Repas clandestins et aéroclub : retour sur emballements
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Repas clandestins et aéroclub : retour sur emballements

Badaboum ! Mon réseau social préféré m'apprend au réveil que je serais égratigné par l'éditorialiste politique matinal de France Culture, Frédéric Says, dans le recueil augmenté de ses chroniques, qui paraît ces jours-ci. Recherche faite, j'aurais manqué de prudence, en avril dernier, dans une chronique sur l'affaire des "repas clandestins" du collectionneur Pierre-Jean Chalençon. J'aurais cédé à un "emballement peu glorieux" dans une affaire qui, par la suite, a fait pschiit (ou presque : on n'y avait pas vu de ministre, mais bel et bien un ancien ministre, et un collègue de Says).

En général, dans les guéguerres de journalistes, pour s'attirer un tel coup de patte, il faut avoir tiré le premier. Qu'ai-je donc dit de Frédéric Says ? Qu'il avait préféré, ce jour-là, plutôt que des "repas clandestins", traiter dans sa propre chronique de la décision de la maire EELV de Poitiers de couper les subventions municipales à l'aéroclub local. On se souvient de l'emballement (tout aussi "peu glorieux") des chaînes d'info à propos de cette décision poitevine, sur le thème "Ces khmers verts qui veulent interdire à nos enfants de rêver". "Hostilité à l'aviation" fustigeait Says, dont la chronique se concluait par cette leçon administrée à Léonore Moncond'huy, maire EELV de Poitiers : "Militant et élu, ce sont deux activités distinctes".

Il faut lire et relire cette phrase de huit mots. Ce qu'elle dit, c'est que les promesses de campagne sont une chose, et que le pouvoir en est une autre. Le bazardage des promesses de campagne, et des promesses en général ( cf le "sans filtre" de Macron), leur dissolution dans les "grands débats" kilométriques et les "concertations" chewing-gum : ça se passe ainsi depuis que la démocratie est démocratie, et c'est le jeu. Je ne sais si cette phrase exprime vraiment les convictions de Says, ou s'il était simplement en mal d'une conclusion un peu tranchée. Je ne sais pas si Says serait capable d'écrire exactement le contraire, et de fustiger ces politiques qui ne tiennent pas leurs promesses (je l'écoute rarement, il parle à l'heure où j'écris).

Mais je sais que cette phrase -"Militant et élu, ce sont deux activités distinctes"- exprime au choix, soit une pensée trop rapide, soit une inquiétante conviction : toute promesse radicale est destinée à être trahie après l'élection, et c'est le jeu. Dans une autre situation, cela rejoint le constat exprimé ce matin, à propos du décevant score des Verts aux élections allemandes (14%), par le chercheur François Gemenne, "qu'il n'existe pas de majorité démocratique pour le climat".


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