Ukraine : la guerre des blagues
Le matinaute
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chronique

Ukraine : la guerre des blagues

"J'aimerais demander à la désinformation américaine et britannique, à Bloomberg, au New York Times et au Sun, de publier le calendrier des prochaines invasions russes de l'Ukraine pour l'année en cours. J'aimerais planifier mes vacances." La candidate vacancière est Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères. C'est le gag du jour. La veille, le Daily Mirror et le Sun ont rivalisé de révélations exclusives sur l'heure exacte de l'invasion russe : une heure du matin pour le Sun, trois heures pour le Mirror.

Hier, le matinaute se réveillait en pleine désescalade (tapez donc "désescalade" sur Google News). Poutine avait amorcé un retrait de troupes de la frontière ukrainienne (source russe). Ce matin, le même se réveille en pleine réescalade. Poutine n'a rien retiré du tout, foi de satellites américains. Et même, il a rajouté 7000 hommes (pas 6000, pas 8000, notez bien, 7000). Et a utilisé le terme de "génocide", à propos des populations russophones des républiques auto-proclamées de l'Est ukrainien, terme que le chancelier allemand, en distanciation sanitaire au bout de la longue table, a jugé "erroné".

La porte-parole russe n'est pas la seule à manier l'humour. Le président ukrainien Zelenski aussi, qui fut dans sa première vie le héros d'une série satirique sur le pouvoir et la corruption. "On nous dit que le 16 février sera le jour de l'attaque. Nous allons en faire une journée de l'unité", déclare-t-il le 14 février dans une adresse solennelle à la nation, avant d'appeler les Ukrainiens à accrocher, ce jour-là, le drapeau national. Information aussitôt reprise par l'AFP, et sur Twitter par la journaliste de CNN Kylie Atwood (entre de nombreux autres). Avant que l'entourage présidentiel ukrainien ne précise aux correspondants occidentaux à Kiev que le président se référait ironiquement à des annonces de presse, ironie que seuls les ukrainophones étaient en état de détecter, comme l'explique le lendemain le correspondant (manifestement non ukrainophone) de NBC. L'ensemble amuse beaucoup le site russe RT France.

Mais, dans cette guerre de blagues, ne reste-t-il pas, tout de même, des éléments objectifs ? Ah oui ! Le départ des ambassades de Kiev, par exemple. N'est-ce pas un signe, l'évacuation des ambassades occidentales ? Certainement. Les diplomates sont gens sérieux, qui ne bouclent pas leurs valises à la légère. Pas davantage que les bûcherons ne coupent du bois à la légère. Vous connaissez l'histoire du bûcheron et du vieux chef indien ? Elle est trop longue pour que je la raconte ici, mais elle est là. C'est le meilleur éditorial diplomatique que l'on puisse lire et relire sur le sujet.


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