"Une arme controversée" : enfin vint tf1
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"Une arme controversée" : enfin vint tf1

Et enfin, à son tour, un jour après la télévision d'Etat, la télévision privée de l'oligarque Bouygues découvre brusquement les éborgnés et les estropiés. Avec prudence. Dès les titres, le présentateur de TF1 Gilles Bouleau annonce que l'on va traiter d'une "arme très controversée qui aurait fait plusieurs blessés", les lanceurs de balles de défense. "Aurait " : Bouleau n'en est pas certain. D'ailleurs, les cas arrivés aux oreilles de TF1 sont moins nombreux que, par exemple, les cas arrivés aux oreilles de Libération : 6 infirmités permanentes, 4 yeux perdus, 2 mains arrachées (pour mémoire, Libé compte ce matin au moins 14 yeux perdus). C'est un net progrès. Le 10 janvier encore, comme nous l'avions repéré, le spécialiste police maison, Georges Brenier, ne comptait "pas de blessé grave". 


Mais passons. Les téléspectateurs retiendront surtout l'image d'un éborgné, un vrai, filmé de face, Patrick, qui a perdu l'oeil droit (et accessoirement son métier de chauffeur routier). "Je suis à cinq mètres. Je me dis, il ne peut pas me viser, je suis trop près"Viennent ensuite, dans la meilleure tradition, un pour et un contre l'emploi de LBD en maintien de l'ordre. Si "certains avocats", note TF1, dénoncent une banalisation de l'emploi du LBD (bien noter qu'ils sont rares), en revanche "les syndicats policiers" (bien noter qu'ils sont tous d'accord) préfèrent se féliciter du non-usage des armes à feu . Le dernier mot est laissé à un syndicaliste policier, qui fait l'éloge de ses collègues : "ils font preuve de sang froid, et même en situation de crise, n'utilisent pas d'armes létales".

Aux historiens de la presse, restera de s'interroger sur les raisons de ce retard à l'allumage de près de deux mois, dans la prise en compte, par les médias institutionnels, des violences policières. Sans doute les raisons en sont-elles multiples. La première et la plus évidente, c'est que les journalistes des grandes télés, télés d'Etat ou télés des oligarques, ont pour source principale le pouvoir sous toutes ses formes, et donc sa police. Brenier n'est que le prototype : tous ces syndicalistes policiers que vous voyez défiler sur les écrans, sont les informateurs habituels et discrets des journalistes qui traitent des faits-divers. Non seulement il ne faut pas fâcher les informateurs, mais il est sincèrement difficile au citoyen d'une démocratie de se figurer que la violence légale puisse, sciemment, régulièrement, déborder de son cadre légal.

Pourtant, je ne crois pas cette raison suffisante. S'y ajoutent sans doute des mécanismes particuliers, liés à ce mouvement-là. Pour d'évidentes raisons corporatistes, les médias ont été plus sensibles aux violences verbales, et parfois physiques, infligées par des Gilets jaunes aux journalistes, qu'aux violences policières autrement plus violentes (même quand elles visaient elles-même des journalistes, comme le montre notre enquête de ce matin).

Survient, le 5 janvier, le cas du commissaire-boxeur-légionnaire d'honneur Didier Andrieux. Avec des témoignages, internes à la police, sur les antécédents agressifs du personnage. Ô surprise ! La police peut compter, dans ses rangs, quelques détraqués incontestables. Ô stupeur ! Ils peuvent même être couverts par leurs chefs, voire proposés à la légion d'honneur. Ô douleur ! L'institution n'est pas infaillible. Ô détresse, on peut mettre un visage sur une violence policière, ébréchant le présupposé général du sang-froid policier. Bien évidemment, nous demanderons son analyse à David Dufresne, inlassable interpellateur du ministère de l'Intérieur depuis le début du mouvement, omniprésent sur tous les plateaux cette semaine après avoir été jusqu'alors ignoré, et qui sera notre invité dans l'émission de demain.



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