Les glaçants
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Les glaçants

Dans le silence d'un jour férié s'agitent des spectres glaçants. À propos de la grotesque intimidation de Gérald Darmanin, qui attaque en diffamation Audrey Pulvar pour avoir jugé "glaçantes" les images de la manifestation policière à l'Assemblée, des internautes évoquent Berlin 33, et l'aveuglement de la presse à la montée de ce qu'il faudrait bien nommer un fascisme. "Sommes-nous rendus au point de fascisme ? Pas encore. Sommes-nous en voie de fascisation ? Sans doute", diagnostique Frédéric Lordon . Il y a des points communs, bien entendu, aux deux situations, et il faudrait être aveugle pour ne pas les voir. Une chaîne offerte aux appels à la haine des Zemmour et des Praud, qui donne le ton aux autres, au lieu de susciter une réaction démocratique. Les généraux en retraite, les policiers qui tiennent meeting sous l'Assemblée. Mais Berlin 33 et Paris 21, heureusement, ne sont pas comparables. Avant tout, aujourd'hui, pas de milices privées armées, faisant régner la terreur dans les rues, même si "les flics, c'est les flics, et en ce moment, ils tabassent", comme disait notre invitée nonagénaire, la rescapée des rafles Jenny Plocki - Darmanin va-t-il la poursuivre aussi en diffamation ? 

Parallèlement à cet ensauvagement du discours médiatique se poursuit sa clownisation, par exemple chez un Hanouna, qui fait débattre à égalité, sur le thème des vaccins, le hurleur Bigard avec le président d'un syndicat de médecins généralistes, Jean-Paul Hamon. Qu'en dire, sinon déplorer, une fois de plus, qu'il soit le seul à organiser ces débats pour le grand public ? Ensauvagement et clownisation : le mélange est inédit à l'époque moderne.

Comment en est-on arrivés à placer la vie politique sous le contrôle de la police ? Pour le coup, ce n'est pas une première. "L'emballement Papy Voise", de 2002, amenant pour la première fois un Le Pen au second tour, avait été amorcé dès le 14 juillet précédent, par un Chirac cherchant dans la sécurité le thème majeur d'une réélection compromise par de vilaines affaires de voyages payés en liquide. Pas de CNews à l'époque, et Zemmour était encore bébé. Sous la houlette de Daniel Bilalian, c'était le service public qui avait fait le job de conditionnement.

À propos de cette plainte de Darmanin, le plus glaçant n'est pas tellement que le socialiste Olivier Faure se soit prononcé pour un "droit de regard" de la police sur l'exécution des peines. Il s'est rectifié ensuite. Mais sa présence à la manif le ligote désormais à Darmanin, et lui interdit (une nouvelle fois) l'expression de toute solidarité avec Pulvar, qui représente pourtant son parti aux régionales d'Ile-de-France. Elle signifie que c'est le parti tout entier qui est vallsisé, même si le vrai patron, contraint et forcé, en est pour l'instant réduit à inspirer en coulisses.

Lordon encore (décidément) : "Plaît ou pas, il reste un candidat à gauche, Mélenchon". J'ai longtemps reproché à Mélenchon de ne pas subordonner sa stratégie à l'union à gauche, autour de lui ou d'un autre, rendant ainsi toute victoire plus hypothétique. Mais comment, dans cette situation nouvelle, faire l'union avec Faure, Hidalgo ou Jadot, les darmanisés du 19 mai ? "Plaît ou pas", que reste-t-il à partager avec eux ?


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