Lagarde : France 2 informe sans négligence
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Lagarde : France 2 informe sans négligence

A la veille de l'ouverture du procès pour "négligence" de Christine Lagarde dans l'affaire de l'arbitrage Tapie

, il est temps que le 20 Heures du service public nous éclaire sur les enjeux de l'événement. Au terme d'efforts dont on imagine l'âpreté, l'envoyée spéciale de France 2 a eu le privilège de voyager aux côtés de Lagarde, en route vers un sommet économique à Lima (Pérou). Voici donc la directrice générale du FMI, ex-ministre française de l'Economie, en transit dans un aéroport "comme un passager ordinaire" s'extasie France 2. "Au FMI on voyage sur les lignes commerciales normales. Et il n'y a pas d'avions privés", justifie la directrice. Comment peut-on en vouloir à une femme si simple, qui accepte de voyager en First, comme une voyageuse ordinaire de First ? Et accessible, avec ça : elle se prête de bonne grâce à un selfie avec une autre passagère ordinaire.

Et si populaire à l'international : la voici faisant la bise à Obama. Et on voudrait sacrifier un si excellent atout pour la France ? Et si humaine ! "Le FMI n'est pas cette institution terrible, redoutable, et qui affame les peuples. C'est pas vrai. Aujourd'hui, quand on met en place des accords avec les pays, on fait attention à ce qu'il y ait un filet de sécurité, à ce que les plus pauvres soient protégés."


Je vous vois venir. Certains pourraient penser que si les gourous de la com' qui épaulent Lagarde ont organisé ce voyage avec France 2, c'est pour occuper l'espace, la veille de l'ouverture du procès, avec des images souriantes, évitant à Delahousse une kyrielle de rappels embarrassants (notre propre rappel est ici). Voici donc Delahousse dispensé de rappeler comment Lagarde a pu, en dépit des alarmes émanant de sa propre administration, accorder à Tapie cet "arbitrage", qui devait faire tomber dans son escarcelle 400 millions d'euros. Le voici dispensé de s'interroger sur l'étrange calendrier judiciaire, qui va faire comparaître Lagarde indépendamment de son ex-directeur de cabinet Stéphane Richard, aujourd'hui PDG d'Orange. Et enfin dispensé de rappeler que la justice civile, elle, a estimé que cet "arbitrage Lagarde" n'était pas fondé, et condamné Tapie à rembourser 400 millions d'euros. Bref, certains d'entre vous pourraient penser que la télé, comme depuis le début, va éviter soigneusement de traiter le fond de cette maudite affaire Tapie, pour ne la traiter qu'à travers des questions people et de belles diversions émouvantes.

C'est mal connaître les investigateurs de France 2. On ne les achète pas avec un billet pour le Pérou, à France 2. Enfin voici, pour la journaliste Valérie Astruc, l'heure d'aborder le sujet, de monter à l'assaut. Feu roulant de deux questions : "Est-ce que vous avez favorisé Bernard Tapie ?" "Pas du tout". "Et est-ce que vous avez agi sur ordre de Nicolas Sarkozy ?" "Pas plus". Quant à la "négligence" : "Je pense qu'on est tous un peu négligents quelque part dans sa vie. Moi j'ai essayé de faire tout mon travail, le mieux possible dans la limite de ce que je savais". Le procès peut commencer, on est informés.

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