AAA : déjà mort ?
Le matinaute
Le matinaute
chronique

AAA : déjà mort ?

Et si le triple A était un leurre ?

Scoop du week-end : on peut l'avoir perdu dans les faits sans l'avoir perdu formellement. C'est Jacques Attali qui l'a dit le premier dans La Tribune, constatant que les conditions d'emprunt de la France sur lémarchés, comparées à celles de l'Allemagne, sont désormais équivalentes à un BBB+, plutôt qu'à un AAA. Hollande lui a emboîté le pas, aussitôt fusillé pour traîtrise par les sarkozystes, pendant tout le week-end du 11 novembre, comme les mutins de 17. Admettre publiquement la défaite, c'est contribuer à la défaite !

L'accusation sarkozyste contre Hollande mérite d'être examinée. Elle revient, sur le plan linguistique, à l'accuser de tenir un "discours performatif". Le discours performatif est celui qui crée le fait qu'il énonce. "Je vous déclare unis par les liens du mariage" dit le maire aux futurs époux qui, par le seul prononcé de cette phrase, se retrouvent mariés. Ou encore: "Monsieur Machin est nommé Haut Commissaire aux Asperges", dit le décret publié au JO, faisant entrer cette nomination dans la réalité juridique.

Mais il y a une condition au caractère performatif d'un discours : que le locuteur soit investi du pouvoir juridique de créer le fait qu'il énonce. Standard and Poor's, grande locutrice performative, est investie du pouvoir de dégrader la France (ce qui rend d'autant plus fâcheux ses actes manqués, quand elle la dégrade par erreur). Mais pas François Hollande, lequel n'exerce aucune responsabilité, à notre connaissance, dans aucune agence de notation répertoriée. Tout au plus, la phrase de Hollande peut-elle relever de la prophétie autoréalisatrice, registre de discours qui gouverne la planète depuis quelque temps, ayant réalisé une sorte de putsch au détriment, justement, du performatif. Ce n'est d'ailleurs pas plus joyeux pour l'avenir du triple A tricolore.

(Recherche AAA dans Google images. Résultats largement non pertinents, mais pour "discours performatif", c'était pire)

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

La loi Macron veut-elle la peau des lanceurs d'alerte ?

Forte mobilisation de journalistes ; Macron et Sapin rassurent

La dette : rattrapage pour les largués

Agences, banques, spread : on reprend tout à zéro

Sur B SMART, les patrons s'enchaînent

"L'expérience client est nulle"

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.