"Mais il n'y a pas de camping, à Hénin-Beaumont ?"
Le matinaute
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chronique

"Mais il n'y a pas de camping, à Hénin-Beaumont ?"

Souvenir de reportage

Oui, d'accord, elle est bien embêtante, cette abstention record.

Enfin précisons: embêtante jusqu'à 20 Heures précises le dimanche soir. Un record d'abstention, même à plus de 42%, est une information à durée de vie limitée. Dès 20 Heures, place aux projections en sièges, la belle rose, la belle bleue, au jeu de massacre des élus / battus, aux situations locales pittoresques, aux insoutenables suspenses qui promettent de tenir la semaine: oui ou non Falorni va-t-il se désister, pour laisser le perchoir à Royal ? Que près d'un électeur sur deux s'en moque, de ces législatives, que la moitié de la France n'en attende rien, droite et gauche dans le même sac, cette vérité terrible est évacuée, gommée. Parlons d'autre chose. Alors que la moitié du temps d'antenne, dans les soirées électorales, devrait être consacré aux abstentionnistes (analyse détaillée, interviews des leaders, duplex dans les cafés où ils se recrutent, etc).

De cette morne soirée, surnage une image: Mélenchon éliminé à Hénin-Beaumont. Accablante fin de l'histoire. A ce propos, un petit souvenir de mon séjour derrière l'image. Cela se passe quelques jours avant le week-end de la Pentecôte. Je me trouve au local du PC de Hénin-Beaumont, en discussion avec le secrétaire de la section communiste, David Noël. Autour de nous, c'est l'effervescence: il s'agit de trouver d'urgence des logements pour l'escouade de colleurs d'affiches de "Jean-Luc", qui vont débarquer quelques jours, pour lutter contre les omniprésents colleurs FN. Mais les possibilités sont restreintes. Etrangement, les propositions locales d'hébergement ne se bousculent pas. On cherche, on cherche. En désespoir de cause, un membre du staff de Mélenchon, à une camarade communiste locale: "mais enfin, il n'y a pas un camping, à Hénin-Beaumont ?"

Allez savoir pourquoi, le soir venu, au moment d'écrire ma chronique du jour, l'épisode m'est sorti de la tête. Trop anecdotique, pas assez significatif, d'autres choses plus intéressantes à raconter, sans doute. Je me le suis ensuite reproché. Cette pénurie apparente de colleurs "locaux" qui oblige à appeler à la rescousse des militants parisiens, ce manque d'enthousiasme: la défaite de Mélenchon s'y lisait-elle déjà ? Facile, je sais, de réécrire l'histoire après coup.

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