Linky : brouillard, fourmis et ruissellement
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Linky : brouillard, fourmis et ruissellement

Titre-choc dans Le Parisien : "Les usagers devront bel et bien rembourser leur compteur Linky". À la différence de ce que promettait le gouvernement voici dix ans – "Il ne coûtera pas un euro aux particuliers" – la facture se montera bien à 130 euros par compteur. Émotion politique du côté de LFI et du RN. Festival de points d'interrogation dans les reprises du Parisien. Vrai ? Faux ? Question immédiate à l'Assemblée.

Remarque préalable : il n'y a  rien de neuf dans Le Parisien. On savait déjà tout (ou aussi peu) depuis un rapport de la Cour des comptes, en 2018. Fin de la remarque préalable.

Alors, 130 ou pas 130 ? Réponse incompréhensible à l'Assemblée de la ministre Emmanuelle Jargon, pardon, Wargon, où il résulte que peut-être on va payer, mais que ces quelques peut-être euros ne sont rien à côté de tout ce qu'on va (peut-être) gagner, en "surveillant notre consommation", en nous transformant en petits Mozart des programmes de prélavage. Si vous pensez que j'exagère, la voici :

La question reste entière : 130 euros de surcoût compteur, oui ou non ? Enfin, l'émission C dans l'air (France 5) s'empare de la question. Trois journalistes (dont Erwan Benezet, du Parisien, et Dominique Seux, qu'on ne présente plus), et un chercheur multi-plateauisé, Elie Cohen. Ils disposent d'une heure entière. On va enfin savoir. D'autant que Seux est concerné : il a un Linky. Et il a été victime de l'affaire des fourmis. Pardon ? Oui, deux fois de suite, le chroniqueur de France Inter a retrouvé des fourmis dans son Linky : "Elles aiment l'amidon qui se trouve dans les compteurs".  Ah. Diable. Mais le surcoût ? "La seule chose qui est claire, c'est que c'est pas très clair" (merci) parce que "Enedis n'a pas gagné la bataille de la communication" (et de rappeler le passif Linky : les ondes, les données, etc.). Sans parler des fourmis.

Sans vouloir déranger, qu'en est-il donc des 130 euros ? S'ouvre un festival de "peut-être" et de "semble-t-il". Le journaliste scoopesque du Parisien trouve important de dire que Linky "est un maillon essentiel du smart grid". Cohen détaille les trois tiers d'une facture d'électricité. Seux rappelle que les tarifs augmentent depuis "une petite quinzaine d'années", mais qu'ils avaient baissé avant. La faute aux renouvelables, mais aussi au nucléaire, tout le monde est content (le mot EPR n'est pas prononcé). Cohen pose "trois questions". Seux déplore "la poisse" de Linky. On entend les mots "trajectoire", "surpromesse", et même "ruissellement" (Enedis va faire des économies, qui vont ruisseler sur les abonnés).

Heureux hasard, deux jours plus tôt, plusieurs signataires, dont Mélenchon, Hamon, Montebourg et Piketty, ont appelé dans Le Monde à la constitution d'un "véritable service public de l'électricité, pour financer la transition énergétique". C dans l'air va-t-il parvenir à éviter le sujet ? Non. La proposition est soumise à l'appréciation experte du directeur délégué des Échos. Seux : "Qui a de l'argent, aujourd'hui ?" Caroline Roux, blaguant : "L’État". Ah ah ah. Soyons sérieux. Total. "Pourquoi empêcher Total de financer la transition ?" Oui, pourquoi ? Et la lutte contre les fourmis.

PS : et les 130 euros ? Finalement, c'est un économiste, Guillaume Allègre, qui l'expliquait le mieux, dans un tweet. "Ce que je comprends : le coût sera incorporé dans le tarif de l'électricité donc tous les consommateurs paieront, qu'ils aient un boitier Linky ou non. En réalité, dire que les consommateurs paieront est aussi trompeur que de dire qu'ils ne paieront pas". Ah. Au moins c'est clair. Pourquoi ne pas le dire comme ça ?

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