France -Turquie : caricatures contre caricatures
Le matinaute
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chronique

France -Turquie : caricatures contre caricatures

Rarement étudié en tant que tel, le rôle d'hystérisation de la presse dans les pics de tension internationale est pourtant déterminant. Ce fut vrai dans les mois et les années précédant 1914 (revoir notre édifiante série d'émissions de l'été 2014), c'est encore vrai de la même manière aujourd'hui, par exemple à propos de l'escalade verbale franco-turque. Aux presses boutefeu des pays potentiellement belligérants, répondent les revues de presse étrangère soigneusement sélectives des pays potentiellement ennemis : les mécanismes sont toujours identiques.

Ainsi en Turquie, Le Monde nous informe que "les médias" expliquent que "de nombreuses ONG et mosquées" ont été fermées en France après l'assassinat de Samuel Paty. A ce jour, seul le collectif Cheikh Yassine, où militait l'activiste islamiste Abelhakim Sefriaoui a été dissous, des procédures de dissolution pesant également sur l'association Baraka City (notre enquête) et le CCIF (notre enquête). Quant aux "nombreuses mosquées" prétendûment fermées, on ne recense à ce jour qu'une fermeture pour six mois de la Grande mosquée de Pantin (93), dont le responsable avait relayé l'appel à la vindicte du père de famille Brahim Chnina contre Samuel Paty, avant de supprimer précipitamment son message après l'assassinat du professeur.

La même revue de presse du Monde assure aussi qu'"une rumeur colportée par les réseaux sociaux" turcs "a enflammé les esprits" en Turquie. Selon cette rumeur, "des municipalités françaises auraient projeté des caricatures du prophète sur les murs de bâtiments d'État".  Ces rumeurs ont sans doute pour -mince- base factuelle la projection de caricatures sur la façade de l'Hôtel de la région Occitanie à Toulouse, qui a duré quelques heures, en présence d'un public clairsemé. Il est vrai que l'heure de cette projection, initialement prévue à 17 heures, a dû être retardée à 18 heures 30, pour cause de soleil.

La presse et les réseaux sociaux turcs caricaturent donc l'islamophobie française. Mais Le Monde lui-même ne caricature-t-il pas les médias turcs, en ne mentionnant dans sa recension que les médias pro-Erdogan, alors que selon la revue de presse internationale de France Culture, des médias d'opposition en Turquie se montrent aussi critiques de Erdogan lui-même ? Comme l'analysait ici Jean-Lou Fourquet, la colère est l'émotion qui viralise le plus vite, et aucune image ne viralisera plus vite qu'un drapeau français ou américain brûlant devant une dizaine d'excités, présentés comme "la rue arabe". Et cette règle n'est pas vraie seulement pour les réseaux sociaux.


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