Mélenchon et l'apprenti journaliste, retour sur une rencontre
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Mélenchon et l'apprenti journaliste, retour sur une rencontre



Devant la rencontre rugueuse entre Jean-Luc Mélenchon et l'étudiant en journalisme Felix Briaud
 
Mélenchon maisons closes
, (elle est là) chacun réagit, depuis hier, dans nos forums et ailleurs, en fonction de facteurs multiples, parmi lesquels la réflexion ne joue pas le premier rôle. Avant le cerveau, c'est autre chose qui me jette dans un des deux camps. Mon passé, mon identité, mon état-civil, mon refoulé: tout cela joue d'emblée à me précipiter dans le camp de Mélenchon, ou dans celui de Briaud.

Tentons une chronologie personnelle. Après la brève sidération habituelle, les insultes de Mélenchon me rangent mécaniquement dans le camp de Briaud. Ces insultes, en apparence, ne s'adressent pas au Journalisme en général, ni aux grands chefs des journalistes, encore moins à des mécanismes, à des contraintes, à un Système, comme s'efforcent vertueusement de le faire la plupart des "critiques de médias". Elles s'adressent au jeune homme qui se trouve devant lui, que l'on ne voit pas à l'image, dont on ne connait rien d'autre que sa qualité d'étudiant ( = il est là pour apprendre, et absous d'avance de toute maladresse). Briaud est le débutant que je fus, pataud, péremptoire, tellement bardé d'arrogantes certitudes inconscientes. Erreur de débutant : au lieu de questionner Mélenchon, il entre dans le débat avec lui, sur la légitimité de la manchette du Parisien, laissant maladroitement transparaître, dans ses questions, sa solidarité corporatiste avec les auteurs de la Une sur les maisons closes. Et tenace, avec ça : il ne se démonte pas, et renvoie à Mélenchon son agressivité à la figure. De la graine de journaliste comme Mélenchon les déteste. D'ailleurs, il ne faut pas trois secondes à Mélenchon, avec ses antennes de tribun prolétarien, pour identifier l'adversaire de classe ("c'est votre problème à vous le refoulé politique de la petite bourgeoisie", "ça ne concerne personne dans mon quartier").

Après un temps plus ou moins long, le temps nécessaire à me dégager de la glu de cette agressivité, je parviens tout de même à rallier à la nage le camp Mélenchon. Evidemment, sur le fond, je partage la colère de Mélenchon, et sa rage devant le Système, l'indéracinable système, qu'incarne cette manchette abrutissante d'un quotidien populaire, dégainant un de ses vieux fumigènes éculés, au lendemain d'une déroute électorale de la droite. Evidemment, cette violence-là, invisible dans la séquence vidéo, hors cadre, est bien plus mortifère que la violence verbale d'un politicien, dans une manif, sur le pavé parisien. Evidemment, il doit être enrageant d'avoir sous les yeux, en la personne de Briaud-en-tout-cas-ça-intéresse-les-gens-la-réouverture-des-maisons-closes, le spectacle de la perpétuation inéluctable de ce système. "Ca intéresse les gens" : la réponse passe-partout des journalistes, qui rend fou. Gravitas, dignitas, et fatalitas ! Mais il m'est physiquement impossible de me trouver dans le camp d'un ancien ministre qui traite un débutant de "petite cervelle". Alors que je me range avec reconnaissance sous sa bannière, quand il retourne les dispositifs contre eux-mêmes, ou envoie Chabot au diable, ici ça ne suit pas. Rien à faire : Mélenchon lui-même me braque contre le mélenchonnisme. Et voici que je me découvre...compatissant. Si vous ne donnez pas à Briaud la chance de comprendre et de changer, Mélenchon; si vous ne le croyez pas capable d'écouter vos arguments; et si même l'en découvrant incapable, vous n'êtes pas capable de vous forcer à un dialogue courtois avec le pouvoir médiatique (détestable, abbhoré, mais partenaire, et incontournable) qu'il incarne, alors quel homme de pouvoir serez-vous, vous-même ?

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