Zemmour, candidat factieux
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Zemmour, candidat factieux

Avant Trump, avant Macron, nous aurions pu rire ensemble de la "candidature Zemmour". Nous aurions pu applaudir en esthètes à la trouvaille promotionnelle de lancement de son dernier livre. Tout en condamnant la tribune ainsi offerte par le concert médiatique au racisme et à la guerre civile, nous aurions pu analyser cet emballement comme une "fenêtre d'Overton" permettant de banaliser Marine Le Pen. Nous aurions pu savourer d'avance les hoquets de sa collecte des cinq cent signatures d'élus, collecte qui n'est pas une partie de plaisir.

À l'heure où j'écris, je reste très sceptique sur les chances de Zemmour d'être simplement candidat, tout simplement parce qu'il ne dispose d'aucune force militante de terrain lui permettant, justement, de récolter ces signatures. Au-delà des intox sur cette armada de conseillers qui lui prépareraient des "notes", l'ensemble du dispositif, sous la houlette d'une énarque de 27 ans présentée par Le Monde, dans le langage codé habituel, comme "une intime", semble encore proche de l'inexistence. Bref, la "candidature Zemmour" est une bulle.

Très sceptique, donc, mais je sais depuis Trump et Macron qu'il ne faut jamais dire jamais. Et qu'une bulle peut grossir, sans jamais exploser. C'est pourquoi je crois qu'il faut, sans relâche, décrire ce que nous voyons, et écouter ce qu'il dit. Dans son émission On est en direct de samedi, face aux collègues et amis Ruquier et Salamé, Zemmour a souligné un point, qui n'est pas nouveau chez lui, mais généralement ignoré. "Ce plan, que j'ai très clairement en tête, on ne peut l'appliquer que si on se débarrasse des contraintes de la Cour européenne des droits de l'homme, de la Cour de justice [européenne ? Il ne précise pas], du Conseil constitutionnel". Le projet est si bien assumé qu'il a été tranquillement isolé, et re-tweeté, par le compte Génération Zemmour.

Une éventuelle sortie de la France de la CEDH serait juridiquement acrobatique mais imaginable, manière Brexit. Mais se "débarrasser" du Conseil constitutionnel, en revanche, ne pourrait se faire qu'en investissant en armes le Palais-Royal, où siègent les "sages" : on n'imagine pas ledit Conseil validant une loi qui réduirait ses pouvoirs, ou au pire proclamerait sa dissolution. Autrement dit, ce que propose Zemmour sans qu'aucun de ses interlocuteurs ne le relève pour l'instant, c'est un 18 brumaire avec baïonnettes améliorées, donnant au gouvernement les pleins pouvoirs, ce qui s'appelle en bon français une dictature, une vraie, ouvrant ainsi la porte à tous les crimes contre l'humanité. Dans un monde où les mots auraient un sens, cela justifierait la mise en détention provisoire immédiate du candidat factieux, et l'ouverture d'une information judiciaire. Au lieu de cela, chipotages, badinages, et cris d'orfraie savamment orchestrés par lees chaînes Bolloré, après la (tardive) décision du CSA de décompter le temps de parole de "l'acteur du débat national". Vous trouvez que j'exagère ? Relisez, écoutez, méditez. Avant Trump et Macron, je n'aurais pas jugé nécessaire de consacrer une chronique à cette extravagante extrapolation. Mais nous sommes dans un monde où plus rien n'est impossible.


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