Les talibans reçoivent Match
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Les talibans reçoivent Match

Donc, les talibans reçoivent Match.

Pas n'importe quels talibans : les-talibans-de-l'embuscade. En personne. Avec certificat d'authenticité. Au menu, thé à la menthe, papotages, biscuits, et prises de guerre (fusil-mitrailleur français, montre appartenant à l'un des soldats français). Et en passant, une menace : "tant que vous resterez chez nous, nous vous tuerons".

Match ne consacre pas sa Une à ce message (sa Une, c'est Melissa-Theuriau-de-M6, et son grand bonheur d'être bientôt maman), mais Match est sur toutes les antennes, répondant gravement à cette question grave : les talibans ne sont-ils tout de même pas très forts en propagande ?

Bien sûr, qu'ils sont très forts. Et la touche complète d'ailleurs leur portrait noir. On les dépeignait déjà inhumains, totalitaires, coupant les doigts des femmes. L'opération Match est l'occasion pour tout le monde de rappeler leur diabolique habileté. L'ennemi ne doit pas être seulement cruel : il doit être rusé. L'embuscade médiatique talibane rappelle d'ailleurs les fameuses "cassettes de Ben Laden", balancées sur Al Jazeera, voici quelques années, au moment où l'on s'y attendait le moins. Et la surprise était telle qu'il arriva que CNN interrompe ses programmes, pour diffuser en direct, de longues minutes, une harangue enflammée qui promettait feu et sang à l'Amérique. Tout plutôt que de se faire distancer par la concurrence. Ceux qui ont reçu Match savaient ce qu'ils faisaient.

Côté propagande, nous faisons différemment, mais nous ne sommes pas mauvais non plus. Notre confrère de France 3, Pierre Babey, racontait sur le plateau pourquoi aucune photo n'a été prise de l'arrivée des cercueils des militaires français à l'aéroport. Avec quelques semaines de décalage, on mesure ce que nous avons manqué. On en apprend davantage sur les circonstances de cette arrivée. Pour Le Nouvel Obs, Florence Aubenas a rencontré une des familles de ces militaires. La revue de presse d'Inter résume son papier. La famille raconte comment les familles ont longuement attendu le Premier ministre, à l'aéroport, jusqu'au coeur de la nuit. Elle raconte que rien n'identifiait chacun des dix cercueils, chaque famille cherchant le sien. Elle raconte que Fillon , venu s'incliner sans un mot, a été sifflé quand il est parti. "Vous étiez au courant, Hervé Morin ?" demande le responsable de la revue de presse d'Inter à Morin, présent dans le studio. Et Morin, après une seconde d'hésitation: "non, je n'étais pas au courant de cet aspect des choses". On ne peut pas tout savoir.

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