Président des riches, enfin la preuve !
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Président des riches, enfin la preuve !

Donc, de l'intérieur, le quinquennat Hollande a bien ressemblé à ce qu'on en percevait de l'extérieur : une succession de capitulations devant les dominants et leur idéologie, une lente désagrégation intellectuelle et, à partir de l'attentat de Charlie Hebdo, l'étouffement intellectuel et politique devant le danger des mitrailleuses des djihadistes. Sans parler de la guirlande de rivalités, de crocs en jambe, de dissimulations, de trahisons -mais c'est le cas de tous les groupes politiques. C'est ainsi qu'apparait ce quinquennat dans la saisissante série de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, publiée depuis le début de la semaine par Le Monde. Après que leur propre livre, Un président ne devrait pas dire ça, a tué net François Hollande, la plupart des protagonistes du quinquennat (sauf notamment Arnaud Montebourg, Martine Aubry et Emmanuel Macron) ont encore accepté de leur parler à coeur ouvert. Mais il est vrai que l'enjeu n'est plus que mémoriel.

On trouvera dans cette série davantage de confirmations que de véritables révélations. Mais une confirmation peut aussi être une forme de révélation.  Dans le 5e volet, on apprend ainsi comment Emmanuel Macron, en 2012, a été nommé secrétaire général adjoint de l'Elysée. "Janvier 2012. François Rebsamen, proche ami et futur ministre de François Hollande, est convié à un dîner secret chez Bernard Attali. Ex-patron du GAN et d’Air France, le frère de Jacques raffole de ce genre d’agapes où l’on fait et défait les carrières, entre chefs d’entreprise d’élite.  (...) Ont été conviés Gérard Mestrallet (Suez), Jean-Pierre Clamadieu (Rhodia), Jean-Pierre Rodier (Pechiney), Serge Weinberg (Sanofi) et quelques autres… « Un pont discret entre patrons et responsables-amis politiques », nous confirme Bernard Attali. En clair, des puissances industrielles de gauche, aux réseaux XXL, au service d’un prometteur politicien en herbe. Et un bel investissement sur l’avenir. Au retour, Rebsamen transmet une consigne claire à Hollande. Il raconte : « Le message qu’ils me font passer, c’est : “Si Hollande est élu, dis-lui qu’on n’a qu’une demande à formuler : que Macron soit secrétaire général à l’économie.” Je vois François Hollande, il me dit : “C’est le seul message qu’ils t’ont fait passer ?” Je lui réponds : “Oui, le seul”… » La doléance est sans ambiguïté : le jeune Macron doit obtenir un poste d’influence. 

Soyons précis : Clamadieu, Mestrallet, Weinberg, et les autres, ne sont pas le patronat. Ils représentent une fraction particulière de ce patronat, que les deux enquêteurs du Monde qualifient plaisamment "de gauche", sous prétexte que certains d'entre ses membres ont commencé leur carrière par de brefs passages dans des cabinets ministériels socialistes. Serge Weinberg fut directeur de cabinet du ministre du Budget Laurent Fabius en 1981-82, Clamadieu fut conseiller technique de Martine Aubry ministre du Travail, etc.  Ils se sont regroupés au sein d'un lobby patronal, le Cercle de l'industrie, comparable au lobby des "super patrons" de l'AFEP.

N'empêche : cette confirmation-révélation est bienvenue. "Président du CAC 40", "président des riches" : à ceux mêmes qui les prononcent et les écrivent, ces formules peuvent parfois apparaître comme simplistes, et un peu usées. Face à la puissance du story telling de l'adversaire, manque en général la preuve définitive, le smoking gun. Même s'agissant des rencontres secrètes de Bilderberg, où parait-il se font adouber par l'oligarchie les jeunes loups prometteurs de la classe politique mondialisée, manquent les preuves, les citations précises. C'est pourquoi le passage qui précède est, je crois, appelé à un bel avenir -mérité- sur les réseaux sociaux.

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