Racisme : la vraie cible du "pilori" de Bild
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Racisme : la vraie cible du "pilori" de Bild

Décidément, chaque matin charrie son lot de surprises en provenance d'Allemagne.

Prenons la dernière initiative de Bild. Le tabloïd central des hellenophobes, celui dont la manchette proclamait l'an dernier "Non aux Grecs avides", s'est transformé, depuis le virage de Merkel sur les migrants à la fin de l'été, en journal officiel de l'antiracisme. "Bild met les démagogues au pilori" titre le journal. Au pilori ? Bild publiait mardi dans ses pages un large échantillon de messages racistes postés sur sa page Facebook, avec les noms et les photos de statut de leurs auteurs. Bild appelle le procureur à les poursuivre. Des journalistes de Bild se sont même rendus chez certains pilorisés pour les interroger, révélant même parfois, selon Libération, leur lieu de résidence.

La dimension éthique et morale de l'initiative de Bild relance le débat inépuisable sur le thème "la fin justifie-t-elle les moyens ?" Techniquement, ce débat se ramène à la question : qu'est-ce qu'une donnée publique ? Un internaute écrivant sous son propre nom sur la page Facebook d'un grand journal, à partir d'un compte personnel sur lequel il a posté sa propre photo, s'exprime incontestablement dans l'espace public. En faisant glisser ces données des commentaires de sa page Facebook vers les pages de son journal papier, Bild ne "dénonce" personne. Le journal téléporte seulement des informations d'un lieu à un autre. Ce faisant, c'est vrai, il les fait changer de statut. Surtout, il leur manifeste de façon éclatante son opposition. Révélant le lieu d'habitation de ces internautes, Bild franchit un pas supplémentaire. Encore faudrait-il voir avec quels détails il le fait (adresses précises ? Photos du logement ? A creuser).

Mais il est peu probable que la simple dénonciation du racisme soit l'unique motif du journal. Ne soyons pas trop dupes des vrais mobiles -au moins de certains d'entre eux- du premier tirage de la presse allemande. Les méchants racistes ne sont que les victimes collatérales d'une guerre que Bild a vraisemblablement décidé de mener contre Facebook. Pour ferrailler depuis des années contre Google, les dirigeants du journal allemand savent bien que leurs concurrents les plus redoutables, dans les prochaines années, s'appellent Google et Facebook, medias dominants de demain. Soulignant par l'instauration de ce pilori le laxisme de la maison Zuckerberg à effacer les messages de haine, même après signalements, le journal réalise un coup de maître, se posant comme le media traditionnel "responsable" et "citoyen", face au réseau social irresponsable. Bien joué.

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