Poitiers : désobéissance et civilités
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Poitiers : désobéissance et civilités

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Qu'appelle-t-on exactement "ordre public" ? Et cette notion ne devrait-elle pas être révisée ?  Même si l'épisode, funérailles royales obligent, est passé largement inaperçu, le préfet de la Vienne, Jean-Marie Girier, a ordonné à la municipalité de Poitiers, et à la communauté urbaine du Grand Poitiers, de retirer leurs subventions (15 000 euros au total) à un rassemblement de l'association Alternatiba, qui s'est tenu ce week-end à Poitiers, et comportait notamment un atelier d'initiation à la désobéissance civile. D'après France 3, la maire écologiste de Poitiers Léonore Moncond'huy a laissé entendre qu'elle maintiendrait néanmoins cette subvention, en arborant dans le dos du préfet un sourire certes civil, mais néanmoins légèrement désobéissant, si je puis me permettre.

Pour formuler cette demande, le préfet a excipé d'une disposition de la loi "confortant le respect des principes de la République", dite "loi séparatisme" entrée en vigueur en janvier 2022, selon laquelle une subvention peut être refusée à une association pour cause de non respect du "contrat d'engagement républicain". Cette disposition visait les associations soupçonnées de complaisance envers l'islamisme. Ce n'est pas la première fois que des dispositions censées protéger "la laïcité" sont utilisées contre des manifestations pour le climat. Ainsi en 2016, presque personne n'avait relevé que l'ex-président François Hollande avait avoué aux journalistes Stéphane Davet et Fabrice Lhomme avoir utilisé la loi d'état d'urgence pour interdire des manifestations écolos.

Les actions de désobéissance civile ainsi contestées consistent par exemple à "faucher" les chaises dans les agences des banques qui financent les énergies fossiles, à décrocher (sans les endommager) des portraits d'Emmanuel Macron, à éteindre nuitamment des publicités lumineuses (illégales) : à elles seules, ces actions ne sauveront pas la planète, mais elles constituent une arme de l'introuvable arsenal. 

Ancien directeur de campagne d'Emmanuel Macron en 2017, puis ancien chef de cabinet de Gérard Collomb au ministère de l'Intérieur, le préfet Girier est à l'origine de l'embauche à l'Elysée d'Alexandre Benalla, ont révélé les macronleaks. "En faisant le choix d'entrer dans le corps préfectoral, j'ai fait le choix de la neutralité", avait-il affirmé en prenant son nouveau poste de préfet. À  ce très neutre préfet, posons très civilement la question suivante : quelle est la plus grave atteinte à "l'ordre public", entre le non-respect des conclusions de la Convention citoyenne pour le climat, l'alternance désormais rituelle incendies / inondations, que visent à prévenir les actions de désobéissance civile, et le décrochage dans quelques mairies de portraits présidentiels ?


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