Ukraine et Russie : chercheurs et chercheuses
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Ukraine et Russie : chercheurs et chercheuses

Vous avez remarqué ? Avec la guerre d'Ukraine, on voit davantage de femmes, sur les plateaux de télévision. De femmes spécialistes de l'Ukraine.  C'est Le Monde qui le constate, dans une enquête sur le surgissement sous les projecteurs d'une multitudes d'excellents chercheurs, et chercheuses, donc, spécialistes du sujet. Prenons un exemple au hasard : notre émission. Si je ne compte que les invité·es  choisi·es pour leur connaissance spécifique du sujet, on recense le 4 février, une femme, un homme ; le 25 février, une femme, un homme ; le 4 mars, une femme, un homme. Même dans une émission comme la nôtre, particulièrement sensible à l'exigence de parité, c'est notable.

Pourquoi l'Ukraine, la Biélorussie ou la Moldavie, susciteraient-elles un intérêt spécifiquement féminin ? Le phénomène est apparemment plus large. "Aux hommes le cœur des empires – la Russie, en l’occurrence . Aux femmes les États satellites", résume Le Monde. Une illustration parmi d'autres du patriarcat qui régit l'univers de la recherche, comme tous les secteurs intellectuels et professionnels ? Pas seulement. À cette répartition géographique genrée s'ajoute une répartition par thèmes. "Aux hommes les thématiques régaliennes, la défense, la géopolitique, les relations internationales. Aux femmes l’histoire sociale."  À noter que la distinction ne semble pas fonctionner pour les journalistes. Depuis le début de la guerre, il me semble lire, et voir, davantage de signatures et de visages féminins que masculins.

Cette répartition genrée se remarque aussi sur Twitter. Les analyses les plus intensives de l'évolution strictement militaire y sont signées par un homme, le général Michel Goya, par ailleurs consultant à BFMTV. De son côté, c'est une chercheuse, se définissant comme "maîtresse de conférences en démerdentiel" à l'université de Paris-Nanterre, Anna Colin-Lebedev (notre invitée ici) qui dispense un savoir sans pareil, sur les sociétés ukrainienne mais aussi russe. Pour ne prendre que ses derniers fils, on y apprendra tout ou presque sur les clivages de la société russe (ethnique, générationnel, religieux, etc) ou ceux de la société ou l'armée biélorusse, ou encore sur le mouvement des mères de soldats ou sur les accusations de "fascisme" ou de "nazisme" portées par Poutine contre les Ukrainiens. Source d'information, elle se veut aussi source de contacts, en proposant par exemple des contacts chez Leroy-Merlin en Ukraine.

On pourrait en tirer la conclusion hâtive que la recherche sur le monde post-soviétique n'est que la continuation du conditionnement opéré dans les jeux d'enfants : aux garçons les petits soldats, aux filles les soins à leurs poupées. Intérêts personnels des unes et des autres ? Impitoyable répartition genrée des recherches les mieux financées ? Dans quelle mesure les jeux de pouvoir au sein de l'institution renforcent-ils cette tendance (à noter que le profil Twitter lui-même d'Anna Colin Lebedev est une dénonciation ironique de la situation) ? Cela mériterait bien quelques travaux de recherche.


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