Youpi, l'Allemagne réarme !
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Youpi, l'Allemagne réarme !

Enthousiasme général : l'Allemagne vient de faire voler en éclats un "dogme", un "tabou". Lequel ? Elle va réarmer. Poussée par l'invasion russe de l'Ukraine, elle va consacrer cent milliards d'euros supplémentaires à son budget militaire, jusqu'à le faire dépasser les 2 % du PIB, exigés de ses membres par l'Otan. Le "tabou" qui vient de voler ainsi en éclats, c'est le principe d'une Allemagne pacifique, principe hérité de 1945, et érigé sur le champ de ruines européen de l'hitlérisme. Principe qui lui interdisait, par exemple, de vendre des armes à un pays en guerre. Samedi, donc, on apprenait que l'Allemagne allait livrer des armes à l'Ukraine. Et dimanche, qu'elle réarmait elle-même.

Si cet enthousiasme ne s'exprime pas ouvertement dans les comptes-rendus factuels du discours du chancelier SPD Olaf Scholz au Bundestag le 27 février, il sourd de tous les adjectifs, à commencer par le reportage du correspondant du Monde, Thomas Wieder"Historique.  L'adjectif n'est pas exagéré, commence Wieder. Ces dernières années, le SPD s'est en effet illustré, au sein de la grande coalition d'Angela Merkel, par sa très grande réticence à l'idée d'une politique de défense ambitieuse". Et voici qu'il tourne désormais le dos à la "culture pacifiste si chère à son parti". Les camps sont tracés : d'un côté l'ambition, de l'autre les vieilles lunes régressives du pacifisme. Sors enfin de ta chambre, Allemagne, et retourne te colleter au monde cruel ! Ainsi Scholz balaie-t-il "des dogmes qui étaient au fondement de l'identité qu'elle s'est forgée après la seconde guerre mondiale". On notera que le pacifisme n'est pas un principe politique. C'est un "dogme".

"M. Scholz a sans doute véritablement enfilé, ce dimanche, son costume de chancelier", analyse le correspondant, pour qui un "costume de chancelier" est donc tissé de dizaines de milliards d'euros de construction d'armes. "Avec, en prime, la satisfaction de se voir soutenu par les conservateurs de la CDU, dont le chef de file, Friedrich Merz, a salué son discours et l'a fait applaudir."  Car la gauche, c'est bien connu, n'est jamais si digne de gouverner, qu'applaudie par la droite. Ce qu'exprime le publiciste d'extrême droite et maire de Béziers Robert Ménard, sans précautions oratoires.

Mais attention. Si Olaf Scholz est si digne d'éloges, précise le Monde, ce n'est pas seulement pour ses cent milliards, mais parce qu'il s'est "clairement positionné en faveur de projets essentiels à l'avènement d'une Europe de la défense". Des chars et des bombardiers, oui, mille fois oui, mais eu-ro-pé-ens, siglés Hymne à la joie. Ecrire ce que j'écris ici, ce n'est pas s'opposer aux livraisons d'armes à l'Ukraine envahie. Et même pas au réarmement allemand. Je note seulement que l'argument maître des pro-UE dans tous les débats des dernières décennies sur le fédéralisme, l'argument imparable des "75 ans de paix sur le continent" (exception faite de la guerre de Yougoslavie, et autres broutilles), est balancé aux orties dans la liesse générale. Pardon d'avance pour la fausse note.




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