Un Pulitzer pour Snowden
Le matinaute
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chronique

Un Pulitzer pour Snowden

Elle ne tient plus en place, depuis hier soir, ma nouvelle compagne, ma Timeline Twitter (Titi, pour les intimes).

Ce ne sont que cris de joie, hurlements de triomphe : rends-toi compte, répète-t-elle en boucle, le Washington Post et le Guardian US ont remporté le prix Pulitzer, pour leurs révélations Snowden (voir notre émission, l'espionnage de la NSA raconté à ceux qui n'ont rien compris). Comme on ne se refait pas, je me suis aussitôt employé à doucher un peu son enthousiasme. Attention, Titi : les deux medias en pointe dans les scoops Snowden n'ont pas gagné à proprement parler "le" Pulitzer, mais ont remporté une des 14 catégories du prix (plus précisément, la catégorie "service public", le prix comportant aussi, par exemple, des catégories "breaking news", "reportage local", ou "critique"). Ce n'est pas exactement la même chose, même si ce n'est pas mal. Et évidemment mérité.

On ne mesure pas encore vraiment à quel point les révélations Snowden auront bouleversé en profondeur, dans le reste du monde, la perception des USA, désormais assimilables à un Etat voyou. Certes, ce renversement d'image ne se fera pas en un jour. Deux siècles d'américanophilie ne s'effacent pas comme ça. Dans les réflexes de l'élite politique et médiatique, l'Amérique reste "le camp du bien". Dans la crise ukrainienne, par exemple, Obama reste le gentil, le modéré, qui tente de calmer les ardeurs de l'inquiétant Poutine. Mais on prête l'oreille, de plus en plus, à la voix de l'autre côté. Dernier exemple en date : Alexei Pushkov, président de la commission des affaires étrangères de la Douma, sur Europe 1 ce matin. Elkabbach lui demande si Poutine va tenter de calmer les miliciens qui occupent des bâtiments publics dans l'Est de l'Ukraine. Et Pushkov, dans un français parfait : "Et Obama, il va tenter de calmer le gouvernement de Kiev ?"

Evidemment, ces réflexes d'Etat voyou sont tempérés par la démocratie américaine elle-même, comme le montrent les récents démélés du Sénat US avec la CIA, ou encore, justement, l'attribution par un jury de journalistes et d'universitaires US d'un Pulitzer aux révélations Snowden. Mais tout de même. On y repensait en écoutant éberlués sur France 2, dimanche soir, le comédien Francis Huster exhorter Obama à devenir le patron du monde. "Je pense que le monde a besoin d’un patron. Je suis terrorisé, estomaqué par le fait que Barack Obama a peut-être oublié d’être ce patron. Il doit être patron du monde. Parce que si les États-Unis n’ont pas un patron, le monde tremble". "Il ne peut pas être le patron du monde, Obama" objecta Delahousse, doucement, timidement, surjouant la patience du parent face à un enfant déraisonnable. Alors, si même Delahousse...

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