Vive les vieux !
Le matinaute
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chronique

Vive les vieux !

L'avenir est aux Vieux. Si ce n'est pas encore fait, je ne saurais trop vous conseiller de vous ruer

sur notre Ligne j@une avec Claude Angeli, rédacteur en chef du Canard, 79 ans aux prunes. Avec toute l'inconscience de ma jeunesse, j'y demande à un moment à Angeli pourquoi la rédaction du Canard ne compte pas davantage de jeunes. Qu'ai-je osé avancer ? La rédaction compte un nombre appréciable de quinquas, et même quelques quadras, rétorque Angeli. Cela dit, avec ses 79 ans, Angeli en remontrerait à bien des jeunes. Il en a vu défiler, des plombiers, des ministres, des barbouzes, et des comptes secrets ! Comme dit l'un d'entre vous dans le forum, vive les vieux !

Une certaine maturité, cependant, ne met pas à l'abri de quelques égarements. L'une des lectures des plus bouleversantes de la semaine est celle du Nouvel Observateur. Un de ses chroniqueurs historiques, Jacques Julliard, 77 ans, vient de quitter l'hebdo pour passer à la concurrence (Marianne). O déchirement des adieux ! "Tournant, semaine après semaine, dans la cage dorée de mes deux colonnes, j'étais comme le roi de Bourges d'un royaume lointain" écrit Julliard dans son ultime édito.

Mais le plus bouleversant est le cri, manière Titus et Bérénice, de l'abandonné, Jean Daniel, aujourd'hui dans la plénitude de sa maturité (90 ans). Après avoir rejeté d'un revers de main les raisons politiques du départ de Julliard (une petite controverse de rien du tout sur le capitalisme, réformable ou non, on ne se met pas en colère pour des broutilles pareilles) Daniel est bien obligé de se confronter aux raisons profondes de la désertion. Certes, Julliard est "sorti à gauche". Mais ce motif idéologique, aux yeux du patriarche, n'est qu'un prétexte. "Vient un moment où une ombre tutélaire se fait trop pesante, et où l'on a envie de conquérir toute sa place au soleil. C'est ce qui arrive à Jacques aujourd'hui." O ingratitude de l'adolescence ! Vous avez recruté un éditorialiste au berceau. Vous l'avez couvé. Vous l'avez nourri. Vous l'avez choyé. Et à peine parvenu à l'âge où tout commence, où se déploient les promesses parfumées de la vie, il quitte le nid et prend son envol. Espérons que le drame fournira au moins à l'Obs le sujet d'un dossier de société comme il les aime : les septuadolescents.

Bérénice
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