Krach, ton univers impitoyable
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Krach, ton univers impitoyable

S'il y a bien un navré du krach mondial, c'est le directeur des Echos, Dominique Seux. "On est dans la cour de récréation et le bac à sable" se désole-t-il sur France Inter, à propos des bisbilles entre Russes et Saoudiens, qui ont provoqué un effondrement des cours du pétrole, lequel effondrement -le pétrole s'était-il lavé les mains ?- a mécaniquement produit le krach mondial des places boursières de la journée du lundi 9 mars.

Un bac à sable ? Au début de la bisbille, se trouve donc le brutal ralentissement de l'économie chinoise, consécutif à l'apparition du virus. Instantanément, la Chine est donc moins demandeuse de pétrole. Devant le risque de chute des cours qui s'ensuit, Russes et Saoudiens se réunissent en catastrophe à Vienne, dans ce que l'on appelle l'OPEP+. La suite est magistralement racontée dans Le Monde. Contre leurs nouveaux alliés saoudiens, les Russes souhaitent profiter de l'occasion pour faire baisser le prix du baril, afin d'écraser le troisième intervenant : les producteurs texans de pétrole de schiste. Les Saoudiens, eux, souhaitent maintenir le cours. Bras de fer. Les Russes ne cèdent pas. Russes et Saoudiens s'engagent donc dans une course à la surproduction. Effondrement logique des cours. Et succès de la manoeuvre russe : si j'en crois le journal de Dominique Seux, certains producteurs indépendants texans de pétrole de schiste pourraient bien ne pas s'en relever. Mais avec un léger dommage collatéral : le krach financier consécutif. 

Le premier coupable du krach, c'est donc l'autre virus, c'est celui de la pétoche, de la panique ou, si l'on préfère, de l'anticipation, qui s'est transmis du marché pétrolier à la finance. Celui-là est mieux connu que le COVID 19. La population la plus vulnérable est repérée : elle est jeune, à majorité masculine, et se trouve de préférence dans les grandes villes. Elle exerce dans les métiers de la finance. Mais il n'existe pas de vaccin connu.

On a parfaitement le droit, comme Dominique Seux, de voir dans cet affrontement planétaire tripartite une histoire de "cour de récréation et de bac à sable", c'est à dire, en creux, de rêver d'une finance mondialisée "adulte", raisonnable,  vertueuse, préoccupée du bien commun et, pourquoi pas, de la sauvegarde de la planète. Sinon, il faudrait admettre que c'est la finance mondialisée elle-même, qui est une cour de récréation et un bac à sable. Hypothèse déchirante, bien entendu.




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