Chère, déprimante, frelatée : qui veut encore acheter de l'information ?
Le matinaute
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Chère, déprimante, frelatée : qui veut encore acheter de l'information ?

Soit un produit de consommation. Il est cher. Il est difficile d'accès. Sa consommation est hautement déprimante. Ça donne envie, non ? Et sur le rayon voisin,  juste à côté, se trouve un autre produit quasiment semblable, de prix équivalent, voire moindre, euphorisant et facile d'accès. Imaginons maintenant un consommateur moyen. Il devrait être héroïque pour se diriger vers le premier rayon !

Ce premier produit, c'est l'information en ligne. De plus en plus, elle est payante, réservée aux abonnés, chacun les siens, chacun chez soi. De plus en plus, les médias professionnels adoptent le modèle économique choisi sur notre site depuis plus de dix ans : faire payer les abonnés (le plus souvent, en complément des revenus publicitaires). Si ce système s'est avéré efficace pour quelques "méga sites" de référence, le New York Times aux Etats-Unis, en France Le Monde, il semble néanmoins que le nombre des abonnements plafonne, selon une étude de l'institut Reuters. Et qu'il plafonne au bénéfice de plateformes de divertissement, comme Netflix ou Spotify.

Car non seulement l'information est chère, mais elle est déprimante, à en croire une autre étude, du Nieman Lab. Faut-il vraiment payer, ce matin, pour approfondir les nouvelles captées à la radio ? Trump a lancé sa campagne de réélection ;  le gouvernement français va durcir les conditions de l'assurance-chômage, protestations des syndicats, etc etc. Tiens, prenons la homepage du Monde, à l'instant matinal où j'écris. La campagne de Trump, donc. L'autorisation par le Canada de l'agrandissement d'un oléoduc. Des villages dogons cibles d'attaques meurtrières au Mali. Des photos de la fonte de glaces précoce au Groenland. Et le plus déprimant de tout : François Hollande serait lâché par les siens (je blague).

On pourrait discuter les conclusions de ces études. Sans avoir mené d'enquêtes aussi sophistiquées que l'institut Reuters et le Niemans Lab, je crois volontiers que l'info-déprime suscitée par les grands médias commerciaux n'est pas seulement due à son prix, ou à son caractère déprimant, mais à sa qualité, disons...insuffisante. On ne la croit pas, on la croit de moins en moins. Les réseaux sociaux en soulignent en permanence les insuffisances et les biais.  Par ailleurs, on sait que les morts font toujours de bonnes ventes. Mais tout de même. C'est une muraille infranchissable, que le refus de savoir, le refus de connaître ce qui nous déprime, et contre lequel nous sommes (ou nous nous croyons) impuissants.

C'est pour cette raison que nous tentons ici, sur ce site, entre deux critiques grinçantes, de souligner de temps en temps (trop rarement) quelques raisons d'espérer. Par exemple, tiens, sur le référendum ADP, nouvelle la plus positive depuis longtemps (à propos, Christophe Castaner, je n'ai encore aucune réponse à la réclamation que j'ai introduite sur le site, suite au refus de ma signature) lisez donc notre enquête sur ces initiatives citoyennes, qui visent à compenser la mauvaise volonté de l'Etat.  Le gouvernement ne voulait pas développer un compteur de signatures ? Les petits génies de la Quadrature du Net s'en sont chargés. Résultat ? Plus de 120 000 signatures de soutien dès le premier jour, malgré les difficultés. Excellente nouvelle. Et gratuite. 

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