Planète : la stratégie du choc perpétuel
Le matinaute
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Planète : la stratégie du choc perpétuel

La burlesque hypothèse "Cohn-Bendit ministre" ayant été heureusement écartée au cours du week-end, l'icône de 68 va pouvoir continuer à faire ce qu'il fait de mieux depuis toujours : du bruit avec sa bouche. Il s'y mettait dès ce matin sur France Inter. Je ne plaisante pas. Quand la maison brûle, on a besoin de tout le monde. Y compris des faiseurs de bruit avec leur bouche. Y compris, donc, de Cohn-Bendit pour adouber les candidats au poste, au micro de France Inter.

Les deux adoubés se nomment donc Pascal Canfin et Laurence Tubiana. Ce sont deux personnes individuellement de valeur. Mais ils peuvent bien accepter, l'un ou l'autre, ou en alternance jours pairs jours impairs, ou en tandem électrique, cela risque fort de ne pas changer grand chose. Le sens de la démission de Hulot, c'est que le gouvernement a fait la preuve qu'il n'a pas pris la mesure de l'urgence. Les lobbies continueront à lobbyiser. Le ministre de l'Agriculture continuera à porter les revendications de la FNSEA. C'est d'ailleurs, des citoyens, des médias, qu'il faut attendre du mouvement. 

Mais qu'attendre de la versatilité médiatique ? "Il faudrait taxer davantage le kérosène, dit Cohn-Bendit à France Inter. Mais si on le taxe davantage, la popularité de Macron va baisser. Et France Inter dira : "la popularité de Macron baisse". Il a raison. Quel futur ministre de l'écologie osera venir à la télé, pour proclamer : "oui, on va faire doubler le prix du kérosène. Prenez donc désormais vos vacances en France, et en train, plutôt que de partir bronzer au Maroc ou en Thaïlande"

Quand la maison brûle, il faut tout essayer, pour combattre l'indifférence. Ou plutôt que l'indifférence (rares sont les vrais indifférents), l'accoutumance et la résignation. Il serait injuste de ne pas reconnaître que certains médias essaient. Et, par exemple, il faut saluer les efforts du Monde, qui semble avoir décidé de devenir un Guardian français.

En cette rentrée, Le Monde tente tout. Le grand reportage maousse, aux Etats-Unis (à Anniston, en Alabama, ville saccagée par Monsanto à coups de polychlobiphényles) ou en Russie, dans une série de sept reportages sur les zones du globe souillées à tout jamais. La photo. La belle mise en pages.   Je ne vous donne pas tous les liens, rendez vous directement dans l'onglet Planète du journal.

Le défi auquel sont confrontés les journalistes de bonne volonté, c'est de faire comprendre que se produit du sans-précédent. Notre cerveau a du mal à envisager le "sans précédent". Il a toujours tendance à chercher à rattacher une tragédie à des tragédies antérieures, pour en tirer la rassurante conclusion : on s'en est tirés, on s'en tirera encore. Faire passer le message que l'on se trouve devant de "l'unprecedented", on peut le tenter en faisant appel à des historiens des sciences, ce que fait aussi Le Monde, encore lui, dans ce beau texte. On peut aussi tenter de retourner le concept de Naomi Klein de stratégie du choc, créer une sorte de choc perpétuel, inventer sans relâche des gestes journalistiques eux-mêmes sans précédent. Ce n'est pas une garantie de succès, mais qui ne tente rien...



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