Commission Sauvé : le crime en confession
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Commission Sauvé : le crime en confession

Au lendemain de la publication du rapport Sauvé, le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, est au micro de Franceinfo. 300 000 mineurs au bas mot ont été agressés en France, depuis les années 1950, par des hommes d'église ou des laïcs, a révélé le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase). Le "patron des évêques" dit son "effroi" et sa "honte". Il estime qu'il va falloir "trouver les moyens" de sensibiliser, de réparer, d'indemniser peut-être. Il espère. Puis vient le moment de la question sur la confession.

"Est-ce que la confession doit rester secrète ?", demande Salhia Brakhlia. "La confession doit rester secrète car elle ouvre un espace de parole libre…" "- Même pour ces sujets-là ?" Moulins-Beaufort : "Il faut que nous regardions de très près la recommandation de la Ciase qui est assez précise, assez subtile, assez nuancée."

La recommandation ? Très précisément, très subtilement, elle recommande aux autorités de l'Église de ″relayer un message clair indiquant aux confesseurs et aux fidèles que le secret de la confession ne peut déroger à l’obligation […] de droit divin naturel de protection de la vie et de la dignité de la personne, de signaler aux autorités judiciaires et administratives les cas de violences sexuelles infligées à un mineur ou à une personne vulnérable." Les mots qui fâchent, "lois françaises" ne sont pas écrits, mais l'obligation de signalement est décrite comme "de droit divin naturel", ce qui aboutit habilement à déplacer le débat à l'intérieur même du droit divin. Cette recommandation a apparemment donné lieu à un vif débat interne, à en croire l'anthropologue Laëtitia Atlani-Duault, membre de la commission.

Marc Fauvelle, prenant alors le relais de sa consœur : "Ce que vous dites, c'est que le secret de la confession n'obéit pas aux lois françaises. Que le secret de la confession est plus fort que les lois de la République." "- La confession s'impose à nous, et en cela elle est plus forte que les lois de la République." C'est dit. Acculé, il l'a dit. 

"Espace de parole libre" ; "devant Dieu" : toutes ces subtilités pouvaient être audibles avant le rapport Sauvé. De même, l'argument qu'un enfant victime ne parlera pas en confession s'il estime que ses révélations peuvent "faire du mal" à ses parents, pouvait être défendu. De fait, on les entend depuis des années. Et de fait aussi, les "lois de la République" sont contradictoires sur le sujet, qui reconnaissent au prêtre le secret professionnel, mais lui font en même temps obligation de dénoncer les crimes commis sur des mineurs ou des personnes vulnérables. Moulins-Beaufort aurait pu s'en sortir en invoquant les lois contradictoires, mais il faut croire qu'il n'avait pas assez potassé.

Rien de neuf dans la position de l'Église, dira-t-on. Rien de neuf ? Si !  Le rapport Sauvé, déflagration qui délimite un avant et un après.  Il y a des moments charnière. Il y a des mots qui créent l'Histoire. Dire, comme la commission Sauvé, que le crime fut "systémique", c'est dire que l'Église de France fut, même involontairement, une organisation criminelle. Moulins-Beaufort sera demain chez Darmanin, "convoqué", a laissé fuiter Darmanin, "invité" a répondu l'évêque. Là aussi, les mots sont importants. Je ne crois pas qu'aucune organisation criminelle se soit jamais réformée toute seule, mais je peux me tromper.


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