Le rire discret du Figaro
Le matinaute
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chronique

Le rire discret du Figaro

Alarme ! Aux échauguettes ! Désarmez les tobbogans !

Le Figaro n'est plus tenu. Ciel ! Deux mots s'y sont glissés qui n'avaient rien à y faire, deux mots scandaleux. C'était pourtant dans un article ne présentant apparemment aucun risque, un classique du genre, le compte-rendu d'une réunion à l'Elysée de Sarkozy et des députés UMP. Il était question de la Libye. "Depuis Lawrence d'Arabie, jamais un pays occidental n'avait tendu la main à la rue arabe" aurait rappelé l'orateur, pour glorifier son action. Jusque là, parfait, rappel bienvenu. Mais voilà: Sarkozy, croit devoir préciser l'article du Figaro, aurait fait cette comparaison "sans rire". Pour un journaliste, préciser que tel locuteur a dit telle chose "sans rire", est traditionnellement la manière d'insinuer que lui, journaliste, a fortement envie de rire. Ciel ! Une scandaleuse envie de rire se propagerait-elle au Figaro ? Mais enfin, Mougeotte, où avez-vous la tête ? En dehors de ses Unes, lisez-vous encore votre journal ? A quoi sont donc payés vos relecteurs, pour avoir laissé passer ce "sans rire" ? C'est bien la peine, de participer à des réunions d'Etat Major à l'Elysée. A moins que ce "sans rire" ne soit les prémisses d'un lâchage du candidat en détresse. Si Etienne Mougeotte souhaite prendre la tête d'une grande campagne pour la liberté de rire de Sarkozy, il nous trouvera toujours à ses côtés.

Il faut dire que les forces vives du service politique du Figaro sont toutes mobilisées sur un autre front: tenter d'arracher aux candidats socialistes des vacheries sur les concurrents. En l'occurence, la pêche a été bonne: Le Figaro, dans le même numéro, est parvenu à faire prononcer à Ségolène Royal cette forte phrase: «Le point faible de François Hollande, c'est l'inaction. Est-ce que les Français peuvent citer une seule chose qu'il aurait réalisée en trente ans de vie politique? Une seule?»

Mais cette belle victoire du Figaro en est-elle vraiment une ? MM. Mougeotte et Dassault devraient méditer ceci: un président crédité d'une forte capacité à l'inaction pourrait présenter bien des avantages aux yeux des électeurs. Il limiterait les risques d'engager le pays dans des guerres inutiles, et à l'occasion meurtrières. Il restreindrait le nombre de sommets internationaux pour la galerie, désastreux pour le bilan carbone. Il désengorgerait les ondes audiovisuelles. Le risque de gaffes, de faux pas, de bévues, serait drastiquement limité. Un président osant l'inaction radicale pourrait même finir par rassurer définitivement les agences de notation, promptes à interpréter toute initiative politique comme un aveu de faiblesse. Le "ZZZ" rassurant émis par un président assoupi pourrait être la garantie suprême du AAA de la France.

Affiche de blockbuster empruntée à la collection de Cpolitic

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