Pujadas et son étranger
Le matinaute
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chronique

Pujadas et son étranger

C'est une séquence incontournable. A la fin de Des paroles et des Actes, arrive toujours "le regard de l'étranger".

Car il faut vous en souvenir, insouciants compatriotes, l'étranger nous regarde. Et nous l'accablons, l'étranger. Nous l'atterrons, avec nos rengaines de cigales. Il nous démasque tels que nous sommes, l'étranger : shootés au déficit, à la subvention, aux 35 Heures, aux dimanches-grasse matinée, avec miettes de croissants dans le lit. Pour la valeureuse équipe de Pujadas, l'étranger s'incarne essentiellement dans la personne d'un (e) journaliste de The Economist (soyons justes, ce peut être aussi le Financial Times, ou le Wall Street Journal, ou même exceptionnellement le New York Times). Pendant toute l'émission, l'étranger poireaute sur le banc de touche avec Giesbert, et à la fin, tchac, il vient faire la deuxième lame, après le passage de François Lenglet. Voilà l'étranger, vu par France 2, et d'ailleurs par la plupart des "revues de presse étrangère", que proposent les medias français.

Ce soir, exceptionnellement, pas de journaliste. A la place, pour administrer la douche finale au trio Mélenchon-Duflot-Hamon, le rôle de l'étranger est donc assumé par une eurodéputée allemande de la CDU, Ingeborg Grässle, qui attaque très fort la partition, sur le rappel de la France à ses engagements de rigueur. Allons, on a été très indulgents avec vous, rappelle Grässle. Maintenant, il est temps de faire des efforts. S'ensuit une belle passe d'armes avec Mélenchon, une de celles qui, plus souvent télévisées, seraient de nature à déclencher une nouvelle guerre avec notre grand voisin et ami. Passe d'armes confuse par ailleurs, au cours de laquelle Grässle semble reprocher à Mélenchon de voir une piste de sortie de crise dans le fait de se couper les cheveux en famille (la cellule Décodeurs du matinaute croit avoir retrouvé ici l'origine de ce canard).

Comment France 2 a-t-il choisi Grässle, auprès de qui Merkel passe pour une laxiste ? Pourquoi elle ? France 2 sait-il, par exemple, que Grässle s'est opposée aux investigations de l'office européen chargé de lutter contre les fraudes, l'OLAF, sur les fraudes aux subventions européennes ? "Le regard de l'étranger" est une bonne idée. Mais pourquoi ne pas varier un peu ? Pourquoi -ô hardiesse- ne pas inviter un jour les prix Nobel Joseph Stiglitz ou Paul Krugman, qui répètent que les politiques de rigueur entraînent l'Europe dans le mur, avec autant de constance que les perroquets de The Economist serinent l'inverse ? Pourquoi ne pas chercher des journalistes ou des intellos proches de Podemos en Espagne, de Tsipras en Grèce ? Si vous cherchez leurs coordonnées...

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