Macreux
Le matinaute
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chronique

Macreux

Erreur professionnelle fatale : achevant un WhatsApp familial, j'ai raté les deux premières minutes de l'allocution de Macron. Insouciant, je m'octroyais une tolérance d'une bonne dizaine de minutes. C'est le temps de chauffe habituel, le temps de brasse coulée introductive dans la stratosphère, avant les annonces enrobées, qu'Edouard Philippe traduira en actes le lendemain. Erreur fatale : cette fois, tout était dans les deux premières minutes. Tout, je veux dire : la rentrée scolaire obligatoire du 22 juin, et la réouverture des restaus. J'étais bien marri.

Je n'ai donc eu droit qu'à dix-sept minutes de plan fixe dans les dorures avec, juste derrière, sur BFM, le journaliste officiel Duhamel, qui paraphrase les interventions royales depuis six présidents (si si, comptez : Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron). N'empêche. Le chroniqueur devant toujours avoir une opinion sur tout, si une chaîne d'info sollicitait mon commentaire sur le Macron réinventé, je serais loin d'être sec : il a fait plus court, et condensé au début. En progrès.

Et le reste ? Et le fond ? me demanderait-on sans doute. Il faudrait résister à cette question, et expliquer pourquoi. Cette entité nommée par les médias "le chef de l'Etat" n'a manifestement aucune pensée, ni aucune marge d'action, sur le cours de l'Histoire. Aucune pensée sur les violences policières, aucune pensée sur le privilège blanc, pas de connaissances médicales particulières, aucune connaissance sur la souffrance au travail, aucun ressenti véritable du péril climatique, et bien moins de marge de manoeuvre que la BCE. Les mots qui sortent de cette bouche sont la résultante de l'affrontement de forces qui la dépassent (sommations patronales ou médicales, manifestations anti-racistes ou policières, exigences de la finance internationale).

 Tout au plus cette résultante peut-elle s'analyser en creux, dans les omissions  du discours. Pas un mot sur les manifestants contre les violences policières. Pas un mot sur la censure, par le Conseil d'Etat, de l'interdiction générale de manifester. Pas un mot sur les profs. Et surtout, absence totale de questions et de contradiction, comme le remarquait ce matin, sur France Inter, mon nouveau collègue Thomas Piketty, qui n'a fait qu'une bouchée du : "il n'y aura pas d'augmentation d'impôt". Pas d'augmentation ? Mais ils ont déjà augmenté, pardi, du fait du prolongement pour dix ans, acté le 22 mai dernier, de la CRDS (cet impôt de 0,5% sur tous les revenus devait s'éteindre en 2024, il est prolongé jusqu'en 2033). Par curiosité, faites une recherche "CRDS" sur votre moteur préféré, pour tenter de savoir quels médias ont évoqué ce premier "impôt coronavirus". Et comparez le bruit médiatique ainsi généré à la glose sur l'allocution d'hier soir.



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