Macron, une soirée peuple
Le matinaute
Le matinaute
chronique

Macron, une soirée peuple

C'est bon de se sentir désiré. Dimanche soir, j'étais un vaincu en miettes. Dès lundi matin, abracadabra, je ressuscite et accède au statut de "trésor de guerre". Je barbote dans le vaste "réservoir" des voix de Mélenchon, convoitées par Macron pour le second tour. Électeur du "troisième homme", dans la présidentielle, c'est comme Miss France ou gagnant du Loto, sauf que ça ne dure que quinze jours. Challenge du jour : Macron va-t-il savoir me "parler" ? Il se met en frais. Faute de m'apporter des bonbons, parce que les fleurs c'est périssable, il arrive avec à la main une citation de Jaurès, "partir de l'idéal pour arriver au réel", un truc dans le genre. Comme il me connaît bien !

Et il vient me chercher, mais pas n'importe où : dans mon gîte présumé, au bar le Bellevue à Carvin (Pas-de-Calais), "dans les terres de Marine Le Pen", précise Bruce Toussaint, de BFMTV, qu'il retrouve par hasard au Bellevue (il paraît, selon la presse locale, que le patron de BFMTV Fogiel est là aussi, mais on ne le voit pas). Je trouve un peu étrange d'aller puiser dans le "réservoir de voix" de Mélenchon chez Le Pen plutôt que chez Mélenchon. On n'a pas dû lui dire que le "réservoir de voix" de Mélenchon se trouve plutôt dans le 93 (61,13% à Saint-Denis, 60,14% à Bobigny, 59,99% à Aubervilliers, etc). Mais passons. Il doit se dire que le peuple, c'est le peuple, et qu'un bistrot est un bistrot. D'ailleurs du peuple, il y en a, en arrière-plan, au Bellevue de Carvin (Pas-de-Calais). Une tablée de vrai peuple, en  famille, avec deux dames, deux messieurs, et Junior, un peu flous, à peine, comme il sied à un décor.

Et sages. Pendant que Macron me promet que pour les retraites, oui on s'arrêtera peut-être en 2027 au lieu de 2030, et tiens oui, pourquoi pas un référendum, mon regard se perd sur mes semblables, mes représentants, ma synecdoque, cet échantillon de peuple de l'arrière-plan, si sages, et si peu curieux qu'ils n'écoutent même pas Macron et Toussaint, à la table voisine. Ils n'entendent pas Macron désigner "les travailleurs qui sont là" (geste de la main). Ils ne l'entendent pas rappeler qu'il n'est "pas un magicien" (synthé). D'ailleurs ils ne boivent pas non plus, ni ne piochent dans les cacahuètes, pour ne pas parasiter l'image, à moins que ce soit l'habitude au Bellevue. Parfois Junior relève la tête de son portable. Parfois Monsieur se retourne, genre c'est bientôt fini ? Stoïques et sobres, ils tiennent sagement le rôle que BFM leur a assigné, du peuple-décor, ni Gilets jaunes, ni racailles, ni antivax, comme ces dames rencontrées un peu plus tôt, et à qui il a dû expliquer sa définition personnelle de l'affection. Si c'était toujours comme ça !


Partager cet article Commenter
Lundi en miettes

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.