L'histoire d'un gars qui sentait le gaz
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L'histoire d'un gars qui sentait le gaz

Voici donc la presse française qui, à retardement, braque ses projecteurs sur Daniel Kretinsky. Et à fond les manettes, tant il y a du retard à rattraper. Après avoir révélé que le milliardaire tchèque avait failli racheter la totalité de la participation du banquier Matthieu Pigasse dans Le Monde,  Libé passe en revue les hypothèses sur cette soudaine boulimie d'achats. Milliardaire des gazoducs et des centrales à charbon polluantes, Kretinsky souhaiterait, tout bonnement, s'acheter un peu d'influence à Bruxelles. Ah ! Ce n'était donc que ça, l'histoire d'un gars qui sentait le gaz ! Le processus a plutôt bien fonctionné pour Xavier Niel. Corsaire sulfureux des télécoms à l'origine, il est devenu, depuis le rachat du journal, une sorte de gourou des start ups, un visionnaire du numérique. Les présidents se bousculent, pour inaugurer avec lui tout ce qu'on peut inaugurer, du moment que ça porte un nom anglais, et haranguer tout ce que l'on peut haranguer de pépites, de licornes, et de jeunes pousses. A en croire les premiers portraits, le processus est en bonne voie dans la presse française pour Kretinsky, les témoins sollicités jugeant le milliardaire plutôt sympa et cultivé (pensez donc, il préfère s'acheter un Lucas Cranach, plutôt qu'un Jef Koons). De quoi contrebalancer la photo qui fait peur (voir ci-dessous), sur laquelle s'est jetée la presse française.

Les objectifs de Kretinsky sont peut-être plus précis. Comme le remarquent aussi Le Figaro et le journaliste-media Emmanuel Schwartzenberg sur son blog de Mediapart, la privatisation de Engie (ex-GDF-Suez) est programmée par la loi PACTE pour les mois qui viennent. Devenir co-propriétaire du Monde est peut-être, dans l'esprit de Kretinsky, le moyen de se placer, dans la perspective de cette privatisation, à laquelle son propre groupe semble avoir tout intérêt. C'est peut-être dans ce sens-là, qu'il a "senti le gaz".

L'inconvénient de ces diversifications internationales express, c'est que l'on arrive dans des business auxquels on ne connait rien. Ainsi, Kretinsky ne semblait pas avoir anticipé la rebellion de la rédaction du Monde qui, non contente de rappeler dans deux pleines pages qu'il figure dans les Panama papers, vient d'arracher un droit de veto pour les personnels de l'entreprise, en cas de changement de propriétaire. Quant à Marianne, dont la nouvelle directrice Natacha Polony fait profil bas, je note avec intérêt ce matin qu'il publie une tribune de Nicolas Dupont-Aignan contre les privatisations Macron (Française des Jeux, Aéroports de Paris, et donc Engie), que j'avoue, dans ce cadre, ne savoir comment interpréter, tant ma mariannologie est sommaire.

Dans  cette affaire de la vente du Monde à Kretinsky (disons, d'un morceau du Monde), le plus étonnant est sans doute ceci : si Pigasse cherchait à vendre pour empocher la pluvalue de son investissement, comment se fait-il qu'il n'ait pas trouvé un acquéreur français ? Aucun milliardaire français ne souhaite-t-il donc s'acheter un morceau du journal, aux côtés de Xavier Niel ? C'est Niel, pour le coup, qui sent le pâté ?

Kretinsky Figaro


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