"Le président des Etats-Unis est fou"
Le matinaute
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chronique

"Le président des Etats-Unis est fou"

Le président est fou. Se fondant sur la dernière crise twitto-pathologique de Donald Trump

, c'est le diagnostic de l'éditorial du New York Daily News. Entre autres, le président des Etats-Unis a re-tweeté des vidéos anti-musulmanes d'un groupuscule islamophobe britannique, Britain First. Il s'est trompé de destinataire en s'adressant à une homonyme de Theresa May. Etc etc.

Donc, selon le "New York Daily News", le président est fou. Il y aurait bien d'autres manières, de suggérer le fait moins brutalement. On pourrait parler de sa "dernière bourde". On pourrait dire qu'il "entretient des rapports de plus en plus distants avec la vérité". On pourrait titrer sur sa controverse avec Theresa May. On peut tout tenter, pour ramener désespérément le compte-rendu des activités de Trump dans les rails sécurisants d'un journalisme diplomatique "classique". C'est difficile, mais le vocabulaire offre de nombreuses ressources. C'est d'ailleurs la solution adoptée par l'immense majorité des medias mondiaux.

Ce n'est pas rien, pour un journal, d'écrire que le président de son pays est fou. Outre qu'il encourt le reproche, de la part des partisans dudit président, de psychiatriser une opposition politique, il y a des conséquences. Si le président est fou, faut-il encore se rendre aux conférences de presse, pour lui poser des questions ? A quoi bon reproduire ses déclarations ? Faut-il envoyer ses journalistes politiques suivre une formation permanente en pathologies psychiatriques ? Faut-il engager des éditorialistes psychiatres ? Ecrire que le président est fou, c'est franchir une ligne de non-retour.

En 1932, un journaliste américain en poste en Allemagne, Louis Lochner, interviewa Hitler -un an avant son accession au pouvoir. L'entretien se déroula à peu près normalement, dans le cadre détendu des Alpes bavaroises, jusqu'au moment où il fut question des Juifs. Le futur Führer s'emporta alors, au point que Lochner lui vit distinctement de la bave aux lèvres. Il n'y fit aucune allusion dans le retranscription de son interview, mais y revint ensuite bien plus tard, dans ses Mémoires, après la guerre, dans la longue liste des signes avant-coureurs de la catastrophe, qui auraient pu alerter tout le monde. Vu la suite, cette bave aux lèvres n'était-elle pourtant pas la principale information de l'interview ? Si Lochner et tous ses confrères étrangers en poste à Berlin, dans les années 30, avaient simplement écrit ce qu'ils voyaient, la suite des événements n'en aurait-elle pas été changée ? Le tout premier devoir des journalistes n'est-il pas de nommer simplement ce qu'ils observent, avec les mots les plus précis possibles ? Merci au New York Daily News d'ouvrir ces questions.

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