Buzyn-Salamé : interview d'une victime
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Buzyn-Salamé : interview d'une victime

Glorieux scoop de France Inter, Léa Salamé reçoit Agnès Buzyn qui, après une interruption indépendante de sa volonté, reprend sa campagne municipale à Paris. Agnès Buzyn, c'est à dire l'incarnation de l'inexistence politique, de toutes les erreurs du monde d'avant, des doubles et triples discours, de l'ouverture de parapluies, de tout ce que la crise aurait dû balayer, devrait balayer. Et pourtant, la première question de Salamé n'est pas : "Comment osez-vous être ici ce matin ? Pourquoi ne vous cachez-vous pas dans un trou de souris ?" Sa première question porte classiquement sur le "vécu" de l'ancienne ministre. "Comment avez-vous vécu ces deux mois de confinement, où vous avez été attaquée, vilipendée ? Comment allez-vous ?" La question s'adresse à la permanence d'Agnès Buzyn. Quoi qu'il arrive, sur cette belle radio que Salamé transforme régulièrement en radio d'Etat, Agnès Buzyn aura droit au type de questionnement réservé aux dirigeants de l'Etat. "Est-ce que vous avez hésité ?" "On a l'impression que cette campagne a été pour vous un chemin de croix".

Alors bien entendu, dans la suite de l'interview, les questions sont posées. "Ici dans les couloirs, le 14 février, vous nous disiez : ça va être un tsunami. C'est votre paradoxe. Pourquoi avoir quitté le ministère ?" "Pourquoi en janvier, avez-vous déclaré que les risques de propagation étaient faibles ?" Bien entendu, Buzyn rame. Sur sa dédramatisation de janvier, elle s'abrite derrière l'OMS. Sur sa surdramatisation de couloir de février, ce n'était qu'un "pressentiment, je ne savais pas si c'était la réalité". Bien entendu, elle a "hâte de pouvoir s'exprimer devant la représentation nationale" (plutôt que devant un tribunal, voir notre dernière émission). On la comprend.

Mais derrière chaque question, se laisse entrevoir le sentiment profond de Salamé : elle interroge une victime. Victime de la presse : "Vous regrettez cette interview ?" demande Salamé, qui ne cite pas l'extrait précis -"Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein" avait déclaré Buzyn au Monde, le 17 mars. Victime des scientifiques : "Les scientifiques se sont trompés, c'est ce que vous dîtes ce matin"Victime des trahisons : "D'autres vous ont moins soutenue, dans votre propre camp." "Cédric Villani a discuté avec Anne Hidalgo. Ça vous déçoit ?"  Victime des victimes qui portent plainte : "Vous avez peur d'un éventuel procès pénal ?" Victime de la violence au sens propre : "Vous avez reçu des menaces de mort ?" 

Victime, Buzyn l'est assurément : victime de Macron qui, perdu pour perdu, l'envoie finaliser sa carbonisation sur les marchés parisiens. Mais ce n'est pas cette violence-là qui intéresse Salamé. Il faut attendre la fin de l'interview, pour que les choses soient formulées. "Vous étiez prête pour la violence de la vie politique ? Sur les réseaux sociaux vous avez été très critiquée, il y a eu énormément d'insultes, sexistes certaines, antisémites d'autres". Et hop ! D'un coup d'un seul, toute critique politique adressée à Buzyn, notamment sur la politique hospitalière qu'elle a portée, sera emballée sous les odieuses étiquettes du sexisme et de l'antisémitisme. Bien joué. "Merci d'avoir choisi France Inter pour vos premiers mots."

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