photographe "avant" l'événement, avant le "choc", à ce moment où ce conclave mondial des geeks (uniformes, rituels, pas de femmes) ne sait pas encore que Dieu s'est fait chair parmi eux.

Quand Facebook a racheté Oculus Rift, le fabricant de ce casque de réalité virtuelle (à la grande fureur des joueurs de jeux video, qui avaient financé en crowdfunding un projet à l'origine indépendant), personne n'a compris pourquoi. Sauf peut-être Zuckerberg. Il n'est pas évident qu'on le comprenne mieux aujourd'hui, Zuckerberg, deux ans après, n'ayant pas davantage dévoilé ses projets. Mais qu'importe : l'essentiel était de créer l'événement. C'est fait.

Si cette photo frappe, c'est par le contraste entre le sourire du voyant, et la foule assise et inexpressive des aveuglés. Ce qui nous est donné à voir par cette représentation du pouvoir d'aujourd'hui, c'est ce contraste. Et nous sommes les seuls à le voir, nous qui n'étions pas à Barcelone. Ce que les non-voyants devraient voir, le point naturel de convergence de tous les regards, ce devrait être lui, la star mondiale. Mais nul ne songe à le regarder. Et il peut exactement décider quand il leur rendra la vue. Parmi ses disciples aveuglés, il passe incognito, maitre des regards.

"1984 !", se sont exclamés des Twittos à la vue de la photo. Oui et non. En fait, cette photo, c'est du Orwell en pire. Le Big brother de Barcelone ne regarde même pas les aveuglés. Il passe la revue de ses disciples, dans le réel qu'il occupe seul, sans même avoir besoin de vérifier du regard qu'ils ne le voient pas. Normal : s'ils forment la foule des visionneurs, le seul visionnaire sacré par la photo, c'est lui. Cette qualité, dont il est mondialement crédité, et que le rachat d'Oculus rift n'a pas encore ratifiée, la photo la lui restitue. Bien joué ? Pas forcément. A nos yeux, l'appareil magique, qui devait leur permettre de voir mieux et davantage, les a surtout aveuglés. De notre surplomb de voyeurs, nous les plaignons, nous rions d'eux. Il n'est pas du tout certain que cette publicité, au total, soit positive pour les affaires de la firme. A voir.

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