Julien Dray, la police et la presse
Le matinaute
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Julien Dray, la police et la presse

Il en est un qui doit être malheureux, ce matin, c'est le procureur de Paris, Jean-Claude Marin.

Malheureux et scandalisé. "Voir la vie privée de Julien Dray étalée sur la place publique, ce n'est pas un échec; c'est un scandale" tonnait-il au micro de RTL. C'était...le 23 janvier dernier. Et il annonçait une décision salutaire, nécessaire, indispensable : ouvrir une enquête sur les fuites de presse, alors quasi-quotidiennes, au sujet de l'affaire Julien Dray. Le matinaute avait alors salué cette annonce avec émotion. On attend avec la plus grande curiosité les résultats de cette enquête, alors que Le Parisien de ce matin révèle sur une pleine page une nouvelle cargaison de découvertes, par la police, de flux financiers vers les comptes bancaires du député socialiste de l'Essonne. Prêts remboursables ou non, remboursés ou non, on s'y perd un peu. Les découvertes policières ont été déversées en vrac, par camion-benne, au Parisien, qui a recopié dans la meilleure tradition de l'investigation par fax. Au lecteur de faire le tri.

Comme toujours, la publication dans la presse de découvertes policières "brutes", et non soumises au contradictoire, possède une puissance d'évidence à laquelle il est difficile de résister. Faites le test : à la lecture de cette avalanche de dizaines de milliers d'euros prêtés à Dray, lequel d'entre vous ne se dira pas : "bien gentil, le matinaute d'@rrêt sur images, avec ses indignations contre les fuites de presse, et sa présomption d'innocence, mais tout de même, il n'y a pas de fumée sans feu" ? Et vous pourrez même renchérir : peut-être que cette publication, dans Le Parisien, laisse en effet à désirer; mais s'il n'y avait la presse, quelle chance aurions-nous de savoir un jour la vérité ? Combien d'enquêtes du même genre, étouffées par la connivence de la classe politique ?

Sans doute. Reste que le rôle de la presse n'est pas de servir de déversoir aux vérités policières. Alors quoi ? Se taire et attendre sagement ? Certainement pas non plus. Mais partir aussi à la peche, en convoi séparé. MM. Sebag, Malisan, Journo, Zarader, Rozenblat, ont fait des révélations à la police ? Parfait. Retournons les voir. Allons frapper à leur porte, carnet de notes en main, puisque nous avons les noms et les adresses. Faisons les parler.. Ecoutons leurs mots, leurs hésitations, leur peur, leur émotion. Ce sera plus long, plus incertain ? Certainement. Mais dans le tas, il s'en trouvera bien quelques uns, qui seront prêts à raconter, dans ses méandres, le système Dray, s'il y a un système Dray. Presse et police, chacun sera à sa place.

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