Macron en guerre informationnelle… depuis le "JDNews"
Françaises, Français, l'heure est grave : nous sommes en guerre. En guerre informationnelle, très exactement. Mais n'ayez crainte, le président Macron veille : il a convoqué, pour le 10 septembre, un "conseil de défense sur la guerre informationnelle", selon le média La Lettre, qui a révélé l'info cette semaine. Le but : "faire le point sur la stratégie française en matière de lutte contre les manipulations de l'information et les tentatives de déstabilisation venues de l'étranger".
L'initiative n'est pas dénuée d'intérêt : les tentatives d'influence, d'ingérence et de manipulation de l'opinion publique se multiplient en France ces dernières années. Pensez aux affaires des "étoiles bleues" en octobre 2023, et aux "mains rouges", en mai 2024, deux polémiques très médiatiques qui s'étaient révélées être des campagnes de déstabilisation orchestrées par le Kremlin et relayées par des armées de bots russes. "Il ne se passe pas une semaine sans que des faux sites d'information francophones relaient de nouveaux contenus attaquant le soutien français à l'Ukraine, l'Elysée, ou encore attisant les braises de la situation politique et sociale du pays", résumait le Monde en juin 2024. "Les différentes infrastructures techniques soupçonnées d'être opérées depuis l'Est de nos frontières ont, depuis 2022, été mises en surrégime en Europe et en France." Moins loin de là, au sein-même de nos frontières, l'an dernier, un conglomérat médiatique dont le dirigeant ne cache pas ses vélléités d'influence politique a assez peu subtilement tenté de faire basculer le dernier scrutin national en faveur de l'extrême droite. Il y a, en effet, du travail dans la lutte contre les "manipulations de l'information", qu'elles viennent de l'étranger ou non.
Seulement voilà : Emmanuel Macron contient des multitudes. Magie de l'en-même-temps, alors qu'il promet de lutter contre ces "manipulations de l'information", Macron exécute une figure extrêmement périlleuse : il accorde son entretien de rentrée à l'hebdomadaire JDNews. Oui, la revue lancée par le groupe Bolloré l'an dernier, celle-là même qui chante les louanges de l'AfD allemande et de Donald Trump, qui noircit des pages sur "l'islamisation de la France" et republie, chaque semaine, en version papier glacé, les éditos cnewsiens de Pascal Praud. Ce JDNews, dernier né de la galaxie Bolloré, pour lequel travaillent pléthore de journalistes pro-russes, de l'ancienne cheffe de RT France Xenia Fedorova - qui y signe une tribune chaque semaine - en passant par Régis Le Sommier, directeur de publication du média confusionniste et pro-russe Omerta, qui signe plusieurs pages d'"analyse" des négociations sur l'Ukraine dans le dernier JDNews, juste après l'interview de Macron. Le magazine Marianne a lui aussi relevé l'ironie : "Emmanuel Macron a choisi d'accorder ses «confidences» de rentrée au JDNews, dont les pages regorgent de journalistes complaisants avec la Russie de Poutine."
Emmanuel Macron n'a jamais eu que du mépris pour les journalistes. Et nous voilà engagé·es de force dans une "guerre informationnelle" dont nous ne savons rien - si ce n'est que les journalistes ne seront pas consulté·es, que nos demandes seront ignorées tout comme elles l'ont été aux états généraux de l'information ? Une "guerre" dans laquelle le chef de l'Etat n'a pas choisi son camp ?
"S'il faut donner son sang, allez donner le vôtre, vous êtes bon apôtre..." chantait Boris Vian. Nul besoin ici de donner son sang. Mais il s'agirait peut-être de donner l'exemple.
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