Trump, Mélenchon, Kempf, et les Arts et Lettres
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Trump, Mélenchon, Kempf, et les Arts et Lettres

Comprendre, encore. Sans approuver, bien sûr. Mais comprendre l'élection de Trump.

Mélenchon s'y essaie, dans une note de blog, comme souvent intéressante et stimulante (quel journaliste il ferait, quand même !). Ce que j'en retiens, c'est le nombre de parenthèses de précaution de l'auteur, sur le thème "attention attention, je ne dis pas que j'approuve, mais je tente d'expliquer". De la difficulté d'expliquer, pour un responsable politique, en sachant que menacent un peu partout les gros titres de la presse bienveillante, sur le thème "Mélenchon trumpisé". Sinon, dans les tentatives quotidiennes de compréhension, cette tribune dans Libé d'une psychanalyste, Geneviève Delaisi de Perceval, diagnostiquant une "identification par défaut" des électeurs de Trump, "électeurs qui savent qu'il ne fera probablement pas ce qu'il dit, que c'est un menteur qui ne paie pas ses impôts, mais qui porte des valeurs auxquelles les gens du Midwest sont très attachés".

A propos du rapport de Trump à la presse traditionnelle, Mélenchon rappelle une chose : "ce n’est pas seulement Trump qui ne leur parlait plus et les faisait huer dans ses meetings. Madame Clinton aussi a refusé la plupart des invitations et des contacts de presse". Eh oui. Sur le contenu de ses fameuses conférences à Goldman Sachs, comme sur ses mails, Clinton a fait l'impossible pour se soustraire aux questions des reporters. Il y a bien des moyens raffinés de mépriser les missions de la presse, sans insulter les journalistes.

Tiens, à ce propos, vous avez vu la dernière de notre Hillary Clinton nationale, Ségolène Royal ? Elle aurait bien aimé accrocher une légion d'honneur au pull de mon camarade Hervé Kempf, fondateur de Reporterre. Eh oui, 2017 approche, il faudrait voir à donner des signaux de gauche qui ne coûtent rien. Kempf a répondu ce qu'il fallait répondre. Ce n'est pas un ruban, qu'il attend, mais une interview. Car la même ministre, qui estime assez hautement les services rendus par Reporterre à l'écologie, ne les estime pas assez hautement pour accorder une interview au même site.

Quelle maladresse, Ségolène Royal. Il ne fallait pas demander, voyons ! Il fallait la lui donner en douce, sans lui demander son avis, à ce rustre, avec ses gros sabots. Il fallait faire comme avait procédé Fleur Pellerin, ancienne ministre de la Culture, fan de Modiano et de nouvelles technologies, avec moi. Car le saviez-vous ? Attention au coming out : je n'ai pas la Légion d'honneur, mais je suis chevalier des Arts et Lettres. C'est une lettre de Fleur Pellerin qui me l'a annoncé l'an dernier, sans rien me demander. J'ai reçu ça, un beau matin, par la poste.

Je ne sais pas s'ils sont nombreux, comme moi, à recevoir ce genre de choses un beau matin. Et on est piégé. Vous recevez ça, que faites-vous ? Une déclaration à l'AFP, comme Tardi ? J'ai encore un peu le sens du ridicule. Vous le renvoyez ? Mais il faut trouver une grande enveloppe A4 (évidemment, c'est le moment où le stock est vide), aller à la Poste, on a mieux à faire. Vous en faites un billet sur le site ? J'y ai pensé. Si je faisais des films, j'aurais aussi pu aller le lui rendre en personne, au ministère. Mais je ne fais pas de films. Bref, je suis passé à autre chose. Omission réparée. Merci Ségolène Royal.

(dessin Red pour Reporterre)

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