Suzanne Lindon, syndrome
Le matinaute
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Suzanne Lindon, syndrome

Et déboule dans le paysage une Suzanne Lindon, vingt et un printemps, qui vient de réaliser son premier film, Seize printemps.  Pour sa promo, elle "fait Barthès", qui a "beaucoup beaucoup beaucoup aimé" le film (le producteur de Quotidien, Bangumi, est co-producteur du film), elle "fait Salamé" (employée de Bangumi pour l'émission de France 2 Stupéfiant), liste non-exhaustive à l'heure où cette chronique est écrite. Tourné dans le grand appartement des beaux quartiers parisiens de sa mère, révèle Le Monde, le film de Suzanne Lindon raconte l'histoire d'amour (platonique) entre une ado parisienne de seize ans et un adulte de 35 ans. Amour garanti 100% sans emprise, sans manipulation, d'ailleurs "elle refuse de monter sur le scooter si elle n'a pas envie", charlottegainsbourgise la réalisatrice à Léa Salamé. Ah oui, pardon, où avais-je la tête, un détail : Suzanne Lindon est la fille de Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain.

Devant Léa Salamé, c'est elle qui aborde le sujet en premier. Alors Salamé : "Puisque vous en parlez, on va dire que vous êtes la fille de Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain." Ce qui signifie que si Suzanne Lindon n'en avait pas parlé, Léa Salamé n'aurait pas posé la question ? Qu'elle estimait possible de traiter de l'OVNI cinématographique Seize printemps, sans mentionner, avant toute chose, la généalogie favorable de sa réalisatrice ? Mais non. Qu'on se rassure. Salamé avait bien prévu d'aborder le sujet. À la fin. "On en vient à la question parents, je suis désolée", dit Léa Salamé après huit minutes quarante d'interview (sur dix minutes).

Suzanne Lindon cumule donc le fait d'être une bourgeoise, une "fille de", et une machine de guerre contre le féminisme militant. Autant dire que sur les réseaux sociaux la déchiqueteuse est fin prête. Et ce qui devait arriver arrive, Suzanne finit en tendance Twitter, c'est à dire en confettis. Oui mais voilà. Peut-on attaquer une jeune femme ? s'interrogent aussitôt les féministes. Bonne question. Suzanne Lindon peut-elle être tenue pour responsable de la caricature qu'elle révèle, du cinéma français, de son endogamie, de ses circuits de production, et de ses circuits de promotion ? Si elle n'existait pas, le cinéma français ne l'aurait-il pas inventée ?

 

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