Pour Obama, foot et samba
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Pour Obama, foot et samba

Pendant ce temps, que fait Obama ? Il écoute de la samba au Brésil, et tape (sans conviction) dans un ballon de foot. Il est si cool, Obama ! Le 20 Heures de France 2 diffusait dimanche soir cette image calculée, comme toutes les images d'Obama, par de savants conseillers en communication, et que l'on peut donc considérer comme celle que le commander in chief veut donner au monde, alors que ses bombardiers et ses lance-missiles écrasent les équipements de Kadhafi sous un tapis de bombes et de missiles. Quelques instants plus tôt, un commentaire de France 2 avait pourtant dévoilé ce que l'on a compris depuis le début, même si personne ne le dit ainsi: les Mirage et les Rafale français, comme tous ceux de cette coalition de circonstance, sont "sous commandement américain".

Sarkozy à la manoeuvre, Obama à la samba ? La communication de guerre est une chose bien compliquée. Si les Américains assurent le commandement des opérations, pourquoi ne pas le dire et le montrer ? Sans doute parce que chacun des deux y trouve son intérêt. On voit bien l'avantage, politico-narcissique, que Sarkozy compte tirer de sa mise en scène. On voit tout aussi bien l'intérêt d'Obama, pour rompre avec l'imagerie bushiste, à ne pas revendiquer la conduite de l'opération de soutien aux insurgés aux pieds nus. Reste une question qu'apparemment personne ne se pose: qui sera dupe ?

Tiens, à propos d'images, je n'ai pas trop envie de faire mon malin, ce matin. Vous avez peut-être vu notre émission de ce week-end. Nous nous y interrogions longuement sur cette photo de "la madone des ruines". Pourquoi est-ce précisément cette photo, que de nombreux journaux et magazines mondiaux ont choisie, plutôt que de nombreuses autres images de victimes ? Et de multiplier les hypothèses. Myopes que nous étions. Nous ne voyions pas l'essentiel. L'essentiel, comme nous le signale une de nos abonnées, Florence Arié, dans le forum, meilleure que nous sur ce coup-là, l'essentiel de cette image, c'est que cette jeune femme est debout. Sonnée, groggy, mais debout, tranchant ainsi sur l'imagerie traditionnelle des victimes et des rescapés, couchés, ensevelis, en larmes, la tête entre les mains. Derrière elle, ce n'est donc pas seulement un chaos de ruines, mais les matériaux de l'année Zéro, à partir desquels il faudra (et elle a déjà commencé de s'y préparer) reconstruire. Si nous ne l'avons pas vu, on peut parier que la plupart des responsables-photo qui l'ont mise à la Une ne l'ont pas forcément vu non plus. Mais en choisissant tous cette photo parmi cent autres, c'est leur vision inconsciente du Japon qui a parlé.
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