Aux limites du système finkielkraut
Le matinaute
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chronique

Aux limites du système finkielkraut

Il n'allait tout de même pas laisser passer les obsèques de Johnny !

La dernière provocation finkielkrautienne tintamarrise les réseaux sociaux. "Le petit peuple blanc est descendu dans la rue. Les non-souchiens brillaient par leur absence". La cause est entendue : une nouvelle éruption du racisme de Finkielkraut contre les "non-souchiens" (entendez, les non blancs). Prononcées dans une émission de la radio juive Radio J, animée par Elisabeth Lévy, ces phrases buzzent immédiatement. Une nouvelle tirade raciste ? Suggérée par le passif de l'intéressé (se souvenir de "l'équipe de France black black black"), cette lecture rapide est tentante. Mais outre que ces phrases sont factuellement exactes (c'est bien une foule blanche, qui se massait samedi sur le chemin du cercueil blanc), ce n'est pas si simple.

Ecoutons le passage dans son intégralité. D'abord, Finkielkraut s'appuie sur un texte de La Bruyère qui, dans son exceptionnelle clairvoyance, avait sans doute prévu les obsèques de Johnny, et protesté par anticipation contre le concert de la Madeleine. Puis, sans transition pour l'auditeur, toujours lisant, déchiffrant plutôt, il passe à son propre texte : "Le petit peuple des petits blancs est descendu dans la rue pour dire adieu à Johnny. Il était nombreux, et il était seul. Les non-souchiens brillaient par leur absence. Le divertissement, autrement dit, prend presque toute la place, mais il ne fait plus lien. Il ne remplit plus la fonction sociale que lui reconnaissait Proust. Il y a mauvaise musique et mauvaise musique. Le rock hexagonal et le rock planétaire. Ce qui transporte les vieux, et ce qui fédère les jeunes. Ce qui fait le bonheur de la périphérie, et ce que plebiscitent les banlieues. La Frande déculturée est une France fragmentée".

"Il y a mauvaise musique et mauvaise musique" : sa misanthropie, sa rockophobie, Finkielkraut l'exerce aussi bien contre les "souchiens" que contre les "non-souchiens". Le fond de sa laborieuse démonstration est celui-ci : aussi détestables l'un que l'autre, rap noir et rock blanc ne parviennent plus à l'universalité jadis atteinte par... Par qui, d'ailleurs ? Faut-il remonter à Lully, pour rester au Grand Siècle ? Mais écoutait-on Lully, dans les églises des campagnes ? Bref, Finkielkraut est aussi bien rockophobe que rapophobe. La petite provocation attrape-buzz (adressée, pour les initiés, aux Indigènes de la République) n'est qu'accessoire dans la démonstration. Réac oui, c'est sa marque de fabrique et sa gloire. Raciste, sur ce coup-là, non.

Mais le plus intéressant est ce qui suit. "Pourquoi Johnny ça marche pas, dans nos banlieues ?" demande Elisabeth Lévy à son maître. Et l'Académicien, après avoir tourné autour du pot, en convient :"Pourquoi celà ne marche-t-il pas dans les banlieues ? Je n'en sais rien". C'est vrai, après tout : pourquoi donc les sous-cultivés des banlieues rechignent-ils à consommer cette sous-culture-là ? Faut-il s'abaisser à établir des distinctions entre toutes ces criailleries bruyantes (et pourquoi pas, alors, s'abaisser à se rendre sur Internet pour en parler) ? Il faudrait, pour tenter de comprendre, revenir aux sources : au blues, à Elvis, au rock blanc, aux hommages, aux captations, aux détournements, il faudrait plonger à mains nues dans les sous-cultures. On est aux limites extrêmes de la pensée finkielkrautienne.

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