Ukraine : quelques évidences sur l'espionnage
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Ukraine : quelques évidences sur l'espionnage

Coup de tonnerre dans le petit monde du Renseignement : les Américains, pour une fois, avaient vu juste. Mais comment ? À mesure que passent les jours se dissipent quelques mystères sur la genèse de l'invasion russe en Ukraine. Comment les Américains étaient-ils sur ce sujet si bien renseignés en amont, alors qu'ils n'avaient pas vu venir la chute de Kaboul ou, en remontant plus loin, les attentats du 11-Septembre ? Tout simplement, parce que la Russie est le terrain de jeux historique de la CIA. "Quand vous êtes un service de renseignement américain et que vous collectez du renseignement sur la Russie, vous êtes dans votre zone de confort", résume Pierre Gastineau, rédacteur en chef d'IntelligenceOnLine (et notre invité ici) dans une série de France Culture sur le thème "mais que font les espions ?" Et dans cette "zone de confort", il apparait vraisemblable que les Américains avaient introduit une "source humaine" dans l'entourage de Poutine.

S'explique dans la même hypothèse l'insouciance relative du gouvernement ukrainien, qui  jusqu'au dernier moment n'a pas voulu croire au pire, conduisant les Français et les Allemands, par exemple, à minimiser eux aussi le risque, et derrière eux leur presse nationale, jusqu'à un site de déconstruction médiatique que nous connaissons bien – mea culpa. Le Renseignement US n'avait-il donc pas communiqué ses informations à ses collègues ukrainiens ? Sans doute que non. Et pour une raison simple : de crainte des infiltrations russes dans l'appareil sécuritaire ukrainien, "ce qu'on peut comprendre, vu les liens historiques entre ces deux pays et leurs appareils sécuritaires pendant la guerre froide", complète dans la même émission Damien Van Puyvelde, chercheur spécialiste des questions de défense. Autrement dit, pour ne pas risquer de "griller" leur fameuse source humaine. Autant d'évidences familières aux lecteurs de John Le Carré et aux spectateurs du Bureau des légendes, qui vont sans dire, mais encore mieux en les disant.

Quant aux Français et aux Allemands, qui refusaient d'évacuer leurs ambassades à Kyiv alors que diplomates américains et britanniques faisaient leurs valises, étaient-ils donc si mal renseignés ? Peut-être que oui, peut-être que non. Mais peut-être aussi qu'ils n'ont pas vraiment cherché à l'être. Et pourquoi donc ? Politiquement, "le but de la France n'était pas d'acculer les Russes", suggère  Gastineau, Emmanuel Macron ayant jusqu'au dernier moment tenté de convaincre celui qu'il appelle encore "le président Poutine".  Pudiquement, Van Puyvelde évoque pour sa part des "usages du Renseignement plus ou moins limités pour soutenir l'une ou l'autre stratégie". Pour le traduire clairement : ce n'est pas seulement dans la dictature poutinienne, que les espions se soumettent aux agendas politiques, et ne cherchent que ce que l'on leur demande de chercher.


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