De Syrie en Ukraine
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chronique

De Syrie en Ukraine

Mêmes images de ruines et d'exode, mêmes images de civils terrés dans les abris, jusqu'au détail terrible de cet enfant, porté sur les épaules de son père. Mêmes longues files de bus pour embarquer les civils. Mais surtout, derrière les images, une même stratégie russe : offrir aux villes visées des couloirs d'évacuation plus ou moins illusoires vers la Russie ou les zones sous contrôle, pour ensuite bombarder massivement les populations qui restent, réputées combattantes, "et qu'il est donc légitime de bombarder", explique Wassim Nasr, journaliste à France 24. La comparaison diffusée hier soir au 20 Heures de France 2, et qui établit un saisissant parallèle entre le siège d'Alep, en Syrie, en 2016, et les bombardements actuels sur les villes ukrainiennes, est saisissante et, comme dit Emmanuelle Walter, "nous voici confrontés à notre moindre sensibilité d'alors".

De fait, les éditorialistes télé et, sans doute, une grande partie de l'opinion française, vibrent pour l'Ukraine, alors qu'elle vibrait bien moins, cette opinion publique, pour les rebelles syriens. Inutile de chercher des périphrases pour s'en cacher les causes. On avait confortablement classé les rebelles syriens sous l'étiquette d'ensemble "groupes islamistes", alors que la réalité des rapports de force entre groupes armés était infiniment plus complexe. Islamistes = Charlie = 13-Novembre. Toute compassion était d'emblée exclue. Et c'est à bon droit que les reporters présents à Calais, ou les ONG humanitaires, soulignent aujourd'hui la différence entre l'accueil, par le gouvernement et les municipalités des réfugiés qui viennent de l'Est, et de ceux qui viennent du Sud. Bras ouverts pour les uns, bras fermés pour les autres.

Bras ouverts, vraiment ? Combien de temps résistera la solidarité avec la cause de l'Ukraine ? Si les Français compatissent avec les réfugiés d'Ukraine, qui nous ressemblent tant, avec leurs voitures et les cartables "Reine des neiges" des enfants, ils ne sont sans doute pas prêts à risquer pour eux une troisième guerre mondiale. Massives en Allemagne ou en Tchéquie, les manifestations pro-Ukraine ne rassemblent en France que quelques milliers de personnes. Quant aux Américains, ils viennent de répliquer froidement à la proposition polonaise d'offrir aux Ukrainiens, par leur intermédiaire, des avions Mig 29. Que se maintienne à l'insupportable niveau actuel le prix de l'essence, ou même qu'il flambe encore davantage, et la solidarité connaîtra vite ses limites.


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