Du triomphe modeste
Le matinaute
Le matinaute
chronique

Du triomphe modeste

Chut ! Chuuut ! Personne n'écoute ? Les portes sont fermées ?

Alors je vous raconte. Vous savez quoi ? Le sauvetage de l'Europe, le week-end dernier, vous avez suivi, à la télé ? Eh bien, c'est nous. Oui, nous la France. Notre plan. Notre tempo. Nos idées. On les a imposées à Angela. Vous l'auriez vue, Angela, samedi, à Bruxelles. Pas fière. Décomposée.  L'Allemagne, laissez-moi rire. Tassée au fond du canapé, avec ses élections dans la Ruhr, quasi perdues. Elle n'a pas résisté longtemps, Angela. Mais attention ! Pas de triomphalisme. On les comprend, les Allemands, historiquement. D'accord, ils sont peut-être restés psychologiquement bloqués sur la République de Weimar, dans les années trente, avec l'hyper-inflation et les brouettes pleines de billets, leurs pendules se sont arrêtées il y a quatre vingts ans, mais nous n'aurons pas un mot d'ironie, ou de moquerie. Pas de leur faute. On ne se moque pas des gens un peu bizarres. Ils sont comme ils sont. Pas timbrés, non, juste un peu lents.

Comment ? Pourquoi on ne fanfaronne pas ? Pourquoi on ne vient pas réclamer notre juste part des lauriers ? Pourquoi on ne convoque pas la télé, avec Marseillaise, et tout ? Ah non. Fini, ça. Vous ne lisez pas la presse ? Vous n'avez pas entendu Guaino, ce matin, chez Aphatie ? Rattrapez-vous : ouvrez donc Le Figaro, il vous explique tout, c'est la version écrite, vous n'aurez qu'à recopier. Fini, le temps où on fanfaronnait. Une nouvelle ère s'ouvre : celle de la rareté et du silence. Vous avez pas remarqué, ce silence ? Ecoutez donc un peu.  Sympa, le silence, non ? Vachement présidentiel, quand même, ce silence, vous ne trouvez pas ? Oui, c'est celui de De Gaulle et de Mitterrand, on l'a ressorti du grenier. C'est bien simple : des fois, à peine si on respire.:

Donc voilà. Maintenant, on sauve l'Europe, mais modestes. Question modestie, on a décidé d'être les meilleurs. Comment ? Une preuve ? Facile : entre deux sauvetages du monde, on lit Les liaisons dangereuses. Tiens, vous l'avez vu, là, sur le bureau, en édition de poche ? Vous pouvez toucher, mais si mais si, mettez le doigt, la reliure est cassée, signe que c'est lu pour de vrai, pas pour la galerie. Choderlos de Laclos, quand même, on est loin de Marc Lévy, reconnaissez-le. Voilà. Vous savez tout. Mais pas un mot à personne, hein ?

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.