Italie 2 : du bon usage (improbable) d'une action pacifique
chronique

Italie 2 : du bon usage (improbable) d'une action pacifique

Vingt deux secondes. En tout et pour tout, BFM aura consacré 22 secondes, à l'occupation pacifique, samedi, en plein Paris, d'un grand centre commercial, pendant près de 24 heures. Le centre Italie 2 a en effet été occupé par le mouvement Extinction Rebellion, avec le concours de quelques Gilets jaunes, et du comité justice pour Adama.  Après avoir repoussé une tentative d'entrée des policiers, les occupants ont décidé d'eux mêmes d'évacuer le centre, au coeur de la nuit de samedi à dimanche.  Sans dégradation autre que des tags, plus ou moins bien inspirés, plus ou moins crétins, comme cette allusion au quadruple meurtre de la préfecture de police, évidemment propagée par la machine à propager des images de violence, même quand il n'y en a pas. 

Seulement 22 secondes ? Oui. CQFD. Les chaînes d'info n'ont donc pas envoyé de journalistes haletants, pour tenir l'audience en haleine sur les débordements et les violences policières. Non. Une occupation pacifique, aucune vitrine brisée ?  Aucune charge de police en perspective? Aucun intérêt. L'impasse médiatique sur cette occupation est un aveu en creux. La non-violence ne les intéresse pas. Cela condamne-t-il les actions non-violentes ? L'action non-violente n'a-t-elle d'impact que violemment réprimée, comme l'occupation d'un pont parisien, au printemps dernier ? Une couverture "en direct", façon BFM, aurait-elle fait avancer la cause ? (Voir notre émission sur le sujet).

Evidemment, on peut toujours rêver. Les chaînes d'info auraient pu profiter de  cette occupation pour inviter, par exemple, des économistes spécialistes du greenwashing ou de la décroissance. Et leur poser des questions, du genre : pourquoi prendre pour cible un centre commercial ? Quel rapport entre la sur-consommation et le bilan carbone ? Ah qu'il est bon de rêver. Sans media pour les relayer intelligemment, l'utilité de ce type d'action ne m'apparait pas clairement. Mais je ne prétends pas tout savoir. Si je savais comment, avec quels mots, quelles images, quel ton, forcer l'attention publique sur le péril climatique, je vous aurais donné la recette depuis longtemps.

Il est d'autant plus comique de constater que pour certains, les actions non-violentes sont toujours trop violentes. Léa Salamé ce matin, recevant Ségolène Royal : " Il y a des mouvements plus radicaux que d'autres, c'est le cas de Extinction Rebellion..." (A quoi Royal a répondu en qualifiant Extinction Rebellion de "groupe violent, qu'il faut réprimer très rapidement, car c'est une dégradation de l'image de l'écologie"). Mais si elles se sont informées ce week-end sur les chaînes d'info, on ne peut pas leur en vouloir.


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