Pourquoi il ne faut pas cliquer sur une info avec Tapie dans le titre
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Pourquoi il ne faut pas cliquer sur une info avec Tapie dans le titre

Ne niez pas : vous venez de cliquer sur un article, comportant dans son titre le mot "Tapie".

Et pourtant, je vous ai prévenus. Dès le titre, justement. Je ne vous ai pas pris en traîtres. Mais ç'a été plus fort que vous. Vous avez vu Tapie dans le titre, vous avez cliqué. Sans doute aussi la photo y est-elle pour quelque chose. OK, j'ai faussé le jeu.

Vous n'êtes pas le (la) seule (e). Ils sont des centaines de milliers, à cliquer sur Tapie, depuis dimanche, depuis que le Journal du Dimanche a titré à la Une sur "le retour de Tapie en politique". Non pas que vous aimiez particulièrement le personnage. Sans doute avez-vous cliqué sur Tapie, mûs par un louable mélange de rage, d'aversion, de fatalisme devant les diversions médiatiques. Mais un désir, aussi. Le désir de retrouver ce confortable objet d'aversion, ce doudou de la haine.

Au cours du week-end, j'ai failli me faire avoir aussi. Mes rézosociaux préférés ayant porté jusqu'à moi le titre du Journal du Dimanche, la même aversion, la même pulsion d'écrabouillement, ont failli me faire cliquer.

Et puis au dernier moment je me suis retenu. Je n'ai pas cliqué. Je n'ai rien lu. A cette heure matinale encore, je n'ai aucune idée de la manière dont Tapie souhaite "interdire le chômage des jeunes" (c'était dans les arguments pro-clic, sur les rézosociaux). Mais un rapide balayage des radios matinales a confirmé leur imprégnation tapiste. On a même pu y entendre quelques rapprochements hasardeux entre le retour de Tapie, et le résultat des élections espagnoles (à ce propos, si vous n'avez qu'un seul article à lire ce matin, c'est celui de Romaric Godin, dans La Tribune, sur Ciudadanos, le pendant de droite de Podemos dans le nouveau "quadripartisme" espagnol, qui vient d'obtenir 40 députés. Bonne chance, après cet article, que l'on peut compléter par celui-ci, à tous ceux qui tenteront de tirer des conclusions définitives sur la formidable régénération de la vie politique espagnole).

Consommer une info sur Tapie sur Internet, n'a rien à voir avec la consommer à la radio, à la télé, ou dans le journal. Dans un JT, dans les colonnes d'un journal papier, les actionnaires et les publicitaires ne sauront pas si l'info a été consommée ou non. Ou bien ils le sauront avec du retard, et de manière plus ou moins approximative. Si l'info est à la Une, c'est évidemment différent. A l'heure où j'écris, le JDD doit déjà savoir si sa manchette Tapie a bien fait vendre, ou non. Sur Internet, en revanche, le résultat est immédiat, et très précis. Si l'info Tapie fait du clic, il y aura une nouvelle info Tapie aujourd'hui, sur les réactions des politiques au retour de Tapie. Il y aura plein de nouvelles infos dans les prochains jours, il y aura des sondages, des commentaires de commentateurs, des sketches d'humoristes. Votre saine aversion originelle aura été transformée en plébiscite pour les infos sur Tapie.

Cliquer, c'est consentir. Cliquer, simplement cliquer sur une actualité comportant dans son titre le mot "Tapie", c'est voter Tapie. Sachez-le ! C'est encourager les sites de presse à "faire du Tapie", puisque Tapie aura "fait du clic". Si vous voulez renvoyer Tapie dans ses pages faits-divers et scandales financiers, si vous voulez l'empêcher de rendre plus inutilement inintelligible un monde qui l'est déjà assez (voir les élections espagnoles), vous n'avez même pas un geste à faire : ne cliquez plus.

Albert Rivera, président de Cidadanos, affiche électorale, 2006

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